La ville de Kidal, nœud stratégique du nord du Mali, est désormais soumise à un couvre-feu imposé, non par l’Etat, mais par la coalition de groupes armés à dominante touarègue qui la contrôle.

 

Le couvre-feu est entré en vigueur pour la première fois dans la nuit de lundi à mardi, a indiqué un habitant à l’AFP sous couvert d’anonymat. Deux responsables locaux joints à distance ont confirmé l’instauration de la mesure.

Le couvre-feu de 21H00 à 05H00 (locales et GMT) fait partie d’un dispositif visant à répondre aux “besoins sécuritaires du moment” et détaillé dans un document officiel de cette coalition, la Coordination des mouvements de l’Azawad (CMA).

Le document publié cette semaine est vague sur les raisons de la mise en place de ce dispositif, se contentant d’évoquer l’arrivée de personnes déplacées et la menace de la circulation d’armes.

L’opération prévoit des missions de sécurisation des routes, des fouilles systématiques et des perquisitions, souligne le document de la CMA.

Kidal occupe une place spéciale dans la géographie, la politique et les consciences sahéliennes. Elle est une étape cruciale entre le Mali et l’Algérie, à plus de 1.500 km et de 24 heures de route de la capitale Bamako, à des centaines de km des autres grandes villes du nord, Gao et Tombouctou.

Ce n’est pas l’Etat central qui la gouverne et y fait régner l’ordre, mais la CMA, qui a combattu l’Etat après le déclenchement d’insurrections indépendantiste et salafiste en 2012 avant de signer un accord de paix en 2015. Les jihadistes continuent, eux, de combattre l’armée malienne et se sont propagés au centre du Mali et aux Burkina Faso et au Niger voisins.

L’insoumission de Kidal, enjeu majeur de souveraineté, reste un motif d’irritation à Bamako, y compris pour la junte désormais au pouvoir.

La région de Kidal est relativement préservée des violences. Mais plus au sud, les secteurs de Gao et Ménaka sont en proie depuis des mois aux combats entre armée, groupes armés, jihadistes, avec les civils au milieu.

Les résidents de Kidal avaient dit à un correspondant de l’AFP récemment leur préoccupation que les violences ne gagnent la région, où des populations déplacées commencent à affluer.

“Nous voulons éviter toute surprise”, a expliqué un responsable local sous couvert d’anonymat à un correspondant de l’AFP.

Source : AFP Avec Le Point Afrique