Cheffe de la communication et porte-parole, elle attire l’attention sur la situation des enfants et des parents qui font la manche dans les rues dans ce contexte d’épidémie de coronavirus. Elle parle aussi de la stratégie de l’organisme onusien pour venir en aide à cette couche vulnérable.

L’Essor : Avec la propagation du Covid-19 dans notre pays, certaines couches vulnérables de la société sont plus que jamais exposées, notamment les jeunes mendiants de la rue et leurs parents. Cette situation interpelle-t-elle l’Unicef ? 
Eliane Luthi : En effet, les enfants déjà vulnérables sont exposés de manière accrue, car ils n’ont pas suffisamment d’accès à l’information et aux moyens pour s’autoprotéger face au virus. Il s’agit notamment des enfants de la rue, des talibés, des enfants vivant hors du cadre familial, ainsi que des enfants déplacés ou réfugiés. Des enfants peuvent aussi se retrouver séparés de leur famille ou orphelins des suites du Covid-19. En outre, certaines mesures de lutte contre le coronavirus telles que la fermeture des écoles ou les restrictions de mouvement peuvent avoir des conséquences sociales et économiques majeures sur les conditions de vie des familles, qui peuvent aussi exacerber les vulnérabilités existantes et exposer les enfants à des risques de violences ou d’exploitation.

L’Essor : Comment peut-on venir en aide à ces personnes vulnérables ?
 Eliane Luthi : Premièrement, il faut s’assurer que tout le monde ait accès à des informations fiables sur le Covid-19 et comment s’en prémunir à travers les gestes barrières, tels que le lavage des mains au savon et à l’eau propre pendant au moins 20 secondes et la distanciation sociale. C’est pourquoi, l’Unicef et l’OMS appuient le gouvernement du Mali dans la diffusion de messages de prévention à travers des canaux qui peuvent atteindre les couches les plus vulnérables.
En même temps, il faut renforcer les dispositifs de prise en charge et de protection des enfants dans le besoin. Les centres d’accueils partenaires de l’Unicef ont été dotés de matériels pour le lavage des mains à l’eau courante et au savon et le personnel et les enfants sont sensibilisés sur les gestes barrières.
Pour les enfants de la rue, l’Unicef travaille avec ses partenaires à travers des équipes mobiles déployées sur le terrain qui apportent des informations essentielles sur la prévention, qui orientent les enfants vers les services disponibles et qui fournissent un appui psychosocial aux enfants les plus vulnérables.

L’Essor : Confrontés aux difficultés du quotidien, beaucoup d’entre eux ne croient pas au coronavirus. C’est dire que la sensibilisation est capitale au sein de cette couche de la société ?
 Eliane Luthi : La sensibilisation est capitale à travers toutes les couches de la société, mais encore plus au sein des couches les plus vulnérables. Le lavage des mains, notamment, est le premier geste préventif que chaque fille, garçon, et adulte doit maîtriser pour se protéger. Pour atteindre les personnes les plus vulnérables qui ont un accès limité à l’information, les messages et les canaux doivent être adaptés. Les messages doivent aussi être adaptés aux enfants.
Il faut signaler qu’en ce moment un grand nombre d’informations circulent sur le virus, mais certaines sont inopportunes, inexactes, voire intentionnellement fausses. En période de crise sanitaire, la désinformation peut empêcher les personnes de se protéger correctement.
Nous avons donc une responsabilité collective de véhiculer uniquement des informations de sources fiables, telles que le ministère de la Santé et des Affaires sociales, l’OMS et l’Unicef, et de ne jamais relayer d’informations non vérifiées.

L’Essor : En plus de la sensibilisation, l’Unicef est-elle disposée à fournir des kits d’hygiène à des enfants qui sont dans la rue ?
 Eliane Luthi : À travers les structures reconnues de l’État, l’Unicef fournit des kits d’hygiène et des dispositifs de lavage des mains aux centres d’accueil, espaces récréatifs et autres structures de protection des enfants. Ces mesures seront renforcées sur la base d’une analyse des besoins afin d’atteindre tous les enfants dans le besoin.

L’Essor : Avez-vous un appel à lancer pour qu’on s’intéresse davantage au sort de ces couches vulnérables face au coronavirus ?
 Eliane Luthi : Même avant cette crise sanitaire, les enfants étaient les membres les plus vulnérables de la société malienne. Les enfants au Mali sont susceptibles de souffrir des maladies telles que la diarrhée, les infections respiratoires, le paludisme et la malnutrition, des maladies qui compromettent leur système immunitaire. Le résultat, c’est qu’un enfant sur 10 nous quitte avant son 5è anniversaire. Les enfants souffrent également de manière disproportionnée en cas de crise. Nous savons par exemple que la majorité de la population déplacée au Mali a moins de 18 ans. En ce moment, il est donc plus que jamais essentiel que l’État, les communautés et tous les partenaires soient pleinement engagés pour que les enfants les plus vulnérables ne soient pas touchés par le virus.

Propos recueillis
par Madiba KEITA

Source: Journal L’Essor-Mali

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Cheffe de la communication et porte-parole, elle attire l’attention sur la situation des enfants et des parents qui font la manche dans les rues dans ce contexte d’épidémie de coronavirus. Elle parle aussi de la stratégie de l’organisme onusien pour venir en aide à cette couche vulnérable. L’Essor : Avec la...