En écoutant religieusement l’histoire de Sabou Dorinthié, la passion, l’émotion et la joie se bousculent dans le cœur, pour mettre en exergue ce qu’a été cet homme, pour la 4e région et la culture malienne. Certes d’aucuns l’ont connu sur le petit écran avec le Super Biton de Ségou, mais il a été plus pour la jeunesse de la Cité des Balanzans. Acteur et organisateur principal de toutes les biennales auxquelles il a participé avec Ségou depuis 1973, instituteur, homme de théâtre,  éducateur traditionnel, Sabou Dorinthié a laissé une empreinte digitale partout où il a passé. Un de ses anciens élèves à l’école du Quartier administratif de Ségou, Fatoumata Papa Ongoïba (aujourd’hui douanière) se rappelle d’un instituteur, qui avait le don de transmettre ses connaissances dans une simplicité inégalée. En plus de toutes ces casquettes, il est acteur de films, écrivain, conteur international, avec participation aux différents festivals du Niger, au Congo-Brazza. Des qualités intellectuelles qui lui ont valu une montre en or vif offert par le feu président Amadou Toumani Touré. Il faisait partie de la cellule de communication de ce dernier en 2002.

Notre rencontre avec Sabou Dorinthié a révélé d’autres facettes que nous ignorions. Raison pour laquelle nous avons posé la question de savoir s’il jouait la musique ou le théâtre dans son adolescence ? Oui, a-t-il répondu, pendant les vacances scolaires il évoluait comme chanteur dans l’orchestre régional. A son actif trois cassettes solo : Wayena (1984), repris par la Diva du Wassoulou, Oumou Sangaré, Attaram (Ça gronde) et Togné (Le tort).

L’enfant de Gao a fait un saut dans l’univers de la rubrique “Que sont-ils devenus ?” Il est notre héros de la semaine.

PROLOGUE

Salif Gaoussou Diarra, notre héros du vendredi 5 novembre 2020, est un père pour nous. La logique voudrait que l’aide parte de nous pour lui. Pas le contraire, car si le pied de derrière vient avant celui du devant, il y a problème. Ceci nous amène à ajouter qu’après la publication de son article, dans le cadre de la rubrique “Que sont-ils devenus ?”, le vieux nous a convoqués chez lui. Etait-ce pour nous faire des remarques ou des remontrances ?, s’interrogeons-nous. A notre grande surprise, ce furent des éloges à notre endroit pour “la qualité du travail”. Notre cœur ruisselait de bonheur. Et pour couronner le tout, il nous remit une enveloppe. Qu’il reçoive, à travers ces lignes, l’expression de notre gratitude.

Pour revenir à notre héros du jour, Sabou Dorinthié faudrait-il rappeler qu’il a intégré l’orchestre du Super Biton de Ségou en 1984. Il venait de remporter le premier prix du concours “Découverte Jeunes talents en musique”. Et c’est à l’orée de cet exploit que le gouverneur de région, à l’époque Modibo Sidibé, a demandé au directeur régional de la jeunesse de prendre toutes les dispositions urgentes afin qu’il rejoigne l’orchestre emblématique.

Cette décision de l’exécutif régional n’était pas du goût de Sabou Dorinthié. Mais que pouvait-il faire quand l’information lui a été notifiée ? Ce qui fait de lui le premier musicien à avoir intégré le Super Biton sans test, depuis sa création en 1951. Avec ses qualités d’antan et sa voix d’or, il devint d’emblée, pendant seize ans, l’un des chanteurs attitrés du groupe aux côtés de Toussaint Siany, Mamadou dit Percey, Papa Gaoussou Diarra, Aboubacar Kissa dit Cubain, Sidi Koumaré.

Ce passage dans un tel orchestre a fortifié ses atouts et les expériences ont fait le reste pour avoir signé des contrats avec l’orchestre du district de Bamako ou le Badema National à la faveur des tournées au Cameroun, Bénin, Niger. Autrement dit, Sabou Dorinthié a contribué à l’apogée du Super Biton de Ségou. Comme le dit un adage, “il est plus facile d’être au sommet que de s’y maintenir”.

Le groupe a connu une hibernation. Alors quelle était la force du Super Biton de Ségou ? Qu’est-ce qui a motivé sa chute ? Selon l’ancien chanteur du groupe le secret résidait dans la discipline qui permettait au groupe de rivaliser avec le Rail Band, le Super Djata Band, “Les Ambassadeurs” internationaux du Motel de Bamako. Avec le départ de l’homme qui incarnait cette discipline, Amadou Bah dit Armstrong, cette règle s’est affaiblie. Les jeunes musiciens qui sont venus par la suite sont plus mercantilistes.

Ajouter à  cela le décès de  certains ténors comme Papa Gaoussou Diarra, Mamadou Doumbia dit Percey, Sidi Koumaré, Blick Diarra, Amadou Tall, Toussaint Siany, Salim Haïdara. C’est regrettable que le Super Biton de Ségou soit tombé quelles qu’en soient les raisons. Il incarnait le terroir de la Cité des Balanzans. Qui est Sabou Dorinthié ? Comment il s’est imposé dans la région de Ségou ?

Agé aujourd’hui de 66 ans, il est inscrit à l’école primaire de Gao en 1962. A son admission au DEF, il est orienté à l’Ecole normale secondaire, pour enseigner à sa sortie le français/histoire et géographie. En sa qualité de maître de second cycle, Sabou Dorinthié est affecté à Ségou, où il fera ses premiers pas dans un métier qui lui permet à présent de joindre les deux bouts, même après sa retraite. L’inspecteur de l’enseignement fondamental (actuel Centre d’animation pédagogique) avait au même moment un souci. Comment solutionner le problème crucial de Farako ?

Le Général des combats terribles”

Cette localité, située derrière le fleuve, abrite sous sa terre quatre fétiches du roi Dah Monzon. Ils étaient tellement redoutables qu’on a préféré les enterrer loin de la ville. Trois ans après sa création, le second cycle n’enregistrait aucune admission au DEF. Voilà pourquoi l’inspecteur a confié à Sabou Dorinthié la ville fantôme pour la gestion de l’année scolaire 1977-1978.

L’enfant de Gao gagne le pari, avec à la clef 27 admis sur 32 candidats au DEF, en plus de la création des activités pour les semaines locales. Ce jour le chef de village s’est déplacé chez l’enseignant pour lui adresser ses sincères félicitations, et surtout des bénédictions pour la suite de sa carrière. Quel a été son secret à Farako.

“A mon arrivée dans la zone, j’ai rassemblé les autres collègues pour les mettre en confiance, en démontrant que le succès est au bout de l’effort. Pour la circonstance je dispensais cinq matières : le français, l’histoire,  la géographie, l’éducation civique et morale, la musique. J’ai également acheté une lampe Petro max, et chaque soir j’invitais les candidats pour des séances d’études surveillées. Chacun récitait les trois dernières leçons de chaque matière. Ce rythme a continué jusqu’à avoir le résultat tant souhaité par le directeur d’école”.

Les prestations de Sabou Dorinthié lors des semaines locales émerveillèrent le gouverneur de Ségou. Il exigera qu’il soit affecté à Ségou ville. L’acte administratif a peine signé dans ce sens, est modifié au profit du cercle de Barouéli, qui venait d’être créé. Le commandant de cercle sollicita le gouvernorat, pour que des cadres soient mis à sa disposition. Le cas de Sabou Dorinthié a fait l’objet d’une négociation exceptionnelle.

A Barouéli, c’était le même scénario que Farako, et l’enfant de Gao relève une fois le défi, non seulement au DEF, mais aussi par la création de l’orchestre. C’est là que le gouverneur le surnomma en 1979 “le Général des combats terribles”.

La même année, il devient membre de la section de l’Union nationale des jeunes du Mali (UNJM). Chargé de la culture de la pédagogie, Sabou Dorinthié donne plus de visibilité aux activités et actions de l’Union démocratique du peuple malien (UDPM), jusqu’en 1982 où à la suite de péripéties incompréhensibles, il était obligé de quitter les lieux. C’est ainsi qu’il fera le tour des différentes écoles fondamentales de Ségou, toujours à la demande des directeurs d’écoles.

En 1994, il a décidé enfin de servir à Bamako, plus précisément à l’Ecole de la République, établissement qu’il dirigera trois ans plus tard. Alors qu’il n’avait pas fini d’apporter les dernières touches de son ambition pour l’école, le ministre de l’Education nationale le détachera comme conseiller à la communication.C’est à ce titre qu’il est devenu l’adjoint de Daouda Tékété de 2007 à 2013, date de sa retraite. Pourtant Sabou Dorinthié affirme qu’il n’est pas à la retraite, parce qu’il continue d’opérer dans la même cellule. Détenteur d’un diplôme supérieur en techniques de communication linguistiques et d’un master II  en communication marketing, il  enseigne à l’Ecole nationale de police, à Technolab-Ista,  à l’Ecosup et à l’UAM.

L’homme est marié et sept enfants. Il aime la musique, le sport, le cinéma. Son totem : la méchanceté, l’hypocrisie, le mensonge.

O. Roger

Tél (00223) 63 88 24 23

 

Source: Aujourd’hui-Mali

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