Les relations entre la France et ses anciennes colonies africaines connaissent des tensions inédites, du nord au sud du continent en passant par l’Ouest et le Centre. En cause, les méthodes du président français Emmanuel Macron et ses ministres dont celui des Affaires étrangères, Jean Yves Le Drian.

 

On avait d’abord pensé à une simple bévue lorsqu’en décembre 2019 le président français Emmanuel Macron avait annoncé à Bruxelles, en marge d’un Conseil européen, un sommet extraordinaire avec ses homologues des pays du G 5 Sahel (Burkina Faso, Mali, Mauritanie, Niger, Tchad) sans qu’aucun d’entre eux n’ait été prévenu. Même pas le président burkinabé Roch Marc Christain Kaboré alors président en exercice du G5 Sahel. L’Elysée avait à cette époque plaidé une erreur de communication.

Mais moins de deux mois après, le président français avait s’était publiquement engagé auprès d’un activiste camerounais en février 2020, en marge d’une visite au Salon de l’agriculture à Paris, a appelé le lendemain son homologue camerounais Paul Biya pour lui remonter les bretelles au sujet de sa gestion de la crise anglophone. La sortie de Macron (43 ans) contre Biya (88 ans dont 38 au pouvoir) avait ému l’opinion, bien au-delà du Cameroun, dans toute l’Afrique, un continent où l’âge précède la fonction. Elle a surtout convaincu ceux qui doutaient encore que « la convocation » des présidents du G5 Sahel et la charge publique contre Biya étaient non plus à inscrire dans le registre de la maladresse mais dans celui de la méthode.

Confrontation permanente 

Prenant exemple sur le président, les ministres français aussi s’y sont mis. Jean Yves Le Drian, ministre des Affaires étrangères, a ainsi déclaré publiquement avoir réclamé fermement, presque les yeux dans les yeux, au chef de l’Etat congolais Denis Sassou Nguesso des gestes, notamment concernant l’opposant Jean-Marie Michel Mokoko.

« « Je le lui ai dit avec fermeté ! », avait tonné le chef de la diplomatie française, provoquant la stupeur dans la délégation du président Sassou qui venait d’être reçu en septembre 2019 à l’Elysée par Macron dans le cadre d’une visite officielle. Le même Le Drian avait déjà dressé un vif réquisitoire en 2013 contre Ibrahim Boubacar Keita (IBK) qui était alors à la tête du Mali. « Mon honneur n’est pas à donner aux chiens« , avait répliqué IBK dans un entretien accordé à la presse.

Les sorties plus récentes du même Le Drian et de sa collègue des Armées Florence Parly sur la présence de la société russe Wagner au Mali et en Centrafrique ont provoqué une levée de bouclier sans précédent dans les relations entre la France et ses anciennes colonies. Fait rarissime, l’ambassadeur de France à Bamako a été convoqué au ministre malien des Affaires étrangères à la suite des propos des responsables français jugés « inamicaux ».

A Bangui, la ministre des Affaires étrangères Sylvie Baïpo-Temon a dû sortir de ses gongs pour accuser son homologue français de chercher à « infantiliser la république centrafricaine ». « Les propos de mon homologue français sont inacceptables car mensongers », a déclaré la cheffe de la diplomatie centrafricaine.  Outre son caractère inédit, la stratégie française de la confrontation avec les anciennes colonies africaines surprend par son ampleur.

En effet, au moment même où les relations se crispent avec la Centrafrique, le Mali, le Cameroun, le Congo et même le Gabon, la France ouvre un front avec trois pays maghrébins (Algérie, Maroc, Tunisie) en réduisant de 50% le nombre des visas français accordés à leurs ressortissants au motif qu’ils ne facilitent pas assez la réadmission des Algériens, Marocains et Tunisiens indésirables en France.

Fuite en avant 

A Paris, au lieu de prendre la mesure des dégâts que cette confrontation large et permanente avec les ex-colonies peut avoir sur l’image de la France en Afrique, on échafaude des plans de reconquête des opinions publiques africaines à la travers « la guerre de l’information » confiée aux armées françaises ainsi que la signature d’accords entre le Quai d’Orsay et des acteurs de l’information pour inonder le continent de contenus gratuits favorables à la politique française en Afrique.

Loin de réinventer les relations entre la France et l’Afrique à travers « le Nouveau sommet Afrique » organisé le 8 octobre à Montpellier, le quinquennat de Macron a réussi à déstabiliser la sérénité dont il a hérité de la diplomatie française en Afrique.

SourceMondAfrique

MaliwebInternational
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