Le bilan du président Nicolas Sarkozy concernant l’Afrique, un an  et demi après sa prise de fonction, montre l’inverse.

Derrière les déclarations de façade, l’État français continue de soutenir un bon nombre des pires dictatures du continent, encourage  l’affairisme, perpétue les interventions militaires. Avec Nicolas Sarkozy, la Françafrique sévit sans complexe. Son double-discours quasi permanent, dans le droit fil de ses prédécesseurs, continue de masquer l’un des plus longs scandales de la République. Une véritable politique de domination similaire à celle menée par les États-Unis en Amérique latine avec dix (10) ans de retard. Alliant un État oligarchique au capitalisme le plus sauvage, ce système politico-financier profite à une minorité française, qui s’engraisse des richesses africaines. Il laisse les miettes du festin aux despotes locaux, chargés de tenir en laisse une population opprimée de misère, de faim et de désespoir.

 

Dans ces conditions, il n’est guère étonnant d’apprendre que l’image de la France soit très mauvaise en Afrique, comme le révélait «Le Monde, le 26 avril 2008», s’appuyant sur un ensemble de télégrammes rédigés à la demande du Quai d’Orsay par les ambassadeurs en poste sur le continent africain. La France, vue d’Afrique, est considérée comme méprisante, profiteuse et xénophobe, semeuse de misère et de dictatures. Certes, la Françafrique évolue. Après des décennies de monopole sur son pré-carré africain, la France fait face à la concurrence accrue des puissances émergentes, Chine en tête.

Dans la course aux matières premières qui secoue la planète, le continent africain attire des appétits voraces. Avec la prolifération des paradis fiscaux et des réseaux affairistes internationaux, la Françafrique se transforme de plus en plus en Mafiafrique, vastes opérations de criminalité économique et politique, alliant les méthodes de la mafia à celles des services secrets. Le procès ramifié et international de l’Angolagate en est une illustration marquante, arbre qui cache une forêt d’impunité. Pour combien de temps ?

À nous, Français conscients de la politique inhumaine menée en notre nom, il reste la tâche immense de dénoncer cette réalité, partout où nous le pouvons, et de nous organiser pour que notre pays cesse d’opprimer d’autres et de piller des pays. La lutte politique, en ce domaine comme en tant d’autres, est une affaire de solidarité et de dignité. Tel est le combat mené par l’association «Survie» qui milite depuis plus de vingt (20) ans pour une réforme en profondeur de la coopération et de la politique française en Afrique.

Dès les années 1980, alors que l’association militait pour une meilleure utilisation de l’aide publique au développement, ses militants ont pris conscience que cette aide était largement détournée et servait d’autres objectifs, à savoir la défense de l’influence française en Afrique et des intérêts des entreprises tricolores. Pour l’association, c’était la preuve que les problèmes de développement en Afrique ont avant tout des causes politiques, et que c’est à ce niveau qu’il faut agir.

«Survie» est ainsi devenue l’une des rares associations françaises à mener des enquêtes et à dénoncer les agissements de ce que son ancien président François-Xavier Verschave a appelé la «Françafrique». La publication en 2000 de Noir silence (éditions Les arènes) a jeté un «pavé dans la marre», au point que trois (03) dictateurs africains, et non des moindres: Omar Bongo (Gabon), Denis Sassou Nguesso (Congo Brazzaville) et Idriss Déby (Tchad), ont porté plainte pour «offense à un chef d’État étranger». Après un procès laborieux, qui a vu notamment maître Jacques Vergès défendre les trois (03) autocrates, la Cour d’appel de Paris débouta ces derniers, considérant que «les documents versés et les témoignages recueillis au cours de la procédure établissent non seulement l’importance et l’actualité des sujets évoqués, mais aussi le sérieux des investigations effectuées».

Malgré la vigueur des attaques, il n’apparaît pas que la démarche de François-Xavier Verschave soit critiquable. Se fondant sur la qualité de ses investigations, l’association continue à publier de nombreux ouvrages comme les Dossiers noirs de la politique française en Afrique ou des brochures pédagogiques afin d’informer les citoyens français  sur des sujets souvent peu connus du grand public.

«Survie» mène également des campagnes d’information des citoyens  et d’interpellation des responsables politiques français, relayées par une vingtaine de groupes locaux un peu partout en France. L’association fonde son action sur la légitimité qui incombe à chaque citoyen d’interpeller ses élus et d’exiger un contrôle réel des choix politiques effectués en son nom. Car, ce qui est en jeu ici, c’est non seulement l’avenir de l’Afrique, mais également la défense de la  démocratie en France. Ce combat est celui de tous, ici, là-bas, à titre individuel ou au sein d’organisation comme «Survie».

Samuel FOUTOUYET

Source : L’Inter de Bamako

MaliwebInternational
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