Le retour de la Russie en Afrique a fait l’objet d’une large couverture médiatique, de préoccupations gouvernementales et de nombreuses réactions de la société civile au cours des dernières semaines, en particulier alors que Sochi se prépare à accueillir le tout premier sommet Russie-Afrique la semaine prochaine. La plupart des commentateurs, venus d’Europe et d’Amérique du Nord, ont fait part de leurs préoccupations concernant les accords d’armement douteux conclus par la Russie en Afrique, son ingérence politique dans des régimes africains instables et sa remise en cause du statu quo sur le continent. Le problème est que, lorsque ces commentaires ne sont pas tout simplement hypocrites, ils oublient un élément essentiel : la concurrence est bonne pour les affaires, dont l’Afrique a grandement besoin à l’heure actuelle.

 

Premièrement, la présence de la Russie sur le continent ne peut se résumer en sensationnalisme. Elle est complexe et il faut la replacer dans son contexte. Les relations modernes russes avec les gouvernements et les institutions africains ont commencé à se renforcer en Afrique pendant et après les guerres d’indépendance, à une époque où l’Union soviétique offrait un soutien diplomatique et militaire essentiel aux jeunes nations africaines qui en avaient besoin. Cette assistance était multiforme et nécessaire pour des pays africains à la recherche d’un développement rapide après des guerres et conflits d’indépendance difficiles. « L’Union soviétique a fourni une assistance économique importante, notamment en matière d’infrastructures, de développement agricole, de coopération en matière de sécurité et dans le secteur de la santé », a écrit cette semaine Paul Stronski du programme Russie et Eurasie de Carnegie. En conséquence, la vision de Poutine pour l’Afrique reprend et renforce une coopération qui a débuté dans la seconde moitié du XXe siècle et qui n’a été interrompue que par l’effondrement de l’Union soviétique en 1991.

En bref, bien qu’arrivant tard sur l’échiquier africain, la Russie n’en est pas pour autant un pion anonyme. Au-delà de la coopération militaire, ses sociétés de ressources naturelles appartenant à l’État ont déjà pénétré le continent et pourraient changer la donne pour de nombreux pays africains ayant besoin d’investissements et d’électricité. Les principales sociétés énergétiques russes telles que Gazprom, Lukoil, Rostec et Rosatom sont déjà présentes en Algérie, en Angola, en Égypte, au Nigeria, au Cameroun, en Guinée équatoriale ou en Ouganda, tandis que des sociétés minières telles que Nordgold ou Rusal développent des mines de classe mondiale en Guinée et au Zimbabwe. L’engagement de la Russie au sein de l’Opep au niveau mondial a également clairement montré son attachement à la stabilité du marché et à la coopération mondiale en matière d’énergie. Les pays producteurs africains bénéficient, en définitive, de cette stabilité.

« L’influence de la Russie s’accroît grâce à des investissements stratégiques dans les ressources naturelles, et ces investissements sont bien accueillis par les entreprises et les gouvernements africains. Ils apportent des capitaux et un savoir-faire russes clés sur un continent qui cherche à diversifier ses partenaires et à attirer des investissements indispensables dans son secteur de l’énergie », a déclaré Nj Ayuk, président de la Chambre africaine de l’énergie (EnergyChamber.org) et PDG du Centurion Law Group. « La Chambre africaine de l’énergie soutient ces efforts et a constaté une nette augmentation des intérêts des entreprises russes pour le continent. Nous prévoyons que de nombreux accords seront signés pendant et après le sommet de Sochi pour que les sociétés énergétiques russes développent des ressources africaines et fassent des affaires en Afrique. Cela sera particulièrement bénéfique à mesure que l’Afrique développe des économies basées sur le gaz », a t-il ajouté.

Parmi les plus récents accords, citons par exemple le protocole d’entente conclu entre Atlas Oranto Petroleum et Rosneft en 2018, aux termes duquel la société panafricaine a accepté d’étudier le développement conjoint de ses actifs en Afrique avec le géant russe. Un autre exemple est la signature de plusieurs accords entre la Russie et le Mozambique cet été, impliquant à nouveau la sociétés d’État Rosneft, mais également Nordgold. En Afrique centrale, Gazprom extrait également du gaz de l’unité flottante Hilli Episeyo au Cameroun, le premier navire FLNG converti du monde.

Au fur et à mesure que ces investissements et cette activité augmentent, le véritable facteur décisif sera la capacité de l’Afrique à conclure des accords favorables à sa population et à son économie. Ce sont les négociations des contrats à venir qui détermineront l’avenir des relations entre la Russie et l’Afrique et indiqueront si l’influence renouvelée de la Russie sur le continent est bonne ou mauvaise pour les africains. À juste titre d’ailleurs, la capacité des gouvernements africains à conclure de meilleures ententes avec leurs investisseurs est en train de devenir un des éléments essentiels du discours commercial mondial sur l’Afrique actuellement.

Dans son livre très attendu qui paraîtra ce mois-ci et qui a déjà remporté un franc succès sur Amazon, « Des milliards en jeu : L’avenir de l’énergie et des affaires en Afrique », Nj Ayuk consacre un chapitre entier à l’art critique de la négociation de contrats. « Pour que l’Afrique réalise réellement tous les avantages des opérations pétrolières et gazières, nous devons assister à de bonnes affaires et des contrats justes dans tous les domaines », écrit-il. « Il est clair que de bonnes affaires et des contrats gagnant-gagnant ont de profondes implications pour les populations, les communautés et les entreprises africaines. »

La négociation des contrats est en fait l’élément clé manquant du débat actuel sur l’influence croissante de la Russie en Afrique. Il ne fait aucun doute que l’Afrique accueille l’intérêt renouvelé de la Russie pour le continent, non seulement parce que les acteurs russes offrent leur collaboration sans les conditions habituelles du FMI et la Banque mondiale, mais aussi parce que l’Afrique a besoin d’investissements en énergie essentiels et qu’un géant producteur de pétrole comme la Russie possède des technologies et un savoir-faire à exporter. Le seul hic, c’est que l’Afrique sub-saharienne a connu plusieurs développements réglementaires ces dernières années, avec un accent particulier sur les réglementations et lois relatives au contenu local sur les marchés de l’énergie. La création d’emplois, le renforcement des capacités nationales et la création d’une base solide de sociétés énergétiques locales sont maintenant une priorité africaine. Si les gouvernements africains sont en mesure de négocier des contrats qui répondent à ces attentes et que les entreprises russes s’engagent à développer le continent, l’avenir est prometteur pour la Russie en Afrique.

En fin de compte, il s’agira de voir comment les institutions et gouvernements africains négocieront leurs futurs contrats avec les entreprises russes. Comme l’écrit Nj Ayuk dans « Des milliards en jeu » : « Les gouvernements doivent donner aux investisseurs la possibilité de générer des revenus à partir des ressources qui les intéressent et de récupérer leurs investissements. En même temps, les gouvernements doivent aussi chercher à créer de la valeur pour leur pays et ses habitants. C’est un acte d’équilibre. C’est un défi, mais c’est réalisable. »

Reste à savoir si Sochi aboutira à cet acte équilibre. En attendant, le défi est posé et l’Afrique est prête à le relever.

Distribué par APO Group pour African Energy Chamber.

SOURCE : African Energy Chamber

MaliwebInternational
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