Pourtant économiste de formation, Modibo Touré est un fervent acteur du monde culturel malien. Membre ou président de plusieurs associations de lecteurs, il est également le secrétaire administratif de l’Union des écrivains Maliens (Uem). Promoteur de Magic’Art, une structure qui promeut le bogolan, Modibé vient rejoindre le cercle des romanciers maliens avec son tout premier ouvrage intitulé « Sira ou la diva de la capitale », paru cette année chez Innov Editions. Nous avons pu échanger avec lui autour de son ouvrage. Dans cet entretien, l’auteur nous parle également de son intérêt pour les lettres et la culture, ainsi que ses projets d’écriture.

Aujourd’hui-Mali : Bonjour, pouvez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

Modibo Touré : Je me nomme Modibo Basseydou Touré, je suis titulaire d’une maîtrise en Gestion de la Faculté des sciences économiques et de gestion (Fseg). Je suis écrivain malien et secrétaire administratif de l’Union des écrivains du Mali (Uem). Je préside, également, le club des lecteurs Jeunesse malienne en marche (Jmama) de la Bibliothèque nationale et du Centre national de lecture publique (Cnlp) depuis 2014. Je suis membre de plusieurs clubs de lecteurs et mouvements littéraires, parmi lesquels le club des lecteurs de l’Institut Français du Mali et le mouvement des Jeunes esprits de la littérature malienne (Jelma). Je suis promoteur de l’entreprise Magic’Art qui promeut le bogolan et la culture malienne.

Pouvez-vous nous présenter votre roman « Sira ou les divas de la capitale » ?

D’entrée de jeu, ce roman est un récit réaliste et évènementiel qui met dos à dos la Femme de la brousse et la Femme citadine. Sira symbolise la face cachée de la femme africaine en général et les divas traduisent les comportements de certaines femmes, porteuses d’un combat dit émancipateur, plus motivées par la haine de l’Homme que par la quête de l’égalité entre les genres, voire l’extension des droits de la femme dans la société africaine et malienne. Il montre les non-dits de certaines autrices féministes africaines et maliennes dont les œuvres sont le plus souvent partielles et partiales dans la narration des conditions féminines dans nos sociétés. D’abord, partielles parce qu’elles racontent une partie des tristes réalités que vivent la femme africaine dans nos sociétés en la faisant passer pour une victime dont l’homme est le bourreau, et ferment les yeux sur les méfaits de la femme dont les hommes sont injustement tourmentés. Ensuite, partiales parce que ces autrices s’arrangent toujours du côté des femmes sans souci de justice ni de vérité. Ce roman vient en complément de ces œuvres féministes qui ne lésinent en rien sur les actes ignobles de l’homme qui, le plus souvent, agit sous l’effet d’une souffrance inaudible venant de sa conjointe. Bref, ce roman est la preuve palpable que l’homme seul n’a pas le monopole de la violence et de l’injustice sociale. De même qu’il y a les hommes assassins dans nos sociétés, de même il y a les femmes assassines dans nos sociétés. De même qu’il y a une injustice notoire entre les hommes et les femmes, de même il y a une grave injustice entre les femmes et les femmes.

N’arrivant pas à enfanter après 5 ans de mariage, Sira exhorte son mari à prendre une deuxième épouse qu’elle finira par combattre. Effet de jalousie ? Quel est le message à retenir ici ?

D’une part, il faut noter que la Femme en générale est un être ambivalent, c’est-à-dire qu’elle dispose de sentiments contradictoires. Si elle dit non, cela veut dire oui et si elle dit oui cela veut dire peut-être… Et d’autre part, la cohabitation des coépouses (la sina ya) est d’une rudesse inouïe. Comme on le dit chez nous : sina ya diè len yé gala yé, c’est-à-dire (la cohabitation des coépouses n’est jamais saine). Sira et Awa appartiennent à deux générations différentes et partagent un seul mari dans une cour commune. Elles ne pourraient jamais faire bon ménage.

En plus de la polygamie, vous évoquez également beaucoup d’autres thèmes dans votre ouvrage, notamment l’émancipation de la femme et la religion… ! 

Oui, en plus de la condition féminine, je reviens aussi sur l’immixtion des dieux leaders religieux dans la politique de notre pays. Ce roman traite aussi de l’amour, la jalousie, la trahison, l’injustice, l’homicide volontaire, la tontine (baptême), le veuvage, le polyamour, sans oublier la mauvaise gouvernance.

Pourquoi avoir touché à la problématique des aides ménagères ?

Comme je l’ai évoqué ci-dessus, c’est pour mettre le doigt sur le traitement criminel qu’infligent certaines femmes, qui se disent émancipatrices de leurs consœurs, à d’autres « sous femmes » appelées en langage courant les « Bonnes » comme pour dire les bonnes à tout faire. Cette catégorie de femmes ramenées au rang d’esclave par leurs patronnes est le plus souvent victime de non-paiement de salaires, accusée de vols et torturée par les employeuses. Et le paradoxe de ces féministes, c’est qu’elles n’invitent jamais les aides ménagères à mener le combat émancipateur ensemble. Elles ouvrent plutôt les bras aux femmes lettrées et ambitieuses de la capitale et tournent le dos aux femmes de brousse. Elles sont très sélectives dans leur lutte féministe. Comme je l’ai souligné, la plupart de ces féministes est plus motivée par la haine des hommes qu’elle cache savamment derrière le féminisme pur et dur. Des véritables misandres.

Ce roman est-il inspiré d’une histoire réelle ?

C’est un roman réaliste et évènementiel. Réaliste, parce que c’est un roman vraisemblable, évènementiel parce que lors de la rédaction de cette œuvre, je rédigeais au-fur et à mesure les grands évènements et les crises multidimensionnelles que traverserait et traverse encore notre pays.

Pourquoi ce penchant pour la culture, notamment les lettres en tant qu’économiste de formation ?

D’abord, mon amour pour les lettres, je le dois à mon père qui m’a alphabétisé avant même que je sois inscrit à l’école. Il m’a donné le goût de la lecture depuis mon jeune âge. Aussi, en apprenant l’économie, j’ai appris que la culture est la base fondamentale de tout développement. Il est indéniable aujourd’hui que tous les pays du monde peuvent se développer avec seulement leur culture. C’est pourquoi on parle toujours de la culture économique. La culture fait partie de l’indenté d’une nation donc elle reste importante dans le développement d’un pays. La culture est un socle du développement économique d’un pays.

Quel est votre genre littéraire préféré et pourquoi ?

Je ne le sais pas, parce que ce qui m’intéresse le plus, c’est le message  que je souhaite faire passer et quel est le meilleur canal de communication pour véhiculer ce message… Est-ce un roman, un recueil de nouvelles, un essai ou un livre de conte ?

Dites-nous ce qui vous a motivé pour devenir écrivain ?

Ma seule motivation pour avoir été un écrivain est que j’aime partager mes opinions et mes idées à qui le veut. Apporter ma petite voix à celles plurielles pour dire ce qui me tient au cœur, mais surtout pour faire comprendre au monde entier que tout ce qu’on raconte sur notre pays n’est pas vrai. Dire aussi ma part de vérité des faits sociaux. Comme le dit-on : ce sont les riverains qui connaissent le mieux la profondeur du fleuve. Laisser parler mon cœur en trempant, si c’est nécessaire, ma plume dans la plaie. Comme le disait l’autre : ce qu’on ose dire, il ne faut pas le taire, il faut l’écrire.

Avez-vous d’autres projets d’écriture ?

Oui, présentement, j’ai un recueil de nouvelles presque fini et un essai en chantier.

 Réalisée par Youssouf Koné S

ource: Aujourdhui-Mali

 

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Pourtant économiste de formation, Modibo Touré est un fervent acteur du monde culturel malien. Membre ou président de plusieurs associations de lecteurs, il est également le secrétaire administratif de l’Union des écrivains Maliens (Uem). Promoteur de Magic’Art, une structure qui promeut le bogolan, Modibé vient rejoindre le cercle des...