«La dame, défunte,  Fanta Fofana, était la deuxième noce de son mari alors que ce dernier est lié à sa première par un mariage monogamique », dixit le Procureur de la République en charge du Pôle économique et financier de Bamako, Mamadou Bandjougou Diawara, qui s’explique ici sur l’affaire de Fanta Fofana, assassinée par son mari à la Maison des Hôtes du Mali et non à Koulouba, au palais présidentiel. Selon le Procureur en charge de l’enquête, le suspect a tué sa femme parce que cette dernière voulait divorcer arguant qu’il (son mari) est lié par un mariage monogamique avec sa première. Nous l’avons rencontré.

L’OBSERVATOIRE :Le 28 décembre dernier, nous avons appris un assassinat à la base aérienne, aux Villas des Hôtes. Où en sommes-nous aujourd’hui avec les enquêtes ?

 

MAMADOU BANDJOUGOU DIAWARA, PROCUREUR DE LA REPUBLIQUE : Je me réjouis que vous puissiez venir à l’information, parce que, depuis que ces faits se sont déroulés, il y a eu beaucoup de choses qui se disent. Mais personne n’est venu à la source l’information. En réalité, qu’est ce qui s’est passé ? C’était le jeudi 28 décembre 2017, à 21h15, je reçois un appel anonyme, personnel sur mon téléphone, qui m’indique qu’il y a eu un incident à la Maison des Hôtes et la personne coupe. Quelques instants après, la personne me reprend encore.  Oui, il y a eu un meurtre à la Maison des Hôtes, à l’ex-base arienne et la personne coupe encore.

Toute de suite, j’ai pris l’information au sérieux. J’ai immédiatement appelé à  la minute qui a suivi mon Commissaire  du IIe Arrondissement. Le Commissariat qu’on appelle la Poudrière qui n’avait pas reçu l’information. Je lui ai dépêché sur les lieux et quarante minutes après, personnellement je suis arrivé sur place, à l’ex-base aérienne. Et la personne m’avait appris ni les gardes ni les travailleurs de là-bas ne savaient que quelque chose s’y était passée.  Nous avons fouillé et nous nous sommes mis à la recherche, ensemble le Commissaire,  ses éléments et moi-même. Et, nous n’avons rien trouvé. Mais, de recoupement en recoupement, nous avons pratiquement eu le portrait-robot, sinon l’identité, nom et prénom du probable suspect et celle  de la victime. Minus de ces informations, nous avons cherché et recherché encore, puisqu’on n’avait pas trouvé de corps, sur place, là où le crime est sensé avoir eu lieu. Nous nous sommes dit si nous ne faisons pas vite, le suspect peut faire disparaitre le corps et lui-même fuir. Alors, c’était une course contre la montre.

C’est comme ça qu’avec les éléments de l’IIe Arrondissement dirigé par le Commissaire appuyés par la Brigade de Recherches du Commissariat XIVe Arrondissement puisqu’on avait localisé le suspect dans un domicile non loin de la Base aérienne, en Commune IV.

Et, sur le terrain, nous sommes allés, ces éléments intervenus ont pu appréhender le suspect. Quand nous l’avons appréhendé, il a pris du temps avant de nous localiser le corps mais il a fini par nous livrer le corps qui était avec lui. Il était parvenu, au fort étonnement du commun des mortels, à emporter le corps avec lui jusque dans son domicile même. C’est dans son domicile qu’on l’a appréhendé vers 1 heure 15 minutes, à peu près.

Quand nous l’avons appréhendé, nous avons essayé d’investiguer davantage pour savoir et, nous avons compris qu’effectivement c’est à l’ex-Base aérienne qu’il a commis le crime et emballé le corps dans un sac plastique pour le cacher et le faire sortir discrètement dans un véhicule qu’il a emprunté avec un de ses amis.

Notre crainte était qu’il ne puisse prendre de l’avant sur nous et qu’il ne puisse faire disparaitre le corps. Nous l’avons appréhendé comme ça.

Monsieur le Procureur, comment votre informateur a su qu’il y a eu un meurtre ?

 Vous savez, l’informateur était anonyme et c’est ce que nous demandons souvent à la population. On n’est pas obligé de se faire connaitre pour donner une information. Moi-même, je me posais la question comment il a eu mon numéro de téléphone ;   mais il était anonyme.  Donc, les investigations sont à un niveau que nous ne pouvons rien dire davantage. Mais, aujourd’hui, c’est que l’information était correcte. Cela est important. Et cela nous a permis   de prendre de l’avance sur le suspect, sinon, il aurait pu, peut être,  faire disparaitre le corps et, peut être, déclarer la Dame portée disparue.

Mais, aujourd’hui, cette information donnée, même si c’était à une heure tardive, parce que nous nous sommes rendus compte que le meurtre a eu lieu entre 13 heures et 14 heures, mais c’est à 21 heures que nous l’avons su. Donc, certainement le suspect voulait profiter de la nuit, peut-être pour faire disparaitre le corps. Nous avons eu la chance de l’appréhender.

A ce niveau, est ce que le vrai mobile de crime est connu ?

 Vous savez, les investigations continues ; c’est-à-dire l’enquête préliminaire a été menée sous ma direction et avec le Commissariat  du IIe Arrondissement. Ils ont terminé l’enquête et nous avons poursuivi l’auteur  pour assassinat, et la personne est déférée devant un Juge d’instruction.

Mais, à l’état actuel de la poursuite, les recoupements, les témoignages et les renseignements recueillis nous ont permis de comprendre que la victime, Mme Fanta Fofana, était agent d’accueil à la Maison des Hôtes. Et, sur le site, le présumé auteur des faits aussi  travaille. Mais, il s’occupe d’autres fonctions. Alors, ils se sont connus là-bas et, de leurs connaissances, ils ont décidé de s’unir.

Mais, leur couple battait plein depuis les premiers mois pace que c’est courant juillet tout près qu’ils se sont unis. Nous avons compris cela parce que simplement la défunte,  de son vivant, a compris qu’elle était la deuxième noce de son mari uni avec première épouse par un mariage monogamique. Donc, elle a compris très vite qu’elle n’avait plus de place privilégiée auprès de ce dernier. Ainsi, elle a vite émis le vœu de rompre ce mariage. Elle en a discuté à plusieurs fois avec son mari. Ce qui faisait l’objet de tensions permanentes entre eux et souvent même à la violence quand les propos ne se concordaient pas. Et elle a décidé de quitter son mari finalement, en abandonnant son domicile conjugal pour aller s’installer ailleurs que le mari ne connaissait même pas avant.

Alors, selon les recoupements et quelques témoignages des amis du suspect, lui-même,  en tout cas, au niveau de l’enquête préliminaire nous avons compris qu’il ne supportait pas que la femme lui quitte. Il avait menacé la femme si elle ne revenait pas dans son domicile conjugal, il va la tuer.  C’était des menaces en son temps. Mais, malheureusement, il les a mis en exécution. Donc, pour l’instant, c’est cela que nous avons compris à travers les recoupements que nous avons  maintenant. Nos investigations vont découvrir certainement d’autres choses. Mais, nous ne savons rien pour le moment et l’information judiciaire est telle que nous ne pouvons pas aller davantage parce que c’est couvert par le secret.

Monsieur le Procureur, nous avons appris aussi que la victime était enceinte. Est-ce que cela est vrai ? Et le présumé coupable avait un problème psychiatrique. Est-ce cela est aussi vrai ?

Alors, là, jusqu’au moment où je vous parle, parce que dès qu’on a appréhendé le suspect on l’a poursuivi. Il est inculpé aujourd’hui devant le Juge. Mais, aucun examen psychiatrique n’a été ordonné contre lui pour l’instant. Donc, je ne peux pas me prononcer sur son état. Mais, j’ai personnellement communiqué avec lui et il me semble être lucide. Mais, çà, les spécialistes quand nous allons les saisir vont déterminer. Donc, jusqu’aux moments où je vous parle, aucun examen psychiatrique n’a été pour l’instant ordonné. Mais c’est sûr que le Juge va le faire plus tard.

Concernant la victime, Mme Fanta Fofana, alors nous même avons entendu qu’elle était en état de grossesse. Heureusement, quand nous avons découvert son corps, la toute première des choses, nous avons demandé à un Médecin de l’examiner. Donc, avant de toucher son corps c’est un Médecin qui l’a examiné par un premier et un second Médecin. Le premier, nous a déjà envoyé son certificat mais jusqu’aujourd’hui on n’a jamais déterminé de  grossesse pour l’instant. Mais, les investigations continuent.

Un dernier mot sur cette affaire, Monsieur le Procureur

 En présentant nos condoléances  à la famille de la défunte. Je remercie d’abord la population parce qu’en fait ce crime qui est un autre crime de plus qu’un mari assassine sa femme pouvait exiger d’autres troubles parce que ça traumatise et perturbe la tranquillité. Mais, la population est restée sereine et a fait confiance en la Justice. C’est pourquoi les gens attendent de nous  que nous puissions faire le travail. Donc, je rassure ; car, j’ai la chance personnellement de diriger l’enquête sur le terrain. Nous suivons pas à pas ce dossier et je vous avoue que le Juge d’instruction m’a promis de boucler son dossier en deux mois. Parce qu’on a pratiquement réuni l’essentiel des éléments constitutifs du dossier pour le mettre à sa disposition. Je tiens plutôt à féliciter les Agents de la Police judiciaire surtout le Commissaire du IIeArrondissement qui a intervenu avec professionnalisme, appuyé par les éléments du XIVe  Arrondissement. Ils ont agi avec professionnalisme parce qu’il n’était pas évident de rattraper ce suspect sans effusion de sang. Il avait tout perdu et pouvait tout faire. J’ai assisté personnellement à son arrestation, je sais ce qu’il allait  se passer. Donc, je félicite franchement le Commissaire du IIe Arrondissement qui a fait preuve de grand professionnalisme avec ses éléments appuyés par la Brigade de Recherches du XIeArrondissement.

Propos recueillis par Ousmane MORBA

 

L’Observatoire

 

 

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