DÉCÈS – L’ex-chancelier allemand Helmut Kohl, père de la réunification allemande, est mort vendredi 16 juin à 87 ans, a annoncé le quotidien Bild, dont la direction était très proche de cette figure de l’histoire de l’Allemagne contemporaine.

ex chancelier allemand Helmut Kohl

Il est décédé “ce matin dans sa maison de Ludwigshafen”, dans le sud-ouest du pays, a indiqué le journal.

Helmut Kohl, chancelier de 1982 à 1998 (avant Gerhard Schröder puis Angela Merkel), n’apparaissait quasiment plus en public depuis une chute dans les escaliers en 2008, suivie un an plus tard d’un accident vasculaire cérébral qui lui avait paralysé le bas du visage et rendu l’élocution difficile.

Début juin 2015, il avait subi deux opérations chirurgicales coup sur coup. Helmut Kohl avait également subi une lourde opération cardiaque en 2012.

“Nous sommes un peuple”

Né le 3 avril 1930, il était entré au Parti chrétien démocrate (CDU) en 1946, à seulement 16 ans. Son parti lui a rendu hommage dans un tweet.

“Nous sommes en deuil.”Helmut Kohl détient le record de longévité à la chancellerie allemande depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale. Quand à 52 ans il prend la tête, en 1982, du gouvernement de l’Allemagne de l’Ouest à la faveur d’un changement d’alliance au Parlement, il est encore l’objet de railleries pour son côté rustique et provincial et personne n’aurait parié que ce fils d’un fonctionnaire du fisc issu d’une famille de la petite bourgeoisie de Ludwigshafen entre dans la mémoire collective européenne.

Mais le 9 novembre 1989, le mur de Berlin s’effondre subitement et le chancelier conservateur, alors contesté dans son propre parti, endosse, pour reprendre ses propres termes, “le manteau de l’Histoire”.

Et il va vite. Ce catholique pratiquant surprend en proposant dès le 28 novembre un plan en 10 points devant conduire à l’unification allemande.

Dans les mois qui suivent l’automne 1989 et la chute des régimes communistes européens, il parvient en usant à la fois de sa bonhomie et de fermeté à obtenir du dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev qu’il retire d’Allemagne l’Armée soviétique.

Il convainc aussi ses alliés américain, français et britannique inquiets à la perspective d’avoir de nouveau une grande Allemagne au cœur du continent. “Avec la simplicité de ses pensées, Kohl a authentifié le caractère inoffensif de son pays”, estime Jürgen Busche, un de ses biographes.

Dans ses mémoires, il écrira s’être forgé sa conviction lorsque dans les rues d’Allemagne de l’Est le slogan des protestataires “Nous sommes le peuple” s’est mué en “Nous sommes un peuple”. Cette ambition se réalise le 3 octobre 1990 : l’Allemagne est de nouveau une.

“Helmut la poire”

“Helmut la poire”, son surnom moqueur tiré de sa silhouette, s’impose alors comme “l’un des plus grands leaders de l’Europe d’après-guerre”, résume George Bush père.

Passée l’euphorie, Helmut Kohl doit faire face au défi d’intégrer une ex-RDA à l’économie ruinée et sans expérience de la démocratie. La facture de la réunification prend des proportions énormes, 100 milliards d’euros au total, selon une étude de l’université libre de Berlin de 2009.

Les difficultés économiques joueront un rôle non négligeable dans sa défaite électorale en 1998 face au social-démocrate Gerhard Schröder.

À la suite de l’unification allemande, ce géant de 1m93 et au poids classé “secret d’État”, qui raffolait de la panse d’estomac de porc farcie de son Palatinat natal, s’est aussi assuré une place de choix parmi les symboles de l’intégration européenne.

Des dernières années assombries par les polémiques

En France, on retiendra surtout l’ancien chancelier allemand pour son hommage conjoint avec François Mitterrand aux morts de la guerre de 1914-1918, le 22 septembre 1984. Ce jour-là à Douaumont près de Verdun, les deux chefs d’État, après avoir écouté l’hymne allemand, se tiennent la main pendant que l’orchestre militaire joue “La Marseillaise”.

 

Avec son ami Mitterrand, Kohl est l’architecte du nouveau visage de l’Union européenne avec le Traité de Maastricht (1992) et l’introduction de l’euro, actée en 1999.

Plusieurs personnalités politiques françaises ont rendu hommage à l’ex-chancelier.

La fin de sa carrière a cependant été ternie par le scandale des caisses noires de son parti. Il finira par reconnaîtra avoir recueilli pour la CDU des dons occultes. Angela Merkel, qui avait appris la politique dans son ombre, profita de l’épisode pour l’évincer.

Selon une biographie non-autorisée, il n’a guère pardonné à la chancelière, disant qu’avant de le rencontrer elle “ne savait même pas manger avec un couteau et une fourchette”.

Plus récemment, en avril 2016, Kohl a dénoncé la politique d’accueil d’Angela Merkel qui permit l’arrivée de 1,1 million de migrants en 2015. Il reçut aussi Viktor Orban, Premier ministre hongrois et farouche détracteur de la chancelière.

Les soubresauts de sa vie privée, étalés dans divers livres et journaux allemands -brouilles avec ses enfants, polémique sur le rôle de sa nouvelle femme, la manière dont il a traité sa première épouse malade, Hannelore, qui s’est suicidée en 2001- ont achevé d’assombrir ses dernières années.

Par huffingtonpost.fr/2017/06/16

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