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Les verrous sur la route de la libération de Kidal sautent les uns après les autres avec la délocalisation des forces étrangères et le repositionnement de l’armée malienne ; le délai de l’Onu pour le déploiement des casques bleus, en juillet ;

 

les déclarations françaises selon lesquelles, il ne peut y avoir deux armées dans un pays et que les élections doivent se tenir dans toutes les zones du pays… Mais est-ce seulement de cela qu’il s’agira ?

Les obstacles apparents sur la voie de la conquête de Kidal, à savoir la primauté du dialogue, la logistique nécessaire, la crainte d’exactions hypothétiques…, sont en train de céder le pas à une voie royale que l’armée devrait pouvoir arpenter. Cette nouvelle donne, en l’absence d’accord avec les rebelles du MNLA, dont l’échéance était fixée à la mi-mai, offre en réalité l’occasion inespérée de s’attaquer une fois pour toutes à l’équation Kidal qui ne finit pas de tarauder les esprits de tous nos compatriotes de l’intérieur et de l’extérieur.

L’option militaire 

On le sait, depuis à présent plusieurs jours, l’armée tchadienne a pris principalement position vers Tessalit ; alors qu’après les opérations de ratissage dans le massif des Ifhogas, elle était basée à Kidal.

De son côté, l’armée française, qui a entrepris une opération de retrait d’une partie de ses hommes et de son matériel, est aussi en cours d’allègement de son dispositif à Kidal.

Ces deux forces, qui ne sont pas censées combattre officiellement le MNLA qui s’autoproclame partout laïc, tout en fricottant  avec les jihadistes, en s’éclipsant, laissent le pays face à ses responsabilités.

En tout cas, l’on ne pourrait plus soutenir que c’est la présence française à Kidal qui entrave l’armée malienne dans sa progression au Nord et la conquête de Kidal. Encore moins celle des FATIM du Tchad qui ont eu maille à partir avec les éléments du MNLA, lesquels ont visiblement commandité un attentat-suicide contre leurs hommes, allés faire des emplettes au marché de Kidal, occasionnant des morts.

En plus, en ce qui est de la France, elle a été des plus claires en faisant valoir qu’il ne saurait y avoir deux armées dans un même pays (celle du Mali et celle du MNLA) et que toutes les zones du pays devaient pouvoir organiser l’élection.

Cela revient à dire deux choses : d’une part, le MNLA doit accepter le désarmer comme exigé par le Mali, la CEDEAO ; de l’autre, il doit tourner le dos à son plan de boycott des élections à Kidal comme il l’a soutenu dans sa déclaration du 23 avril 2013 : «  Le MNLA ne désarmera que le jour où un vrai statut juridique, politique et définitif sera trouvé à l’Azawad, pas avant, et encore moins, pour cautionner des pseudos-élections au Mali ».

C’est là la preuve irréfutablement que le groupe rebelle est dans la logique de tout mettre en œuvre pour compromettre la tenue des élections, notamment à Kidal qu’il considère à tort comme son antre. Un dessein machiavélique qu’il est impératif de contrecarrer en déployant l’administration et l’armée dans les zones qu’il prétend contrôler. Il y a va d’ailleurs du bon déroulement du scrutin qui n’est plus un luxe pour notre pays ; mais bien une obligation au regard de nombreuses considérations internes comme externes.

Une perche tendue ?

Pour sa part, l’Onu a fixé au 1er juillet 2013 le début du déploiement des casques bleus dans notre pays « si les conditions sont réunies », un rapport dûment établi devant en faire foi.

C’est dire que même si le délai n’est pas particulièrement long, notre pays dispose néanmoins d’une marge de manœuvre non négligeable pour contrer l’irrédentisme touareg dont le véritable mobile est totalement étranger à la question du développement de la région de Kidal.

En lisant entre les lignes, il est permis de comprendre, avec des réserves néanmoins, qu’il s’agit d’une perche tendue à notre pays de la communauté internationale qui ne peut prôner une solution autre que le dialogue qui a montré toutes ses limites jusque-là.

Du point de vue de la logistique, le pays s’est doté d’importants moyens devant lui permettre de restaurer l’intégrité du territoire national. Cela n’est d’ailleurs même plus un secret pour le MNLA qui, se sentant de plus en plus en danger, réclame à cor et à cri l’ouverture de négociations pour une solution pacifique à la crise du Nord.

Autant dire que l’option militaire se précise de plus en plus et que l’heure n’est plus à la fanfaronnade gratuite du côté des rebelles qui ont vite fait de prendre la pleine mesure de la menace qui plane sur leurs têtes.

Quant aux exactions derrières lesquelles le MNLA se cache pour diaboliser l’armée et la vouer aux gémonies, force est d’admettre enfin que la vieille recette n’a plus sa saveur d’antan. En effet, lorsqu’une minorité s’en prend à la majorité par la voie des armes pour revendiquer, commet des crimes, des pillages, se livre à des expéditions punitives contre d’autres communautés, il y a lieu de la classer dans une catégorie supérieure pour des raisons de sécurité avec le traitement qui sied. Aussi, si des dommages collatéraux devaient se produire, comme le MNLA les appréhende tant, ce ne serait pas une marque déposée de l’armée malienne. Cela arrive dans tous les conflits, dans tous les pays du monde. Pour les éviter, il vaut mieux s’entendre.

Les dés pipés

Le dialogue comme alternative crédible et durable à la crise de Kidal ?

Ce serait une sortie très honorable pour le MNLA qui ne dispose en fait ni d’assise populaire, encore moins militaire pour justifier ses déclarations incendiaires contre le Gouvernement et l’armée malienne. Ce n’est pas par hasard qu’il s’est retrouvé en exil forcé (mais doré pour ses meneurs) au Burkina-Faso et en Mauritanie quand le MUJAO et Ansar Eddine en ont ainsi décidé.

Pour le pays, l’aboutissement d’un dialogue, avec ceux qui n’ont pas les mains tachées de sang, éviterait certainement une autre escalade de la violence pour recentrer ses efforts sur l’essentiel, à savoir la normalisation de la situation politico-institutionnelle et sécuritaire, le développement de toutes les régions dans la paix. Ce, d’autant plus que nul n’est jamais sorti gagnant d’un conflit armé.

Il faut aussi considérer que si l’armée trépigne pour régler la question de Kidal, selon ses règles, force est d’admettre que c’est finalement le choix politique qui en déterminera l’issue. Un choix qui manifestement pourrait s’imposer dans une logique de résolution à long terme de la crise endémique entretenue par une poignée d’individus, elle-même entretenue par l’on sait pour nourrir une telle témérité.

Même si cela devra impliquer, à plus ou moins long terme, une partition du territoire, à s’en tenir aux principes de l’ONU qui n’est pas du tout défavorable à l’idée d’une large autonomie et même à l’autodétermination pour les populations touareg de Kidal.

L’on comprend alors aisément que le dialogue est sa carte maîtresse en sachant que les dés sont pipés d’avance quant à un accord avec des irrédentistes.

Le processus de délestage de Kidal du reste du Mali est-il en passe d’être irréversible ?

Il y a lieu d’y réfléchir très sérieusement dès à présent à travers une analyse à peine académique de ce qu’il donné de constater, notamment avec une mobilisation internationale pour le Nord (en réalité pour Kidal). Comme si c’est une seule région qui a souffert des affres d’une guerre imposée justement par le MNLA.

A vrai dire, il y a anguilles sous roche dans cette ténébreuse affaire de Kidal dont on ne finira pas de parler.

Par Bertin DAKOUO

Source: info-matin