Le bilan de la politique française est trop sévère. L’histoire politique française en Afrique est l’œuvre de Charles De Gaulle, Jacques Foccart, Valery Giscard D’Estaing, François  Mitterrand, Jacques Chirac. Chirac a été formé et lancé en politique par deux hommes influents: Marcel Dassault, tête de proue de l’industrie militaire française, et Pierre Juillet, homme clef des services secrets.

Jacques Foccart : fut un personnage très puissant: secrétaire général de l’Elysée aux affaires africaines et malgaches. Il dirige la plupart des services secrets, supervise les nominations aux principaux  postes du parti gaulliste et de l’État, pourvoit enfin aux finances du gaullisme. Il va orchestrer avec efficacité la mission de «confiscation des indépendances». Sa stratégie consistait à mettre en place des dirigeants africains favorables à la France par le trucage d’élections et l’élimination physique de leaders des mouvements indépendantistes.

La guerre contre les indépendantistes camerounais (1957-1970)  est la plus violente, avec des méthodes  proches de la guerre du Vietnam ou des massacres de Madagascar (1948): des centaines de milliers de victimes, l’assassinat des leaders Ruben Um Nyobé, en 1958, Félix Moumié, en 1960, Osende Afana en 1966, Ernest Ouandié, en 1970. Cette guerre servira de leçon à tous ceux qui ont des velléités de résistance. Citons également l’assassinat du président indépendantiste togolais Sylvanus Olympio, en 1963, sous la supervision des services secrets français.

L’assassin, Étienne Eyadema, ancien gradé de l’armée coloniale, s’installe ensuite au pouvoir pour près de quarante (40) ans. Bon nombre des chefs d’État choisis par Jacques Foccart ont été formés dans les écoles militaires françaises. Chaque président africain est encadré par des membres des services secrets et par de multiples conseillers  français. Foccart et son réseau ont commis beaucoup de coups tordus en Afrique. Il ne doit pas être en paix dans sa tombe. Autre personnalité française controversée:

 

Bernard Kouchner

Bernard Kouchner aux Affaires étrangères. Co-fondateur de Médecins sans frontières puis de Médecins du monde, ancien haut fonctionnaire des Nations unies et ministre de la Santé sous plusieurs gouvernements socialistes. Moins connue est sa participation, plus ou moins volontaire, à plusieurs coups tordus de la Françafrique.

L’Angola: Pour comprendre les raisons de la rupture franco-anglaise, penchons-nous rapidement sur l’histoire de l’Angola. Depuis son indépendance en 1975, obtenue après une guerre atroce menée par les troupes salazaristes, cette ancienne colonie portugaise a vécu trente (30) ans d’affrontements sans merci entre le Mouvement populaire de libération de l’Angola (MPLA) initialement soutenu par la Russie et Cuba, et l’Union pour l’indépendance totale de l’Angola (UNITA) appuyée par les États-Unis, la France et l’Afrique du Sud. Cette guerre civile, financée par l’argent du pétrole et des diamants, fut  particulièrement ignoble, chaque camp ayant recours aux massacres de civils, à la destruction des campagnes aux minages des régions.

En 2002, le conflit s’est soldé par la victoire du MPLA de José Eduardo Dos Santos, à la tête du pays, depuis 1979. Mais l’Angola est ravagé: la guerre civile angolaise fut alimentée en armes par une multitude de trafics et de montages financiers illégaux, auxquels ont participé des hommes d’affaires et politiques français.

 

Ici on passe de la françafrique à la mafiafrique

L’Angola, c’est l’Irak ou le Koweït de l’Afrique: un pays qui a des gisements pétroliers gigantesques au large de ses côtes. Ce pays était en guerre civile, depuis son indépendance, en 1975. Lors du procès Elf, on a eu confirmation de ce que: la France et Elf armaient les deux (02) cotés de la guerre civile. Ne soyez pas étonnés de voir en Afrique que la quasi-totalité des pays pétroliers soient constamment en guerre civile: les armes et le pétrole vont en permanence ensemble. Pourquoi les armes et le pétrole sont-ils le même commerce ? Tout simplement parce que le pétrole et les armes sont les secteurs de la plus grande corruption, avec des pourcentages de commissions allant de 20 à 50%, et que cette corruption passe forcément par les paradis fiscaux.

Bénin: (ancien Dahomey) «Quartier latin de l’Afrique», est un vivier de fonctionnaires et d’intellectuels. D’où une administration pléthorique qui grève le budget du pays et une masse de diplômés chômeurs aigris qui vivent dans les villes de la cote aux crochets de leur famille et n’ont aucune intention de partir chercher du travail dans le Nord. Les luttes d’influence des leaders, les revendications jusqu’au-boutistes des syndicalistes et des étudiants, la mauvaise gestion des deniers publics ont conduit le Dahomey dans une situation ingérable, et la France, après avoir couvert les déficits, laisse entendre qu’elle ne portera pas éternellement le fardeau de la dette dahoméenne. Le commandant Mathieu Kérékou, leader du Nord, prend alors le pouvoir, en 1972. Il le gardera jusqu’en 1990. Il fait du marxisme-léninisme la philosophie officielle, décrète une série de nationalisations et rebaptise son pays le Bénin. Les capitaux s’enfuient. Le Bénin reste dans la zone franc et tente un rapprochement avec le gouvernement français qui reste sans  lendemain.

Burkina Faso: en 1983, Thomas Sankara prend le pouvoir à la suite d’un un coup d’État. Son gouvernement rebaptise la Haute-Volta le Burkina Faso, le «pays des hommes intègres». Il retire aux chefs traditionnels leurs pouvoirs et instaure des modes de décision collective. Sankara travaille sans protocole, roule en R5 et vend les limousines de l’État, imposant à ses ministres le même train de vie modeste. Il lance de grands programmes pour améliorer l’éducation, l’agriculture et le statut des femmes. Excellent orateur, Sankara agace les grandes puissances.

Devant l’ONU, il plaide pour le féminisme et dénonce la politique des États-Unis. Lors d’une visite du président François Mitterrand, il critique radicalement la politique africaine de la France. Le 15 octobre 1987, Thomas Sankara est assassiné lors d’un coup d’État organisé par l’un de ses compagnons d’armes, Blaise Compaoré, soutenu logistiquement par la France.

Guinée: Les relations avec la France, rompues en 1965, sont reprises en 1975 après la libération de dix-huit (18) Français emprisonnés. Le président Giscard d’Estaing fait une visite officielle, en 1978. Intérêt pour un pays qui est le troisième producteur mondial de bauxite et dont le sous-sol recèle de l’uranium, des diamants et peut-être du pétrole. Depuis le coup d’État de 1984, le militaire Lansana Conté est au pouvoir. En 1998, il organise des élections truquées, emprisonnant l’opposant  principal, Alpha Condé. Jacques Chirac rend visite  au même moment à Lansana Conté, félicitant la démocratisation du pays.

Mali: Pays de l’Afrique de l’Ouest, le Mali est un carrefour de civilisations, indépendant en 1960. Son premier président fut Modibo Keïta (1960-1968) assassiné par le Comité militaire de libération nationale (CMLN) en 1976. Le premier coup de force est intervenu, le 19 novembre 1968 par le lieutenant Moussa Traoré, âgé de trente-deux (32) ans. Le second le 26 mas 1991 par le Comité réconciliation nationale (CRN) dirigé par Amadou Toumani Touré (ATT). Il avait quarante-trois (43) ans. Le Mali traverse des crises politiques depuis la chute du général Moussa Traoré, en 1991. Quatre (04) coups d’État en soixante (60) ans d’indépendance. Il y a au moins un putsch tous les quinze(15) ans. En soixante (60) ans d’indépendance, l’homme malien demeure le même (inchangé), sa mentalité et son comportement n’ont subi aucune évolution. Du parti unique, on est passé à la démocratie.

Les présidents civils ont dirigé le Mali durant vingt-cinq (25) ans, les militaires trente trois (33) ans. Les Maliens n’ont pas une culture démocratique: l’ancien parti unique Union démocratique du peuple malien (UDPM) s’est fondu dans le Mouvement démocratique, en 1992 et a fini par absorber les partis politiques.

Dans ce pays de Soundiata Kéita, on confond générosité et militantisme. Le bel exemple de démocratie malienne a basculé dans l’anarchie. La Constitution est constamment violée par les présidents élus. Au Mali, nous sommes passés du monopartisme au «multimonopartisme». Qu’est-ce-à dire ? Nous sommes passés d’un système de parti unique à un système avec une multitude de partis qui gardent encore les reflexes du parti unique. On a chassé le naturel, il est revenu au galop ! Le Mali est un peuple composé de Soninké, Malinké, Bambara, Dogon, Sonrhaï, Touareg, Sénoufo, Minianka, Bozo, Bwa, Kassonké et Peul. Tout ce peuple a un but et une foi pour la construction nationale.

Malheureusement, cette demande  patriotique se trouve bloquer par un malaise: la méchanceté. Il n’y a pas une race méchante, cependant les méchantes gens sont  dans toutes les ethnies. Les méchantes sont gens nombreuses au Mali. Une attitude qui freine le développement du pays qui est à l’origine de l’une des causes profondes de cette crise. Si les politiques ont pu diviser les Maliens, les religieux à travers la prolifération des mosquées ont aussi contribué  à approfondir la crise. Ainsi chaque prêcheur de renommée nationale a ses fidèles, sa mosquée. L’autorité de l’État a volé en éclats, depuis l’avènement de la démocratie.

Mauritanie: ce pays passerelle entre l’Afrique du Nord et l’Afrique noire, très vaste et très peu peuplé, infertile sauf dans la région du fleuve Sénégal, dispose de peu de ressources: essentiellement le fer autour de Zouérate, à l’exploitation duquel la France participe par l’intermédiaire de la Miferma, le cuivre et la pèche. Il est divisé entre les Maures au teint clair, descendant des Arabes nomades, les Maures à la peau noire, les Peuls et les Noirs toucouleurs et Sarakolé sédentaires vivant  près du fleuve et razziés régulièrement par les premiers. La Mauritanie est heurtée à plusieurs obstacles: une opposition interne promarocaine, une opposition noire, l’influence des marabouts et des chefs coutumiers.

Nigeria: En 1969, une rébellion éclate au Nigeria. Le Biafra, province riche en gisements pétroliers, tente de faire sécession du reste du pays. La France, par l’intermédiaire de Jacques Foccart, soutient matériellement les indépendantistes: la partition du Nigeria permettrait en effet d’ouvrir un boulevard au groupe pétrolier Elf. Mercenaires, fonds secrets, agitation diplomatique, toute la panoplie des réseaux de la Françafrique est déployée pour soutenir l’effort de guerre.

Reste à bluffer l’opinion publique; le colonel Maurice Robert, alors responsable des services secrets français en Afrique, s’est laissé aller à quelques confidences à ce sujet: «Ce que tout le monde ne sait pas, c’est que le terme de «génocide» appliqué à cette affaire du Biafra a été lancé par les services (secrets). Nous voulions un mot choc pour sensibiliser l’opinion».

Dans cette opération de manipulation médiatique, l’ancien étudiant communiste Bernard Kouchner va jouer, sans doute à son insu, un rôle clé. Venu sur place à l’appel de la Croix-Rouge et du Secours  médical  français, il crée le «Comité de lutte contre le génocide du Biafra». Les images des enfants biafrais faméliques bouleversent les téléspectateurs. Le Biafra devient cause nationale. L’aide afflue, à un détail près: dans les cargaisons de la Croix-Rouge, on trouve aussi des armes. Un million de morts plus tard, le soutien militaire français aura prolongé de manière criminelle un conflit suicidaire. Kouchner devient un des pionniers de l’urgence humanitaire et participe, en 1971, à la fondation de Médecins sans frontières (MSF).

Rwanda: En  avril 1994, un génocide éclate au Rwanda. L’État français est à cette époque le soutien essentiel du Hutu Power, qui massacre méthodiquement plusieurs mois durant un million de personnes pour le simple fait d’être des Tutsi ou pour s’être opposées à cette extermination. Le 9 mai, un haut responsable militaire du gouvernement génocidaire rencontre en France le chef de la Mission militaire de coopération. Parmi les thèmes abordés figure l’amélioration de l’image médiatique du régime rwandais. Or, voici ce que rapporte le général Dallaire, commandant de la Mission des Nations unies au Rwanda (MINUAR), à propos de la visite de Kouchner au Rwanda trois jours plus tard comme émissaire de l’Elysée: «Il m’a annoncé que le public français était en état de choc devant l’horreur du génocide au Rwanda et qu’il exigeait des actions concrètes. Je lui ai exposé ma position: pas question d’exporter des enfants (et de) s’en servir comme porte- enseigne pour quelques Français bien-pensants. J’ai détesté l’argument de Kouchner qui estimait que ce genre d’action serait une excellente publicité pour le gouvernement  intérimaire. Je n’aimais déjà pas l’idée de faire sortir du pays des enfants rwandais, mais se servir de ce geste pour montrer une meilleure image des extrémistes me donnait la nausée».

L’opération échoue, mais Bernard Kouchner revient à la charge, pose devant les caméras un orphelin dans les bras. Il demande l’autorisation auprès de Roméo Dallaire de faire intervenir l’armée française à Kigali, ce qui mènerait vers la partition du pays. Nouveau refus du général onusien, mais l’idée est là: faire intervenir la France au nom du principe humanitaire, alors que 90% des victimes tutsi sont déjà exterminées. L’opération Turquoise sera finalement déclenchée, organisant, sous  couvert d’une opération humanitaire, le retrait et la protection des forces du génocide.

Tchad: Depuis son indépendance en 1960, cette ancienne colonie française n’a jamais connu la paix. Coups d’État, dictatures, guerres civiles. Les différents pouvoirs qui se sont succédé se sont maintenus par le trucage des élections, la répression des opposants politiques, la corruption et le soutien militaire français.

Au milieu des années 1990, des gisements de pétrole sont découverts dans le sous-sol tchadien. L’exploitation de l’or noir nécessite cependant son transport. Un projet de pipeline de 1050 km de long, reliant le bassin pétrolier de Doba (Tchad) à la ville côtière de Kribi (Cameroun) est lancé, en 1999. Ce projet colossal, impossible à financer par l’État tchadien, reçoit rapidement le soutien de la Banque mondiale. Face à la mobilisation internationale d’ONG dénonçant les impacts sanitaires, environnementaux et politiques (corruption, détournements) de ce pipeline, la Banque mondiale se voit contrainte de signer un accord  avec le gouvernement d’Idriss Deby.

Depuis son coup d’État de 1990, Déby, militaire formé par l’armée française, est au pouvoir. En 1996, il décide d’organiser des élections  supervisées par l’État français. L’Elysée envoie Jérôme Grand d’Esnon, conseiller de Chirac (mis en cause dans l’affaire des emplois fictifs de la mairie de Paris), et André Rouge, membre du Conseil national du RPR.

 Birmanie: En mars 2003, Kouchner monnaye son expertise d’avocat à l’entreprise Total pour la modique somme de 25 000 euros. La firme est à l’époque accusée d’avoir recours au travail forcé en Birmanie, où la junte au pouvoir pratique l’esclavage et les viols sur la population. Après une brève enquête médico-sociale de quelques jours sur place, Bernard Kouchner blanchit le groupe pétrolier. Son rapport sera utilisé pour défendre Total contre des victimes birmanes ayant porté plainte contre le groupe privé. Le cabinet d’expertise de Bernard Kouchner  a également décroché au Gabon, quelques années plus tôt des contrats d’études sur un nouveau système de sécurité sociale et sur les dangers de la grippe aviaire.

Cameroun: seul pays d’Afrique subsaharienne francophone qui, de 1955 à 1971, a été le théâtre d’une vaste guerre de libération nationale, fondée et menée par Ruben Um Nyobé, tué au maquis, en 1958.  La répression sanglante des indépendantistes, absente des manuels d’histoire français, fut menée par l’armée coloniale. Après l’indépendance, en 1960, elle fut prolongée par  le premier chef d’État camerounais, Ahmadou Ahidjo, avec le soutien de l’armée française.

En 1982, le Premier  ministre Paul Biya succède à Ahidjo. Il s’est depuis, succédé à lui-même par une suite de réformes constitutionnelles, d’élections peu crédibles et de répressions sanglantes. Les répressions, d’une tentative de coup d’État, en 1984, puis des manifestations exigeant une conférence nationale, en 1992 firent respectivement un millier et plusieurs centaines de morts. Pays riche en matières premières (pétrole, bois, minerais), le Cameroun fait la fortune des entreprises Bolloré, Bouygues ou Rougier.

Rassemblés par Amy SANOGO

 Source: Inter De Bamako

MaliwebInternational
Le bilan de la politique française est trop sévère. L’histoire politique française en Afrique est l’œuvre de Charles De Gaulle, Jacques Foccart, Valery Giscard D’Estaing, François  Mitterrand, Jacques Chirac. Chirac a été formé et lancé en politique par deux hommes influents: Marcel Dassault, tête de proue de l’industrie militaire...