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Ibrahim Ag IDBALTANA, président de l’association TEMEDT

Les leaders et responsables des communautés kel tamasheqs noirs, communément appelées Bellah, regroupés au sein d’une Association pour la consolidation de la paix, le développement, la promotion et la protection des droits humains (TEMEDT), ont animé, le lundi dernier, une conférence de presse, pour protester contre la nomination des 30 commissaires de la Commission dialogue et réconciliation dans laquelle aucun membre de leur communauté ne figure. Aussi, exigent-ils la réparation de l’erreur.

 

La conférence de presse, qui avait l’allure d’une assemblée générale, était animée par les responsables de l’association TEMEDT, notamment Ibrahim Ag IDBALTANA et Mohamed Ag IDBALTANA, respectivement président actif et président d’honneur de TEMEDT; l’honorable Hassane ABBA, député du cercle de Goundam.

On y notait également la présence de plusieurs cadres, responsables, militants et sympathisants  de l’association, en majorité des femmes et des jeunes qui ont pris d’assaut la Maison de la presse, ayant servi de cadre à la rencontre.

Dans la déclaration préliminaire, TEMEDT dit être au regret de constater une fois de plus que les autorités maliennes s’obstinent dans leur mépris des Tamasheqs noirs ou Bellah et dans la négation de la réalité de l’esclavage par ascendance et discrimination associées chaque fois qu’il s’agit de solliciter la participation des citoyens aux prises de décisions.

Aussi, déplore-t-il le fait que la composition de la Commission dialogue et réconciliation au lieu d’être, comme annoncé, inclusive, témoigne une fois de plus la volonté inexpliquée des autorités maliennes de continuer à ignorer la voix de ceux qui subissent tous les jours l’humiliation.

Car, ils disent avoir rencontré le président de la république par intérim et d’autres hauts responsables au sujet de la CDR

En tout cas, les conférenciers sont convaincus que la communauté Bellah regorge de toutes les compétences nécessaires allant du professeur, cadres, religieux… à l’agent d’exécution.

Malheureusement, elle a été une fois de plus royalement ignorée.

Les responsables de Temedt ont souligné que les premières lapidations, amputations, le plus grand nombre d’amputés, de viols, les tueries, les enlèvements d’enfants et leur réduction en esclave ont visé principalement la communauté Bellah.

C’est avec beaucoup de peine, disent-ils, qu’ils rappellent une situation aussi macabre.

Mais hélas, c’est la vérité des faits.

Les leaders et responsables de l’association Temedt ont fait savoir qu’on ne peut pas construire la paix et la cohésion sociale par l’exclusion du débat des couches de la société les plus affectées par la crise.

Cette stratégie érigée, d’après eux, en méthode de gouvernance depuis l’indépendance traduit la connivence étroite entre le pouvoir d’État malien et certains milieux rétrogrades, pour maintenir, impuni, le fait social de l’esclavage et des discriminations de toutes sortes au Mali.

Pour les leaders et responsables de Temedt, cette situation n’a que trop duré.

Ainsi, ils prennent à témoins l’opinion nationale et internationale de cette injustice flagrante.

Par ailleurs, notent-ils, si les critères de nomination des membres de la Commission dialogue  et réconciliation sont ceux relatifs à la représentativité communautaire, à l’intégrité morale, à la loyauté envers la république, à la compétence, à l’expertise, à l’attachement aux idéaux de non-violence, les leaders de leur communauté sont bien placés pour figurer parmi les 30 commissaires.

En effet, l’ensemble du peuple Temedt s’accorde pour clamer une énième fois son indignation.

Toutefois, il ne se découragera pas face à des pratiques connues et suffisamment expérimentées au point que tous les Maliens sont unanimes à reconnaître leur manque de vision pour édifier une véritable nation prospère et riche de toutes ses diversités.

Selon les conférenciers, les Bellahs constituent une communauté dynamique présente dans tous les corps de métiers. Ils sont éleveurs, cultivateurs, pêcheurs, commerçants, artisans, ouvriers, colporteurs. Aussi, il n’existe pas de village, de fraction, de ville, de colline, de lac, de ruisseau, de mare, de bois où les Bellahs ne sont présents. Ils sont nomades et sédentaires, ont soutenu les conférenciers.

Par ailleurs, a fait savoir le député de Goundam: «Ceux qui sont dans la CDR ne sont pas représentatifs des populations du Nord. Car aucune communauté du Nord ne peut ignorer l’existence des Bellahs. Si les représentants des autres communautés du Nord, membres de la Commission sont sincères, ils doivent démissionner».

En conclusion, les leaders et responsables de Temedt en appellent au président de la république par intérim, au Premier ministre, au gouvernement, au président de ladite Commission, et à la nation malienne pour que soit réparée immédiatement la non-représentativité d’une des communautés parmi les plus importantes en nombre au  Nord du Mali pour qu’une très grave erreur ne se transforme en faute.

Créée en 2006, Temedt (en tamasheq signifiant Placenta: solidarité, fraternité, équité, justice) est une organisation populaire qui compte à ce jours plus de 38 100 membres détenteurs chacun de sa carte. Elle s’est donné pour vision une société dans laquelle le rejet de toute forme de revendication par la violence pour atteindre ses objectifs quels que soient leur pertinence au profit du dialogue et des concertations est respecté par tous les citoyens.

 

Par Sékou CAMARA

Source: info-matin