IBK descend dans l’arène. Lundi soir, à la télévision malienne, le président Ibrahim Boubacar Keïta a annoncé qu’il se portait candidat à la présidentielle du 29 juillet prochain pour un second mandat de cinq ans. Comment défend-il son bilan ? Quelle est sa stratégie face aux opposants qui remplissent les stades de Bamako ? Amadou Koïta est son ministre de la Jeunesse et de la Construction citoyenne. Il est aussi le porte-parole de son gouvernement. De passage à Paris, il répond aux questions de RFI.

RFI : Le président descend dans l’arène, il est candidat. Que veut-il faire qu’il n’a pas fait déjà depuis cinq ans ?

Amadou Koïta Le président Ibrahim Boubacar Keïta, pendant les cinq ans, a posé des actions de réconciliation, des actions pour la paix. Son bilan est un bilan positif. Un bilan qui mérite d’être consolidé et prolongé. Comme vous savez, le président a hérité d’un pays à terre. Il fallait reconstruire l’armée malienne, il fallait coudre le tissu social, il fallait relancer l’économie malienne, il fallait redonner confiance au peuple malien. Cinq ans après, nous pouvons dire que les actions qui ont été posées ont été fortement appréciées par la population du Mali.

Vous dites « bilan positif », mais de l’avis du secrétaire général des Nations unies AntónioGuterres lui-même – il arrive à Bamako ce mardi -, la sécurité des civils ne cesse de se détériorer dans le centre du Mali.

Non, je pense qu’aujourd’hui la sécurité des citoyens maliens s’améliore de jour en jour. Grâce à loi d’orientation et de programmation militaire, nos hommes aujourd’hui, l’armée malienne est équipée. Aujourd’hui, nous sentons une montée en puissance de notre armée malienne.

Oui, mais, António Gueterres est quand même très alarmiste quand il dit que la situation se détériore dans le centre…

Non. Je pense que c’est les terroristes qui veulent faire croire que la situation se détériore en disant qu’il y a un conflit communautaire entre Peuls et Dogons, sachant bien que les Peuls et les Dogons ont toujours vécu dans la fraternité.

La naissance de groupes armés qui défendent les uns la communauté peule, les autres la communauté Dogon, est-ce que ce n’est pas le signe que l’Etat n’est plus en mesure d’assurer la sécurité de ses communautés et doit sous-traiter cette sécurité à des milices ?

Non, l’Etat est présent. D’ailleurs, sur instruction du Premier ministre-chef du gouvernement Soumeylou Boubèye Maïga, qui a instruit aux forces armées de sécurité de désarmer toutes les personnes qui détiennent des armes. Même les porteurs de permis. Donc, cela veut dire qu’aujourd’hui l’armée n’est plus à la défensive. Elle est à l’offensive. Les terroristes se sentant vaincus sont en train d’essayer d’instrumentaliser, en opposant une communauté à une autre. Voilà pourquoi, sur l’instruction du président de la République, une mission de médiation a été mise en place. Composer les leaders dogons, composer les leaders peuls, pour travailler afin d’amener l’accalmie, le vivre ensemble entre ces deux communautés.

Autre point controversé dans le bilan du chef de l’Etat, cet accord d’Alger qui a été signé il y a trois ans et qui n’est toujours pas appliqué. Vos partenaires disent que ce n’est pas seulement de la faute des groupes armés du Nord et qu’il y a de la mauvaise volonté de la part des autorités maliennes.

Non, pas du tout. Les autorités maliennes n’ont jamais eu la mauvaise volonté. Aujourd’hui, nous nous félicitons que la confiance soit de retour, par la grâce de Dieu, aujourd’hui, le MOC, qui est le Mécanisme opérationnel de Coordination, est opérationnel à Gao, il est opérationnel à Tombouctou, il sera opérationnel à Kidal. Ce MOC va permettre surtout les patrouilles mixtes. Donc après cela, nous allons évoluer vers le DDR, Désarmement, Démobilisation et Réinsertion-Réintégration. Donc, c’est pour vous dire qu’aujourd’hui l’accord est en train d’être mis en œuvre. C’est vrai, le rythme est critiquable. Mais la volonté du gouvernement est une volonté affichée.

Le Premier ministre Soumeylou Boubèye Maïga est allé à Kidal il y a deux mois, c’était une première depuis quatre ans. Mais l’opposant Soumaïla Cissé affirme que ce n’était qu’une visite de faire valoir et qu’il a fait trop de concessions aux groupes armés pour pouvoir se rendre dans la grande cité du Nord.

Je pense que ces groupes armés sont les acteurs de la mise en œuvre de l’accord pour la paix et la réconciliation. Je pense que si le Premier ministre effectue une visite à Kidal, où il a été accueilli les bras ouverts,  j’étais de la délégation. A Kidal, nous avons vu des hommes et de femmes qui ne souhaitent que la présence de l’Etat, à Kidal, nous avons vu les légitimités traditionnelles s’engager pour la mise en œuvre de l’accord.

L’objectif de la plateforme « Ensemble pour le Mali », qui rassemble 68 partis, c’est donc la victoire d’IBK dès le premier tour. Mais est-ce que c’est vraiment réaliste, quand on voit qu’il y a cinq ans il n’a gagné qu’au second tour et qu’aujourd’hui il a un bilan à défendre et ce n’est pas facile ?

Oui, je dis que le bilan du président de la République est en sa faveur, malgré qu’il a hérité d’une situation difficile. Le secteur agricole est subventionné. Il bénéficie de 15% du budget national, ce qui fait d’ailleurs du Mali le premier producteur de coton. Malgré la situation difficile, les salariés, les travailleurs maliens ont vu leur pouvoir d’achat amélioré avec une augmentation de 21% de leurs salaires. Malgré la situation difficile, le taux de croissance du Mali aujourd’hui est à 6%. Donc, je pense qu’aujourd’hui, ce bilan est un bilan positif. Et voilà pourquoi la plateforme « Ensemble pour le Mali » plus tous ses mouvements de soutien assureront au président de la République sa réélection dès le premier tour.

Dès le premier tour ? Ce n’est pas facile ça !

Oui, ce n’est pas facile, nous sommes en démocratie. Pour le président aujourd’hui, lors de ses différentes tournées à l’intérieur du pays, nous avons senti une relation fusionnelle entre le président et les populations du Mali.

Il y a trois semaines, l’opposant Soumaïla Cissé a réuni quelque 80 000 personnes dans le plus grand stade de Bamako. N’est-ce pas le signe que l’opposition a également beaucoup de partisans et que le premier tour sera très difficile à atteindre ?

Vous savez, c’est le président IBK qui a été le premier à remplir le stade du 26-Mars en 2002 et en 2013. Nous avons 8 millions d’électeurs. Je pense que le plus important pour nous c’est que nous sommes présents à l’intérieur du pays. Forts du leadership et du charisme du président Ibrahim Boubacar Keïta et de son bilan, nous vous assurons la victoire du président Ibrahim Boubacar Keïta dès le premier tour. En tout cas, nous nous battons pour cela.

Et il y aura un grand meeting du candidat IBK dans le stade du 26-Mars ?

Ah bien sûr ! Bien sûr, il y aura un grand meeting. Pas seulement dans le stade du 26-Mars. Il y aura un grand meeting partout au Mali. Vous l’avez dit, le candidat Soumaïla a rempli le stade du 26-Mars. Mais il l’a rempli grâce à qui ? Grâce à un jeune rappeur très, très populaire au Mali qui s’appelle Iba One, qui, deux jours seulement après le meeting, a décidé de soutenir le président Ibrahim Boubacar Keïta. Donc, ça veut dire ce que ça veut dire.

La grande inquiétude de l’opposition c’est la fraude, notamment le jour du scrutin et lors de la compilation. Qu’est-ce qui nous garantit qu’il n’y aura pas de triche à ce moment-là ?

Je voudrais tout simplement vous dire que le gouvernement travaille pour que ces élections soient des élections les plus transparentes, des élections sincères, des élections crédibles. D’ailleurs, pour question de transparence le gouvernement a décidé de nommer deux assesseurs. Un pour l’opposition, un pour la majorité dans les 23 461 bureaux de vote. C’est pour vous dire que les conditions sont réunies à ce que ces élections soient les élections les plus transparentes. Maintenant, laissons la parole au peuple malien.

Par Christophe Boisbouvier
RFI
MaliwebInterviews
IBK descend dans l’arène. Lundi soir, à la télévision malienne, le président Ibrahim Boubacar Keïta a annoncé qu’il se portait candidat à la présidentielle du 29 juillet prochain pour un second mandat de cinq ans. Comment défend-il son bilan ? Quelle est sa stratégie face aux opposants qui remplissent...