La question se pose déjà au Mali : Que fera Emmanuel Macron au sujet du dossier du nord du Mali, plus précisément de Kidal ? Le nouveau président français va-t-il adopter une politique de rupture d’avec la déstabilisation instaurée sous Sarkozy (lire l’article ci-dessous) ? Emmanuel Macron va-t-il poursuivre le jeu d’équilibriste (entre Bamako et les rebelles de la CMA) adopté par François Hollande après l’intervention française au nord du Mali ? A Bamako, l’opinion s’interroge…

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Malgré Barkhane, qui a remplacé, le 1er août 2014, l’opération Serval déclenchée début 2013 au Mali, et la Minusma, le septentrion malien n’a pas vu diminuer les activités des djihadistes et d’autres éléments armés. Les attaques de ces derniers jours (Nampala, Almoustrat) sont des preuves, tout comme les embuscades quotidiennes et les explosions des mines dans les régions de Mopti, Tombouctou et Gao. Aujourd’hui au Nord, rien ou presque n’a encore été réglé. Certes, depuis le 15 juin 2015, un accord dit de « paix et de réconciliation » a été solennellement conclu entre le pouvoir central et des groupes armés, dont la CMA qui contrôle toujours une partie du pays : la région de Kidal.

Le bilan de la présence française dans le septentrion malien est plus que maigre, vu que l’hexagone est, depuis trois ans en guerre au Mali. Et on compte déjà des milliards d’euros dépensés. Au total, la France débourse un montant de 2,6 millions d’euros (plus de 1,7 milliard de FCFA) en moyenne par jour. Ces chiffres qui donnent, et bien d’autres sacrifices français, amènent plus d’un observateur à se demander si la France supporte toutes ces dépenses colossales pour le seul et unique bien du peuple malien. Il y a de contrepartie, dit-on, sans sourciller.

Pour d’autres analystes, la proximité du Mali d’avec le Niger et son uranium, d’avec l’Algérie et son gaz et son pétrole, et d’avec la Mauritanie pétrolifère, fait de ce pays et de la zone du sahel occidental toute entière un périmètre à protéger et dans lequel il est intéressant de s’assurer des espaces de contrôle.

La France l’a bien compris et a depuis longtemps, avec ses entreprises à ses côtés, investi ces terres. Elle interviendrait au Mali afin de faire en sorte que le conflit ne se propage pas au Niger (qui connaît les mêmes difficultés socio-économiques que le Mali et une menace armée presque comparable) s’il veut s’assurer l’approvisionnement des centrales nucléaires françaises en uranium.

Enjeux géographiques

Aussi, au-delà des justifications sécuritaires ou humanitaires, se cachent derrière l’intervention française au Mali, de grands enjeux géopolitiques avant même d’être économiques ou énergétiques. Géopolitiques parce qu’en réalité, la France ne cesse d’être en perte de vitesse en Afrique depuis quelques décennies, et que, si cette mauvaise tendance devait se confirmer sans anticipation, ni intervention militaire, la France forte ne ferait que subir la montée de l’influence américaine dans toutes ses anciennes colonies.

Mais, la thèse la plus pertinente reste celle relative au projet d’accaparement des ressources naturelle du Mali. A cet effet, l’hexagone fait montre d’une duplicité déconcertante dans la résolution de la crise malienne.

Aujourd’hui, tout est fait pour maintenir la confusion. Conséquence : l’autorité de l’État n’a pas été retrouvée (à Kidal) et ne peut pas l’être, puisque la France l’interdit. Comme quoi, les groupes armés du Hcua sont les alliés de la France dans la réalisation de leur sinistre projet. Le fil des évènements démontre à suffisance cette intelligence.

Pour mémoire, au tout début de la crise, la revendication principale de ces groupes tolérés par la France était d’obtenir, ni plus, ni moins que l’indépendance de tout le nord du Mali. A la longue, la France, sachant bien ces mouvements ne pouvaient étendre leur mainmise sur cette vaste région, les a invités à changer de discours. C’est désormais une autonomie qu’ils demandent. Et cette autonomie est une formule qui arrange la France, car les régions du nord auront une indépendance financière. Avec un tel pouvoir, il ne fait aucun doute que la France sera la première à bénéficier de la part des garants de ses intérêts, de l’exclusivité de l’exploitation des richesses de cette partie du Mali.

Voilà qui explique le soutien occulte de Barkhane à la Coordination des mouvements de l’Azawad, chaque fois que celle-ci est menacée.

En réalité, le jeu était orchestré par des réseaux en France qui font tout pour maintenir Kidal sous le contrôle des rebelles de la CMA qui agissent au nez et à la barbe des forces françaises à Kidal, Tessalit et d’autres localités du nord. Une stratégie de partage du Mali que Paris avait déjà dévoilé en 2013.

A cette époque, l’opération Serval, après avoir libéré les régions de Gao et Tombouctou, avait interdit l’accès de Kidal à l’armée malienne.

Ensuite, sur ordre de la France, 250 militaires maliens ont été acceptés à Kidal. Aujourd’hui, il apparait clairement que les autorités françaises veulent imposer aux Maliens l’existence de Kidal comme Etat… Un Etat sous le contrôle des rebelles de la CMA… Eux-mêmes, sous le diktat des Français.

Mais, avec l’élection d’Emmanuel Macron, les Maliens espèrent une clarification de la politique française dans le nord du Mali. En clair, Paris doit aider le pays à se réunifier et surtout à se débarrasser des groupes terroristes qui sont implantés un peu partout au nord et qui progressent vers le centre. Il y va de la stabilité de la sous-région. En vérité, une nouvelle déstabilisation du Mali aura sans doute des conséquences dramatiques sur l’ensemble de la zone. Déjà, le Burkina Faso est dans le viseur de groupes terroristes qui opèrent dans le septentrion malien…

CH Sylla

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