Tombouctou est devenue la ville des assassinats ciblés, des enlèvements et braquages par excellence. Les communautés se regardent en chiens de faïence.

Mercredi 18 septembre. Il est 22 heures. Des tirs se font entendre dans le quartier d’Abaradjou, situé à l’extrême nord de la ville de Tombouctou. Selon des témoins, des individus à bord d’un véhicule, tentent de forcer un barrage dressé par des jeunes du quartier organisés en comité de vigilance. Dans la foulée, trois jeunes sont blessés par balles dont deux conduits à l’hôpital.

Au même moment, les jeunes patrouilleurs du quartier identifient un véhicule qu’ils disent appartenir aux auteurs des tirs. L’engin est conduit ipso facto au monument de la paix pour y être calciné.

A Tombouctou, les flammes de la paix semblent éteintes. Les feux dormant sous le cendre se sont brutalement rallumés. Tombouctou de la paix, Tombouctou de la cohésion s’est muée en no man’s land.

En chiens de faïence

Au lendemain de cet incident, jeudi, des jeunes à dominante sonrhaï et bellah se sont regroupés au monument de la flamme de la paix. Au même moment, et à quelques mètres de là, des jeunes issus de la communauté arabe se sont retrouvés au sein de l’école de la paix, située à Abaradjou.

Ces jeunes étaient visiblement armés. Deux d’entre eux, qui passaient devant la foule d’autres jeunes, ont reçu plusieurs jets de caillou, les obligeant à abandonner la moto qui les transportaient. La moto est brûlée sur le champ. Dans leur course, ils ont ouvert le feu sur la foule, blessant deux personnes.

Maison incendiée, enfants tués

Des quatre coins de la ville, on entend des tirs de rafale, obligeant les populations à se terrer chez elles. La ville de Tombouctou est devenue est une ville morte. Dans certains coins, des jeunes se promènent avec machettes et gourdins en main : seuls moyens de défense en cas d’attaque à l’arme à feu.

Alors qu’on pensait que la situation s’est calmée, des jeunes décrits comme étant de la communauté bellah et sonrhaï encerclent la maison du maire de la commune de Salam, Mohamed Tahar, où se sont terrés des jeunes arabes. Ces derniers procèdent à des tirs provoquant la colère de leurs poursuivants, qui ont incendié le domicile du maire.

Ces affrontements ont provoqué la mort de deux enfants dont la famille était en train de fuir les affrontements. Au moins 5 personnes sont également blessées.

Discours de haine

Ces tensions récurrentes mettent dos à dos les communautés, qui se méfient les unes des autres. La situation actuelle n’est que la partie visible de l’iceberg de ce qui se passe tous les jours dans cette ville où les communautés vivaient en symbiose.

Il y a quelques mois, le 11 avril 2019, un chauffeur a été tué sur l’axe Tombouctou-Goundam. Dans la même semaine, c’est un vulcanisateur et transporteur qui trouve la mort à quelques mètres de son atelier.

Au même moment des individus isolés des communautés sonrhaï, bellah et arabe ont appelé à s’attaquer mutuellement après l’assassinat d’un chauffeur sur l’axe Goundam-Tombouctou. D’autres messages de haine circulaient également sur WhatsApp des deux côtés.

Appels au calme

A cotés des messages de haine, les autorités des régions de Tombouctou et de Taoudéni et la société civile multiplient les rencontres pour tenter d’éviter le pire : un affrontement intercommunautaire. Même les Tombouctiens de la diaspora, par le truchement des réseaux sociaux, n’hésitent pas à propager des messages appelant au calme.

« L’heure est à la retenue et à la consternation, lance sur Facebook Yacouba Ould Salem, un tombouctien de la diaspora basé à Paris, le jeudi 19 septembre. Il urge de tout mettre en œuvre pour garantir la paix et le peu de cohésion sociale qui nous reste dans cette région. Toutes les communautés de notre chère région sont victimes d’assassinats ciblés. Il faut éviter tout amalgame et chercher à identifier les vrais coupables. La violence n’engendre que la violence. Tout le monde en sortira perdant. »

Mesures sécuritaires jamais respectées

Le jeudi 19 septembre, un communiqué du gouverneur de la région interdisait dans sa juridiction, jusqu’à nouvel ordre, la circulation des engins à deux roues et des véhicules, de 18h à 6h du matin. Les attroupements, les rassemblements et cortèges sont également interdits dans la ville. Cependant, il ne sert à rien de prendre des décisions qui ne sont jamais appliquées sur le terrain.

Le 1er mars 2018, le même gouverneur de la région de Tombouctou, Koïna Ag Ahmedou, avait presque pris la même décision, qui n’a jamais été suivie d’effet. La circulation des engins était interdite à partir de 23 h jusqu’à 6h. Quelques jours après, les conducteurs de véhicules et motocyclistes circulaient aux heures indiquées sans être inquiétés. Pourtant, aucune autre décision n’était sortie pour dire que la mesure était levée.

La solution par le DDR

Si le cycle infernal des assassinats et braquages continue, c’est parce qu’il y a des individus qui continuent à circuler avec des armes sans être cantonnés (s’ils appartiennent à un groupe armé) ou inquiétés (s’ils la possèdent en tant que particulier). Le processus de Désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) tarde à être effectif. Résultat, les armes circulent et certains règnent en maîtres absolus.

Malgré les rencontres intercommunautaires, les appels au calme, des personnes continuent à être braquées, des armes continuent à circuler. « Avec le retour des déserteurs de l’armée à Tombouctou, il faut accélérer le DDR. Même si ça ne met pas fin au problème, ça va calmer la situation et les gens se sentiront plus en sécurité. Il ne sert à rien de multiplier les foras sur la cohésion sociale si les armes continuent de circuler dans nos villes »regrette Baba Moulaye, président du forum des organisations de la société civile de Tombouctou.

Les autorités maliennes doivent songer à des alternatives de sécurisation des populations en attendant l’effectivité du DDR. Les mesures sécuritaires prises doivent être respectées et appliquées à tout le monde. En attendant, Tombouctou cherche à revenir dans Tombouctou.

Source : benbere

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