Une réunion de haut niveau sur la mise en œuvre de l’Accord pour la paix issu du processus d’Alger s’est tenue, ce 17 juin 2019, à l’Hôtel Azalai de l’Amitié de Bamako. En marge des travaux de cette rencontre qui a regroupé la médiation, la communauté internationale, le gouvernement du Mali et les groupes signataires de l’Accord (CMA, Plateforme), nous a rencontré les Porte-paroles de la CMA, Moussa Ag ATTAHER, et de la Plateforme, Fahd Ag Almamoud. Jugeant, la sortie du ministre des Affaires étrangères du Mali, Tiébilé Dramé, trop passionnée, Moussa Ag ATTAHER, a appelé à dépassionner le débat puisque la question soulevée par le ministre, ‘’ nous ramène en arrière’’. Si les deux responsables des groupes armés du nord conviennent que l’instrument de souveraineté du Mali est l’armée nationale qui doit surveiller les emblèmes, dont le drapeau national, Fahd, contrairement à ATTAHER, admet avec le ministre que les plans déstabilisation du centre sont préparés au nord avant d’être transmis pour exécution. Interviews !

 

Info-Matin : Qu’est qu’on peut retenir des conclusions de cette session de haut niveau du CSA ?

Moussa Ag ATTAHER : Cette session du Comité de suivi de l’Accord de haut niveau s’est tenue à un moment important. Parce que nous sommes à la croisée des chemins, comme on peut le dire, dans un contexte qui interpelle l’ensemble des signataires et l’ensemble des acteurs comme la médiation et la communauté internationale. Cette rencontre est arrivée à point nommé pour que les parties discutent ouvertement sur les questions de l’heure, les priorités afin qu’on trouve un entendement sur les modalités de l’application de la feuille de route pour la mise en œuvre de l’Accord.

IM : Dans son discours, le ministre DRAME a insisté sur le retour des symboles de l’État au nord, notamment à Kidal. Ce point vise particulièrement la CMA. Qu’elle est votre réaction ?

Moussa Ag ATTAHER : Bon, tous ceux qui étaient présents dans la salle ont vu, ç’a été un débat. Un débat tout à fait démocratique. Nous, en tant que CMA, nous sommes entièrement ouverts à être interpelés sur toutes les questions qui concernent la mise en œuvre des dispositions de l’Accord, en ce qui concerne les différents engagements que nous avons pris.

Mais, ce que nous pouvons dire au niveau de la CMA, c’est que nous appelons le ministre des Affaires étrangères, son excellence, Monsieur Tiébilé DRAME, à dépassionner le débat. Il faut qu’il dépassionne le débat. Il a pris le train en marche dans ce cadre-là, et il doit aller dans le même sens que ces prédécesseurs, notamment, son excellence, le ministre BOUARE, qui a usé de tous ses efforts pour créer les mesures de confiance qui nous permettent aujourd’hui de travailler ensemble et que permettent même au ministre BOUARE de parler au nom de toutes les parties maliennes (Gouvernement, CMA, Plateforme). C’est ça que nous souhaitons que l’ensemble des acteurs comprennent. Nous remarquons que le ministre des Affaires étrangères, depuis son arrivée, c’est focalisé essentiellement sur un point ; celui du drapeau national, de l’hymne national alors que nous pensons que nous avons dépassé, il y a très longtemps, ces points-là. À partir du moment où nous avons signé dans l’Accord que nous reconnaissons l’intégrité territoriale du pays, le caractère laïque de l’Etat, le plein exercice de la souveraineté de l’Etat sur tout le territoire ; la question est réglée.

À quoi ça sert de la soulever dans les réunions ? Il s’agit maintenant de mettre en exécution l’ensemble des engagements, y compris ceux relatifs aux symboles de l’État en application, à travers une exécution réelle de l’Accord. Ma réponse dans la salle a été celle-là, c’est qu’aujourd’hui, ce sujet nous ramène en arrière. On l’a dépassé. On vent le drapeau sur l’ensemble du territoire, créons les conditions pour que le drapeau soit préservé. Le drapeau est le principal symbole du pays, on ne peut pas le mettre n’importe où tant que les conditions de sa sécurisation par des forces défenses et de sécurités, issues de l’armée nationale reconstituée ne sont pas réunies. Tu ne vas pas planter un drapeau à Taoudénit au milieu de nulle part pour que les ânes le fassent tomber et après, tu vas dire que le drapeau du Mali a été floué au sol. Donc, arrêtons de passionner le débat, dépassionnons le débat et allons vers l’application réelle de l’Accord ; et vers des engagements fermes des uns et des autres.

IM : Parlant de la mise en œuvre de l’Accord, il y a une disposition de cet Accord qui parle du DDR. Est-ce que certains de vos éléments sont prêts à déposer les armes ; puisque dans les régions du nord, à Tombouctou par exemple, on les accuse d’exactions ?

Moussa Ag ATTAHER : Vous avez parlé de deux choses, néanmoins, parlons de DDR. La CMA, au nom de laquelle je parle, a donné toutes les garanties et son plein engagement à participer au processus de désarmement, à travers le DDR accéléré pour les éléments du MOC. Nous avons déjà fini les opérations de screening suivi des visites et contrevisites. Tout cela est fini. Et aujourd’hui, nous sommes en train de parler de transport des éléments vers les lieux de formation au sud du pays. Quand on fait ça, on ne peut plus dire que la CMA n’est pas engagée. Donc, la CMA est plus que jamais engagée à accompagner le processus de DDR, à se soumettre à l’ensemble des exigences de ce processus et à tout faire pour que les éléments retenus soient rapidement formés pour qu’ils soient redéployés au nord afin de sécuriser le reste du processus d’intégration. Parce que c’est ça la mission assignée à ceux qui seront formés actuellement.

Maintenant, s’il y a des parties ou des gens qui incriminent la CMA quelle que manière que ce soit dans ce processus-là, je pense que c’est un manque d’information. Il n’y a pas d’éléments de la CMA qui aient refusé d’aller dans le DDR ni dans le MOC.

IM : Les violences intercommunautaires au centre du Mali préoccupent tout le monde. Est-ce que, au niveau de la CMA, vous avez fait des réflexions visant à ramer rapidement la paix au niveau de cette zone ?

Moussa Ag ATTAHER : Nous sommes comme tous les Maliens. Aujourd’hui, nous ressentons de la douleur vis-à-vis de la souffrance des populations du centre. Et nous ne pouvons qu’être solidaires avec l’ensemble de ces populations du centre, qu’elles soient Peules ou Dogons, et les inviter à renouer avec le dialogue et le vivre ensemble qui a toujours tant marqué ces deux communautés depuis des millénaires. Quant aux actions, personne ne doit aujourd’hui se substituer à l’État. Et c’est là que nous attendons l’État. Donc, c’est à l’État aujourd’hui de jouer son rôle. Il s’agit de jouer son rôle au nord, au centre, au sud de jouer son rôle partout. Mais l’urgence aujourd’hui, c’est d’arrêter le bain de sang qui se passe au centre du pays. Il faut noter quand même qu’il y a eu plus de morts en quelques semaines au centre qu’il n’y’en a eu au nord, depuis 1990, dans le conflit qui a opposé les mouvements armés au gouvernement. C’est cet appel que la CMA lance aujourd’hui. Bien sûr, nous exprimons notre disponibilité à répondre à tout appel pour participer ou contribuer à l’avènement de la paix et de la stabilité dans cette partie du pays.

IM : En disant que l’État doit jouer son rôle, que pensez-vous concrètement ?

Moussa Ag ATTAHER : C’est ce qu’il est en train de faire. C’est de sécuriser les personnes et leurs biens. C’est mettre fin aux milices armées. C’est de traquer les terroristes dans le centre. C’est de couper les cordons ombilicaux qui lient les terroristes du centre aux groupes terroristes du nord. Je ne dois pas dicter à l’État ce qu’il doit faire. Mais nous pensons déjà que si cela est fait rapidement, ça peut aider les populations à s’asseoir et à parler. Mais aujourd’hui, vu la flambée de la violence, vu les affrontements entre groupes armés par ethnies interposées, il est difficile d’instaurer le dialogue.

IM : L’Accord a été signé il y a plus de 4 ans. Il y a certains points dont la mise en œuvre connait un ralentissement. Qu’est-ce qu’il faut faire pour donner un coup d’accélérateur à cette mise en œuvre de l’Accord ?

Moussa Ag ATTAHER : Je pense que le CSA de haut niveau d’aujourd’hui fait partie des réponses aux attentes et aux urgences pour accélérer la mise en œuvre de l’Accord. Il est clair que 4 ans, depuis sa signature, très de peu de choses ont été faites. Mais depuis quelques mois, nous assistons à une certaine dynamique globale de l’ensemble des acteurs et de la communauté qui a compris que si quelque chose n’est pas faite rapidement, la situation ne fera que se détériorer. Les conclusions de ce CSA vont procéder à un appel pressant à l’endroit des parties à finaliser le processus du DDR, et à accélérer l’opérationnalisation de la région du nord et à mettre un accent particulier sur les besoins sociaux de base dans les régions du nord. C’est clair que ces trois points s’ils sont mis en œuvre très rapidement concourront, sans doute, à accélérer le reste de la mise en œuvre.

IM : Toute à heure, votre collègue de la Plateforme disait que les violences intercommunautaires sont planifiées au nord et mises en œuvre au centre. Est-ce que vous partagez cette analyse ?    

Moussa Ag ATTAHER : Ça n’engage que lui. C’est clair que chacun peut avoir son analyse. Mais, je souhaite que quand les gens s’expriment, qu’ils se mettent au-dessus des considérations d’appartenance de mouvement, pour dire les choses telles qu’elles sont. Ce que je vous ai dit, c’est ce qui est partagé par la plupart des personnalités neutres. Nous savons qu’il y a des intérêts et des liens entre les groupes terroristes du nord et ceux du centre, mais en aucune manière nous ne pouvons affirmer que tout ce qui se passe au centre est décidé au nord. Là, moi je pense que c’est ignoré la réalité du centre. Moi, je connais le sens, je connais le pays dogon, je connais les régions peules, et je sais que le problème ne vient pas du nord. Le problème est parti d’abord d’un problème de cohabitation lié au pâturage, lié au champ, lié à autre chose ; et ça s’est propagé après l’interférence de certains groupes terroristes. Ça, c’est l’élément de base. Maintenant, pour le reste, chacun peut faire son analyse.

Propos recueillis par

Abdoulaye OUATTRARA

 Info Matin

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