Dans « Le Monde », l’artiste est revenue sur l’épisode traumatisant qui l’empêchera plus tard d’avoir des enfants, à une époque où l’IVG était interdite.

À92 ans, Line Renaud a vécu mille vies : une enfance modeste dans le Nord, la chanson comme passion, une audition qui la lance dans le métier, sa rencontre déterminante avec le compositeur Louis Gasté, la gloire, les revues parisiennes, Las Vegas, puis la comédie, le théâtre, le cinéma, son engagement contre le sida… Un destin à cent à l’heure, qu’elle a raconté dans les colonnes du Monde, avec aussi ses parts d’ombre et des blessures jamais refermées, comme cet avortement clandestin qu’elle va subir à l’âge de 18 ans, dans des conditions déplorables, au cœur des Halles de Paris.

Les faits remontent juste après la Seconde Guerre mondiale, en 1946. Line Renaud est au début de sa carrière, elle a rencontré un an plus tôt Loulou Gasté, vingt ans de plus qu’elle, un artiste dont elle connaît toutes les chansons et qui la met rapidement dans son lit. Il sort d’un divorce difficile, il tombe sous le charme, le début d’une longue histoire qui va durer cinquante ans… Très vite, la jeune Line tombe enceinte. « Ce fut la panique pour nous deux », se souvient-elle. Son mentor ne veut pas d’enfant et elle ne souhaite pas connaître la même humiliation vécue par sa propre grand-mère Marguerite, qui accoucha en célibataire à 17 ans, étiquetée « fille-mère » par le voisinage.

Fièvre et septicémie

Loulou Gasté improvise, trouve un lieu clandestin dans le quartier des Halles, en plein centre de Paris où il emmène secrètement sa protégée, puisque la pratique est alors illégale en France. « J’en garde un souvenir effroyable, explique Line Renaud dans Le Monde. Une adresse glauque, un appartement sombre, une tricoteuse… Et des complications au retour à la maison, 41 °C de fièvre, un début de septicémie. On a appelé un gynécologue de toute urgence. Il a pratiqué un curetage à vif sur la table de la salle à manger… »

Elle dit avoir vécu un vrai traumatisme, « comme tant de femmes de cette époque » puisqu’il faudra attendre 1975 et la loi Veil pour dépénaliser la pratique de l’avortement en France. Loulou Gasté a craint le pire, il est resté à ses côtés, lui demandant pardon, l’assurant de ses sentiments. « Loulou s’est rendu compte ce jour-là à quel point il m’aimait, raconte Line Renaud. Je priais, je priais pour que tu ne meures pas, m’a-t-il dit en larmes. » De son côté, elle sait que l’opération a été terrible et l’empêchera sûrement d’enfanter plus tard. « Une voix résolue a résonné en moi : Loulou, je ne te donnerai jamais d’enfant. » Ce qui fut le cas.

Elle fera plus tard une fausse couche, puis souhaitera adopter, sans donner suite – Loulou est contre. « Je n’ai pas pu devenir mère, un manque jamais comblé, reconnaissait-elle dans le magazine Elle il y a quelques années. Je me suis consolée quand s’est noué un lien magnifique avec Claude Chirac, poursuivait-elle. Je l’ai connue à Los Angeles, elle avait 15 ans, et l’affection, si forte, s’est développée au fil des ans. Mon propre enfant ne serait peut-être pas aussi aimant et constant qu’elle sait l’être… »

Source: lepoint

 

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Dans « Le Monde », l’artiste est revenue sur l’épisode traumatisant qui l’empêchera plus tard d’avoir des enfants, à une époque où l’IVG était interdite. À92 ans, Line Renaud a vécu mille vies : une enfance modeste dans le Nord, la chanson comme passion, une audition qui la lance dans le métier, sa rencontre...