En acceptant, comme le réclame la CMA, de rebaptiser les cinq régions du nord « Azawad », le gouvernement entérine, d’une part, la partition – de fait – du Mali. Et, d’autre part, jette les bases d’une nouvelle rébellion, plus féroce, animée, cette fois-ci, par les communautés majoritaires du nord. Qui n’accepteront jamais de ployer l’échine devant les touareg estimés – toutes communautés confondues – à environ 11 % des populations du septentrion malien.

conference entente nationale malienne plateforme gatia cma mnla rebelle touareg

Ceux qui pensent, qu’en dépit de la signature de l’accord de paix, que les séparatistes touareg de la CMA (Coordination des Mouvements de l’Azawad) ont abandonné leur « projet d’indépendance » d’un « Etat fantomatique de l’Azawad » se gourent. Il reste d’une brulante actualité. Avec le soutien tacite du « cabinet noir » de l’Elysée, dirigé par les services secrets français. Sinon, depuis la signature, il y a plus d’un an de l’accord de paix, pourquoi l’administration malienne peine à se déployer à Kidal ? Pourquoi la Force Barkhane refuse-t-elle au GATIA (Groupe d’Autodéfense Imghad et Alliés) d’entrer dans la capitale de l’Adrar, après qu’il ait mis les combattants de la CMA en déroute ? Autre question à laquelle, ni la France, ni la médiation, ni la Minusma ne veulent répondre : pourquoi la CMA refuse-t-elle de se désarmer jusqu’aujourd’hui, alors que la condition que le MNLA avait posée pour cela était « l’instauration d’un dialogue inter-malien et l’élaboration et la signature d’une feuille de route » ? C’était les 27 et 28 février 2013, au cours d’une réunion de la CEDEAO, tenue à Yamoussoukro.
Autre preuve de la mauvaise foi de la CMA : son refus de voir le nouveau gouverneur de Kidal prendre ses fonctions, dans la capitale de l’Adrar. Parce que, dit-elle, elle serait pas sur la « même longueur d’onde » que ce gouverneur touareg, qui défend l’unité du Mali.

Azawad : la logique d’indépendance des séparatistes touareg

En réalité, la CMA, – avec à sa tête les séparatistes du MNLA (Mouvement National de Libération de l’Azawad) – n’a fait que changer de fusil d’épaule, en acceptant, du bout des lèvres, d’abandonner son projet initial : l’indépendance de « l’Azawad ». Ou de ce qu’elle considère comme tel. « Le MNLA n’est pas représentatif du peuple touareg », déclarait Mahamadou Issoufou, le président nigérien. C’était le 03 février 2013 sur les antennes de RFI. Et d’ajouter : « Ce mouvement est minoritaire et doit être désarmé pour permettre la restauration de l’intégrité du Mali ». En participant à la conférence d’entente nationale, son objectif était clair : jeter les bases du futur « Etat indépendant de l’Azawad », en imposant cette appellation aux cinq régions du nord (Tombouctou, Gao, Ménaka, Kidal et Taoudéni). Si la « pilule » passe à la conférence d’entente nationale, la CMA mettra, dans quelques mois, voire quelques années, la seconde étape de son plan à exécution, toujours avec le soutien tacite du « cabinet noir » de l’Elysée : réunir les cinq régions du nord, rebaptisées « Azawad », avant de déclarer leur indépendance. Comme c’est le cas le 06 avril 2012 où, le MNLA et Ansar Dine d’Iyad Ag Ghali fusionnent pour déclarer « l’indépendance de l’Azawad ». Une déclaration, aussitôt, rejetée par la CEDEAO (Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest) et la communauté internationale.
Convaincue que le gouvernement est prêt à accepter ses « revendications », même les plus farfelues, la CMA poussera cet « avantage » jusqu’au bout pour obtenir gain de cause. Et ce ne sera pas étonnant, si elle menace de claquer la porte de la conférence d’entente nationale. Du moins, si les participants refusent d’accéder à sa demande. Mais c’est quoi l’ « Azawad » ?
Azawad ou Azaouad ou encore Azaouâd est une minuscule région désertique de 3 ha, située entre Araouane, localité située à 60 km de Tombouctou, et Tombouctou. Il signifie « zone de transhumance » en tamasheq, la langue touareg. Ou encore « pâturage ». Tout simplement.
Selon Pr Bakary Kamian, un des meilleurs spécialistes de l’histoire du Mali, décédé il y a environ deux mois, cette aire géographique, appelée Azawad a été, d’abord, habitée par des nomades peulhs. Contrairement aux inepties véhiculées par les séparatistes touareg, les premiers habitants de l’Azawad n’étaient pas des touareg, mais des noirs sédentaires.

Une insulte aux Maliens et à leur Histoire

L’Azawad doit, donc, être accepté dans sa plus simple expression. Mais lorsqu’elle prend une connotation politique, ce mot doit être banni. Purement et simplement. En tentant de l’imposer, pour désigner les cinq régions du nord, la CMA reste dans sa logique d’indépendance. C’est pourquoi, les ressortissants du nord doivent rejeter, en bloc, la demande de la CMA. L’Etat malien, aussi. Au risque de créer un précédent fâcheux. Car, ni les sonrhaï, ni les bellah, ni les peulh, ni les arabes, encore moins les bozos, les somono ou les dogon…… qui constituent les communautés majoritaires du nord n’accepteront de ployer l’échine face à une communauté touareg, qui ne représente que 11% des populations du nord. Car, accepter de rebaptiser les régions du nord « Azawad », c’est rayer d’un trait de plume l’histoire du royaume songhoï, qui s’étendait jusqu’au Ghana ; l’accepter, c’est gommer l’histoire florissante de la ville historique de Tombouctou, la « ville des 333 saints »,qui disposait, déjà, au 13e siècle de sa célèbre Université (l’université de Sankoré) où, venaient étudier des ressortissants espagnols (les Andalous) et des pays du Maghreb. Baptiser les cinq régions du nord « Azawad », c’est enfin accepter la dictature d’une communauté minoritaire sur des communautés majoritaires. Rappelons à ceux qui l’ignorent, ou feignent de l’ignorer, que les touaregs – toutes communautés confondues – ne représentent que 11 % des populations du nord. A l’échelle du Mali, les touareg ne représentent même pas 1% de la population malienne, estimée à 15 millions d’âmes. Ils représentent 0,98 %. Du moins, si l’on en croit un recensement de 2009. « Le MNLA ne représente pas, loin s’en faut, la totalité de la population de la partie nord du Mali ; il y a d’autres organisations touareg, il y a des arabes, encore d’autres ethnies…. D’ailleurs, les gens avec qui nous avons parlé, nous disent que s’il y a consultation de la population, on sait pertinemment que l’immense majorité de la population ne s’engagerait pas dans la séparation », indiquait le 13 janvier 2012, Henri Raincourt, le ministre français de la Coopération d’alors.
Bref, accéder à la demande de la CMA de rebaptiser les cinq régions du nord « Azawad », c’est insulter les Maliens, c’est insulter l’histoire du royaume Manding. Qui s’étendait du Sahara à l’Atlantique. Maliens, réveillez- vous ! Car cette fois-ci, c’est un sommeil de trop. Dormir, c’est mourir un peu ; c’est mourir tout court. Et le Mali, avec.

Oumar Babi

 

Source: Le Canard Déchaîné

MaliwebNord-Mali
En acceptant, comme le réclame la CMA, de rebaptiser les cinq régions du nord « Azawad », le gouvernement entérine, d’une part, la partition – de fait – du Mali. Et, d’autre part, jette les bases d’une nouvelle rébellion, plus féroce, animée, cette fois-ci, par les communautés majoritaires du...