« La guerre de Poutine contre l’Ukraine est entrée dans une nouvelle phase, encore plus dangereuse »

Avec l’organisation, par Moscou, de référendums locaux et de la mobilisation partielle, assortie de menaces nucléaires, Vladimir Poutine poursuit sa fuite en avant, affirme, dans une tribune au « Monde », la chercheuse spécialiste de la Russie Tatiana Kastouéva-Jean.

« Poutine ne commencera pas la guerre contre l’Ukraine : les risques sont trop élevés et il y a plus à y perdre qu’à gagner », entendait-on en Europe avant le conflit. Il l’a pourtant fait. « Poutine ne lancera pas la mobilisation, l’idée n’est pas populaire dans la société russe et provoquera un fort mécontentement social. » Il l’a pourtant fait. « Poutine n’appuiera pas sur le bouton pour déclencher une guerre nucléaire, car cela n’aura pas d’effet significatif contre l’armée ukrainienne, permettra aux alliés de l’Ukraine de lui fournir des armes de longue portée et lui aliénera les soutiens des pays comme la Chine et l’Inde »

L’avenir n’est pas écrit à l’avance et le pire n’est jamais certain. Cependant, depuis le début de la guerre, force est de constater que le président russe n’est pas guidé par le calcul rationnel et froid des coûts et des bénéfices, mais par une haine viscérale de l’Ukraine, devenue son obsession, et de l’Occident, qui se renforce au fil du temps. Ni l’échec de l’offensive sur Kiev et les difficultés de contrôler la totalité du Donbass au bout de sept mois de guerre, ni les morts des soldats russes (les autorités russes en reconnaissent environ 6 000, tandis que les Ukrainiens les estiment à 55 000), ni les sanctions qui pèsent lourdement sur l’économie russe ne semblent entamer la volonté de Poutine de gagner cette guerre quoi qu’il en coûte en imposant une capitulation à l’Ukraine et en infligeant indirectement une défaite à l’Occident.

Trois raisons au moins le poussent à la fuite en avant. Tout d’abord, la conviction que le véritable enjeu de cette confrontation contre l’Occident, dont l’Ukraine ne serait qu’un pion, réside dans sa propre survie, qu’il lie intimement au destin de la Russie. Les vingt-deux ans d’un règne sans partage ont persuadé Poutine de sa mission dans l’histoire russe : rétablir la grandeur du pays, renforcer ses positions dans le monde face à la domination hostile américaine, et même renverser cette domination.

Lutte civilisationnelle

Les pontes du Kremlin décrivent depuis longtemps la confrontation entre la Russie et l’Occident en termes de lutte civilisationnelle. Dans plusieurs de ses discours, Poutine évoque l’Occident collectif qui cherche à achever la tâche commencée par la chute de l’URSS, à savoir affaiblir durablement la Russie, voire la démembrer. Dans la vision de Poutine, les dégâts actuels se justifient à l’échelle historique, telles les conquêtes impériales sanglantes des tsars russes. Dans sa vision du monde, cette guerre était inévitable, et Poutine a préféré frapper le premier, comme son enfance dans les rues de Leningrad le lui a appris.

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