D’une superficie de 23 481 km², une population d’environ 300 000 habitants, Douentza est frontalier à six autres cercles (Mopti, Niafunké,  Rharous, Ansongo, Koro, Bandiagara) et au Burkina Faso. Ce cercle vit le martyr, depuis l’occupation djihadiste de 2012, soit cinq ans. Aujourd’hui, avec la recrudescence de la violence au centre du pays, on peut dire qu’il ne se passe pas un jour sans qu’il y ait mort d’homme ou braquage de véhicule dans cette collectivité territoriale. Nous n’allons  pas nous exercer à un décompte macabre. Tous ceux qui suivent la presse nationale ou internationale en sont instruits.

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Malgré cette situation d’insécurité permanente, il y a toujours de téméraires transporteurs, jouant à cache-cache avec la mort, qui prennent le parti d’emprunter cette RN 16, conduisant à Gao et qui traverse d’ouest en est le cercle.

Pour raison personnelle, nous avons décidé de nous rendre à Douentza principale, ville du cercle et chef-lieu de la collectivité. Nous avons emprunté le bus de l’un de ces transporteurs téméraires : Nour Voyages. Partis de Bamako vers 06 h 30, nous sommes arrivés à Mopti vers 16 h. Le voyage Bamako /Mopti s’est déroulé sans problème majeur. Personnellement nous avons souffert de l’inconfort des sièges de l’autocar. Nous avions des difficultés d’allonger nos jambes. Il semble que c’est une fabrication asiatique destinée à l’Asie que le transporteur a dû acquérir certainement à cause de son coût.

Depuis Bamako, le convoyeur  nous avait informés que le bus passerait la nuit à Douentza et continuerait le lendemain sur Gao. Etant donné que ma destination finale était Douentza, je ne m’en plaignais pas.

Partis de Sévaré vers 17 h, nous avons atteint Konna à 18h30.  C’est déjà le crépuscule. Les adeptes du prophète Mohammad (psl) profitent de cet arrêt pour accomplir la prière du crépuscule, le magrhib.

Konna, vous vous rappelez ? C’est la ville où furent stoppés les djihadistes en 2013. C’est aussi la ville où il y a eu la première victime française de l’opération Serval, Damien Boiteux.

A partir de Konna, nous entrons dans l’ancienne zone d’occupation des djihadistes. Le convoyeur nous indique qu’en définitive, le voyage se poursuivrait et que l’étape de nuit de Douentza était annulée. Que m’importe cette information ? Je n’étais pas concerné ; mais j’avais peur pour mes compagnons de voyage dont les destinations étaient en aval de Douentza : Boni, Hombori, Gossi et Gao.

Nous étions mercredi 29 mars 2017, nous avions appris que  pas plus tard  que le lundi 27mars, il y a eu une tentative de braquage d’un véhicule de l’Académie d’enseignement de Douentza sur cette même voie non loin de Douentza et cela en plein jour. Les passagers n’ont eu leur vie sauve que grâce à la virtuosité du conducteur qui par contre a eu des balles dans  ses cuisses. Malgré cela, il est parvenu à atteindre Douentza où après les premiers soins, il a été évacué à Sévaré sur l’hôpital Sominé Dolo le lendemain.

Après l’étape de Konna, cap est mis sur Douentza. A l’approche de Douentza, à quelques 5 km, à gauche nous  percevons des lumières. Je demande ce que c’est. Il est vrai qu’il y a au moins 12 mois que je n’ai pas mis pied dans la ville. On m’informe que c’est une base de la MINUSMA. Plus tard on me dira que c’est une véritable forteresse et que ce n’est nullement des bâtiments précaires de campagne.

Malgré la présence de tous ces hommes équipés, les populations sont toujours victimes d’assassinats et de braquage ! On se rappelle que c’est dans la ville de Douentza que fut assassiné le maire de Mondoro, Souleymane Ongoïba.

Nous arrivons à Douentza à 21h30. La route asphaltée est totalement dégradée et chaque véhicule tant bien que mal se fraie un chemin. Inutile de vous dire qu’après ce trajet long et éreintant que j’ai dormi comme un loir.

Le lendemain jeudi 30 mars on nous apprend qu’un commerçant de petits ruminants a été braqué, bien tabassé et dépouillé de tousses sous, plus de 2 millions de FCFA, à quelques 6 km de la ville non loin de la RN6. Il était à l’hôpital de Douentza dont le plateau technique laisse à désirer. Pourquoi ne pas l’améliorer avec l’aide de la MINUSMA ? Cela réduirait les évacuations sur Mopti.

Le même jour à quelques 15 km de Douentza, dans la commune rurale de Pétaka, sur la RN6, une entreprise chargée d’exécuter des travaux d’enfouissement de fibres optiques a été soulagée de son  véhicule tout terrain par des hommes armés et enturbannés.

Plus loin, dans les communes rurales de Boni, Hombori et Mondoro, aux frontières avec le Burkina, tous les jours on nous rapporte de nouvelles d’attaques terroristes. C’est dire que le cercle tout entier est dans une zone de tempête. Les paysans se posent la question, de savoir comment dans ces circonstances, elles pourraient s’adonner à leurs activités agricoles hivernales.

Aux environs de Douentza,  on peut globalement dire que c’est le banditisme effectué par de petits malins, opportunistes. Il peut être endigué par les services de sécurité nationale  pourvu qu’on leur donne des moyens conséquents en personnel et en équipement.

A Douentza tout semble arrêté. Malgré la présence d’unités importantes de la MINUSMA les routes Douentza / Gao, Douentza / Tombouctou, Douentza / Koro, Douentza / Djibo (au Burkina) ne sont plus sûres.

Ville carrefour, Douentza a toujours prospéré de par sa position géographique. Par  le fait de l’insécurité généralisée, les déplacements demeurent de plus en plus risqués. Si la situation perdure, il ne faudrait  pas s’étonner de voir apparaître dans cette collectivité territoriale, une situation humanitaire catastrophique.

Cercle martyr, Douentza semble être oublié des programmes de développement des régions anciennement occupées par les djihadistes. Même les ONG sont absentes, sinon rares à Douentza!

Hamidou Ongoïba de retour de Douentza

Par Delta News

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D’une superficie de 23 481 km², une population d’environ 300 000 habitants, Douentza est frontalier à six autres cercles (Mopti, Niafunké,  Rharous, Ansongo, Koro, Bandiagara) et au Burkina Faso. Ce cercle vit le martyr, depuis l’occupation djihadiste de 2012, soit cinq ans. Aujourd’hui, avec la recrudescence de la violence au centre...