Dans son dernier discours, le président russe s’est posé en rempart contre le « système néocolonial » de l’Occident. Une posture qui oublie les actions du Groupe Wagner au Mali ou de la Russie au Caucase, explique, dans sa chronique, Gilles Paris, éditorialiste au « Monde ».

 

Les damnés de la terre peuvent compter sur un nouveau défenseur. Vladimir Poutine a consacré une partie non négligeable de son dernier discours, prononcé le 30 septembre, à décentrer la posture russe d’un conflit ukrainien dans lequel il est en difficulté pour se poser en rempart contre le « système néocolonial » de l’Occident, système qui, selon lui, permet à ce dernier de « parasiter, de dépouiller le monde ».

Il n’en avait jamais été question de manière aussi affirmée dans les précédentes interventions du maître du Kremlin, mais nécessité fait loi. La relative bienveillance à son égard du « Sud global », en dépit des limites évidentes du concept, constitue l’un des rares résultats que la Russie peut porter à son crédit depuis l’invasion de l’Ukraine.

Il s’agit autant d’opportunisme que d’opportunités. Dans le même discours, Vladimir Poutine a effectué une parfaite captation d’héritage en s’inscrivant dans la continuité de l’Union soviétique. En Afrique, cette dernière fut du bon côté de l’histoire lors des décolonisations de la seconde moitié du XXe siècle, puis très active dans les guerres postcoloniales de l’Angola, du Mozambique ou de l’Ogaden (entre l’Ethiopie et la Somalie). Elle forma jusqu’à son implosion, en décembre 1991, des dizaines de milliers de cadres africains, notamment à Moscou dans l’université Patrice-Lumumba, rebaptisée université russe de l’Amitité des peuples.

Campagnes de désinformation

Quant aux opportunités, son régime les exploite plus qu’il ne les crée. Lorsque des drapeaux russes sont brandis lors d’un nouveau coup d’Etat au Burkina Faso, le 1er octobre, il faut sans doute plus y lire la détestation d’une France devenue repoussoir qu’une véritable adhésion à la Russie. Cette dernière joue des contradictions et des faiblesses multiples de la politique française en Afrique.

Les opportunités, de la Centrafrique au Mali, consistent aussi et surtout à apporter à des régimes chancelants ou sur la défensive une aide militaire qui fait fi de toute conditionnalité en matière de fonctionnement politique et de droits humains, ce quela Chine, l’autre grande puissance « révisionniste » très investie sur le continent, se montre encore incapable d’offrir. Le recours aux mercenaires du Groupe Wagner permet à Moscou de dénier toute responsabilité sur le terrain. Cette force non officielle serait présente à des titres divers dans une quinzaine pays du continent, selon le Center for Strategic and International Studies, un cercle de réflexion de Washington.

Source : Le Monde