Les récentes activités de la Russie au Soudan et en République Centrafricaine (RCA) font l’objet de nombreuses interrogations.

Cela s’explique par le fait que, parallèlement au renouvellement des relations économiques, des hommes d’affaires russes, actifs dans le secteur de la sécurité, auraient opéré dans ces deux pays. Au Soudan notamment, où il y a eu récemment des manifestations antigouvernementales.

La Russie s’intéresse de plus en plus à l’Afrique subsaharienne, avec laquelle elle développe des relations commerciales, sécuritaires et de défense.

Que savons-nous des activités de la Russie en Afrique ? Quelle est leur ampleur ?

Des mercenaires russes ?

Depuis plusieurs semaines, des Soudanais protestent, dans les principales villes du Soudan, contre ce qu’ils considèrent comme une mauvaise gestion de leur économie nationale par le gouvernement. Dans cette atmosphère tendue, certains manifestants, ainsi que des médias, accusent des entrepreneurs russes d’aider ou de conseiller les forces de sécurité soudanaises.

Une enquête menée l’année dernière par le service russophone de la BBC a révélé la présence de mercenaires russes au Soudan.

Moscou a également noué des relations officielles en matière de sécurité avec le gouvernement de la RCA voisine, un pays en proie à des troubles d’ordre sécuritaire et soutenu par l’ONU.

Mais les spéculations sur les activités russes en RCA ont pris de l’ampleur en juillet dernier, après la mort de trois journalistes russes qui enquêtaient en territoire centrafricain sur des activités mercenaires.

Moscou a récemment minimisé les rapports faisant état d’une présence massive de mercenaires russes en RCA.

Mais certains analystes estiment que des hommes d’affaires russes jouent un rôle important – bien que non déclaré – dans les domaines où la Russie cherche à maintenir ou à étendre son influence.

Et lors d’une conférence de presse en décembre, le président Vladimir Poutine, interrogé sur ces mercenaires, a déclaré qu’ils avaient le droit “de défendre leurs intérêts commerciaux dans tous les coins de la planète”.

Retour en Afrique

L’ex-Union soviétique fut un acteur important sur le continent africain – jusqu’à ce que son poids économique et politique diminue avec la fin de la guerre froide.

Aujourd’hui, la Russie “cherche à rétablir et à renforcer sa présence sur le continent africain”, selon Inna Andronova, de l’École supérieure d’économie de Moscou.

Les exportations d’armes sont l’un des domaines d’intervention de la Russie en Afrique. Bien que certains de ses principaux marchés se situent en Asie, ses ventes à l’Afrique sont importantes et ne cessent d’augmenter.

L’Algérie est son plus gros client sur le continent, selon des données fournies par l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI), en Suède.

L’Egypte, qui a bénéficié pendant des années de l’aide militaire américaine, devient également un important client de la Russie.

Mais les données du SIPRI sur les exportations d’armes montrent également qu’en 2016-2017, la Russie a reçu ou livré des commandes provenant de plusieurs pays africains : l’Angola, le Burkina Faso, le Cameroun, la Guinée Equatoriale, le Ghana, le Mali, le Nigeria, le Soudan et le Soudan du Sud.

Il s’agit notamment des hélicoptères de transport et de combat, d’avions de combat et de systèmes de missiles sol-air. Dans de nombreux cas, les commandes ou les livraisons portent sur des équipements d’occasion, qui ont été restaurés.

L’équipement militaire russe est relativement bon marché par rapport à celui des fournisseurs occidentaux, et il demeure assez robuste et fiable, ce qui peut le rendre attrayant pour les pays les plus pauvres.

Coopérer avec ceux qui ont des ressources naturelles

La Russie a également des ambitions économiques claires en Afrique. Il lui manque des minéraux comme le manganèse, la bauxite et le chrome, qui sont importants pour son industrie.

Rusal, une société russe de production d’aluminium, a commencé à exporter de la bauxite à partir des mines de la Guinée. Ces exportations représentent environ un quart de la production totale de Rusal.

La Russie s’intéresse également aux diamants. Sa compagnie nationale d’extraction de diamants, Alrosa, a signé un accord avec l’Angola en 2017.

“Le gaz d’Afrique de l’Est est particulièrement intéressant pour elle. Et Rosneft (une société pétrolière russe) a ouvert un bureau au Mozambique, où il a obtenu deux concessions d’exploitation de gaz off-shore”, affirme Alex Vines, de Chatham House, un “think tank” international basé à Londres.

Paul Stronski, chercheur à la Fondation Carnegie pour la paix internationale (États-Unis), croit que la Russie a plusieurs avantages à coopérer avec les pays africains riches en ressources naturelles.

“L’extraction de minerais, de pétrole, de gaz, etc., dans certaines parties de la Sibérie ou de l’Arctique, peut être coûteuse et compliquée”, ajoute-t-il, estimant que cette situation peut emmener les sociétés russes à chercher “ailleurs”.

En 2018, la Russie a signé des accords avec l’Angola, la Namibie, le Mozambique, le Zimbabwe et l’Éthiopie, pour renforcer ses relations économiques avec ces pays. Elle a également conclu un accord avec l’Érythrée en vue de la construction d’un centre commercial dans un port érythréen.

Mais dans le contexte mondial, le commerce russe avec l’Afrique a toujours été éclipsé par les relations commerciales de Moscou avec l’Europe, l’Asie et les États-Unis.

Les concurrents de la Russie

Il est important de rappeler que d’autres économies émergentes comme la Chine, l’Inde et l’Indonésie ont aussi considérablement accru leurs échanges commerciaux avec l’Afrique durant ces dernières années.

La Russie a donc intérêt à se positionner sur le commerce mondial en renforçant ses relations avec l’Afrique.

“Dans des pays comme la République Centrafricaine – où la France est traditionnellement la puissance la plus influente -, sa présence est la preuve que la Russie peut agir dans des domaines que l’Occident considère comme sa sphère à lui”, analyse Paul Stronski.

La Russie a accueilli deux fois le président soudanais Omar el-Béchir, qui a été inculpé par la Cour pénale internationale (CPI) pour crimes de guerre.

Mais il y a des limites à ce que la Russie peut accomplir, selon certains analystes. Alex Vines, de Chatham House, rappelle que la Russie n’est plus l’Union soviétique. “Elle n’a pas les ressources nécessaires pour se déployer de manière significative en Afrique. Pour y arriver, la Russie cherchera des niches, comme la défense et l’extraction des matières premières”, dit-il.

Néanmoins, le regain d’intérêt de la Russie n’est pas passé inaperçu. Annonçant une nouvelle stratégie pour l’Afrique en décembre dernier, les Etats-Unis ont dénoncé la “rapide expansion” de l’activité russe et chinoise en Afrique.

La Russie développe ses relations économiques et politiques dans le continent africain “sans se soucier de l’Etat de droit ni d’une gouvernance responsable et transparente”, déplore Washington.

BBC Afrique

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