La deuxième édition du Festival Île Aérée de Kabara aura lieu en novembre prochain. Pour son Directeur Général Mamadou Guediouma, ledit festival est un grand-rendez-vous « pour remettre la lumière sur la culture kabaroise » longtemps enfouie dans les méandres de l’histoire de Tombouctou. Interview.

 

L’Observatoire : Pourquoi ce festival ?

Mamadou Guediouma : Le festival de KABARA est né, suite à des réflexions, au constat d’abandon de par nos autorités des Kabarois même, la méconnaissance de la riche culture de Kabara, de la riche histoire de Kabara, une vieille ville fondée au XIIème siècle, soit 33 ans avant sa sœur de Tombouctou. Donc, nous avons organisé ce festival pour valoriser tout et mettre toutes ces richesses en lumière.

Vous avez parlé des sites historiques. Peut-on savoir un peu ce que c’est ?

Oui, nous avons des sites comme je le disais tantôt. KABARA est plus vieille que Tombouctou. Il y a déjà la Médina kabaroise qui est vieille que Tombouctou, il y a aussi le canal des Askia qui a été creusé par l’empereur Songhaï, Sonny Aly Ber, il y a le baffon-macan-borongari, qui veut dire mangeur d’hommes, et qui est le symbole de la lutte contre l’excision, mais n’est pas pratiqué là-bas il y a des siècles de cela. Jusqu’à trois (3) reprises, ils ont fait la mutilation génitale, les jeunes filles ont toute perdu la vie. A partir de là, ils ont décidé d’arrêter cette pratique. Parmi les 333 Saints de Tombouctou, il y a 100 Saints aussi de Kabara, dont trois (3) mausolées qui sont aujourd’hui réhabilitées.

Il y a aussi le Fort de l’armée coloniale (le Fort OP), le monument dédié aux morts qui est le Fort OP dont le camp porte son nom. Il a été assassiné avec ses 15 laptots par les Touareg. Il y a Tilla aussi qui est la base de l’empire songhaï, c’est la base où sont cantonnés les Sofas de Sony Ali Ber. Voilà donc, ces quelques sites historiques que nous avons encadrés.

Vous avez organisé la première édition, il n’y a pas longtemps. Quelles ont été les retombées ?

La première édition était pour mettre la lumière sur Kabara, c’est-à-dire parler de Kabara, faire connaître Kabara aux Kabarois, aux nouvelles générations, aux populations de Tombouctou. Vraiment, je pense que c’était un pari gagné. Il y a eu du mouvement, à peu près 6000 interactions entre la ville de Tombouctou et Kabara, les populations ont compris l’objectif du festival. Elles ont compris l’importance de ce festival, de ce rendez-vous culturel, qui était celui du donner et du recevoir. Je pense qu’il y a eu l’adhésion des communautés.

Quand vous faites quelque chose au nom de la communauté et que c’est rejeté, du coup, c’est un échec. Mais, la communauté a adhéré. La chose a été saluée par les Kabarois et d’autres communautés. La première édition était un test, qui a réussi, on a dépassé toutes les attentes.

Après la première édition, on a senti une certaine appropriation du festival par les populations. Parlons-en.

Oui, c’est exactement ce que je disais tantôt, cette année il y a eu beaucoup de mouvements, beaucoup de choses se sont dites. Chacun se réclame, chacun parle au nom du festival, chacun défend le festival. Ils nous disent que chaque fois que le festival est pour la communauté, c’est pour Kabara. C’est un festival avec lequel nous n’avons pas de problème, parce que c’est pour la communauté qu’on l’a initié. Notre objectif, c’est de vraiment voir les choses bouger, voir le changement, voir une prise de conscience des Kabarois. S’ils veulent prendre vraiment le festival en main pour que ça soit quelque de plus grand, la porte est grandement ouverte et on est prêt à travailler avec eux.

Vous êtes en train de préparer la deuxième édition pour le mois de novembre prochain, quel est l’état des préparatifs aujourd’hui ?

Dieu merci, aujourd’hui nous sommes très avancés dans les préparatifs. Il y a eu des réunions avec des partenaires tels que la MINUSMA. La mission onusienne est avec nous et les autorités locales aussi. On a eu pas mal d’échanges avec eux. Au regard de tout cela, je dirais que nous sommes à plus de 50% de préparation avec eux. Nous sommes à deux mois déjà, on peut dire que les choses vont en bon train.

Le festival de Kabara a-t-il une particularité, notamment, cette deuxième édition ?

Tout à fait, le festival de Kabara a une particularité. La particularité de la première édition était de montrer au monde cette ville historique, qui est même dans des documents, dans des archives ‘’l’Afrique précoloniale’’ de Cheick Anta Diop, où il y a un passage consacré sur Kabara. Le tarîq est soudain (…), c’est des manuscrits, Kabara est dans tout ça. Malheureusement, il est absent dans l’histoire globale de Tombouctou. Sinon, lors de la première édition, le thème même était ‘’Kabara à travers le temps, quelles perspectives de développement, économique, sociale et culturel’’. Nous sommes partis de ce thème, nous avons fait des conférences à l’issue desquelles on a expliqué aux populations l’histoire de KABARA, sa géographie, son économie. Bref, on a fait en sorte que le message soit bien passé.

Donc, la particularité de cette deuxième édition, est qu’il y a une large ouverture. On a fait une large ouverture au monde, à la région. Au Mali, on a essayé d’insérer de nouvelles activités, d’innover parce que quand une activité s’organise au Nord, chaque année il faut innover pour que les gens puissent avoir l’envie d’aller voir. Chaque année il ne faut pas reproduire les mêmes choses. Il y aura beaucoup de nouvelles choses cette année qu’on a essayé d’apporter, même au niveau du thème.

Avec un thème incitant comme ‘’la culture au service de la paix’’. Toujours, il faut retourner vers cette culture car en le faisant, on saura toujours où on va. Et à partir de là, on va pouvoir mettre fin de par notre culture au banditisme et à la violence. Puisque c’est des choses que nous ne connaissons pas depuis la charte de Kouroukanfuka, il y avait le vivre ensemble, l’entente et la cohésion sociale. Maintenant, à travers le festival, nous comptons remettre la lumière à tout ça avec la culture dans toute sa splendeur et dans toute sa diversité.

A KABARA, il y a une particularité, par exemple dans les autres régions ou bien dans les autres zones où il y a des ethnies différentes, chacune a sa manière de vivre, sa manière de célébrer le mariage.  Chez nous à Kabara, que ça soit Tamashek, Sonrhaï ou Bambara, etc., nous vivons de la même manière, nous faisons le mariage de la même manière. Pour tout dire, il y a une vraie cohésion entre nous Kabarois.

Parlez-nous un peu de la thématique des activités prévues pour cette deuxième édition.

Pour cette deuxième édition, nous avons les spectacles artistiques et culturels, trois nuits de concert à ciel ouvert au bord du canal de Sony Aly Ber. Aussi, nous avons décidé de faire un concours qui vise à valoriser nos instruments de musique traditionnelle en chant. Ensuite, nous avons décidé de faire du tourisme aquatique de randonnée sur le fleuve avec des petites embarcations, visiter les plaines, montrer les techniques de pêche traditionnelle aux festivaliers.

Nous avons aussi décidé de faire un pique-nique au bord du fleuve, créer une plage à ciel ouvert au bord du fleuve, c’est une particularité. Il y aura des conférences (2), trois (3) Masters classes et d’autres activités que nous allons mettre en valeur tels que nos plats culinaires pour qui connaît Tombouctou. Je dirais que c’est la seule ville du Mali qui regorge de plusieurs plats culinaires.

Quelle est l’implication des autorités régionales dans l’organisation de cette festivité ?

Depuis la première édition, nous avons eu l’accompagnement des autorités locales et régionales. Cette année, il y a eu une attention particulière de la part du gouverneur de la région, Monsieur Kanté, qui a donné des instructions à son bureau et à son cabinet d’accompagner le festival sur tous les plans. Il y a une réelle implication aussi de la Mairie, des instances des jeunes et des femmes. Sinon, il y a une réelle volonté d’accompagner ce festival, parce qu’à travers le festival, nous voulons valoriser ce que l’on appelle le tourisme local. Le festival se tient à un moment où il y a la crue, les bateaux quittent Koulikoro jusqu’à Gao, donc, nous voulons valoriser ces tourismes, prendre le bateau d’ici, de Koulikoro à Tombouctou, visiter ces nombreux sites de Tombouctou, requérir, comprendre ce qui se passe parce que les gens ont une autre opinion de Tombouctou, du nord, qui est fausse.

A travers ce festival, on veut vraiment promouvoir ce tourisme qui est un tourisme local, et permettre aux Maliens de sortir et d’aller vers Tombouctou, d’aller vers le Nord, le découvrir, créer de nouvelles relations, nouer de nouvelles choses, c’est très important.

Comme je le disais tantôt, le concours qu’on veut organiser sera un concours au niveau national, dans toutes les cultures et toutes les langues. Ça va être une vraie fête populaire, des vraies retrouvailles, INCH-ALLH

Votre mot de la fin ?

Mon mot de fin va à l’endroit de la jeunesse. Le festival est une initiative des jeunes. Nous lappelons la jeunesse du Mali à nous rejoindre, à nous accompagner pour faire le Mali. Nous invitons aussi les Kabarois qui sont à Bamako et ailleurs à accompagner cette initiative. C’est pour le quartier, c’est le village, c’est pour Tombouctou, c’est pour le Mali. Ce n’est pas une question de personne. Nous le faisons pour notre cher Kabara.

Réalisée par O. Morba et C. Adohoun

Source : L’Observatoire

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