De l’intervention française de la force Barkhane à la création de la MISMA pour la sécurisation des zones libérées et l’organisation des élections présidentielles, de la transformation de la MISMA en MINUSMA jusqu’à la création du G5-Sahel, au total plus de 22 000 militaires sur le territoire malien afin de consolider la paix sans y parvenir.

Plongé dans une crise socio-politique et sécuritaire profonde dont la source provient de d’une rébellion lancée en 2012 par le groupe armé touareg connu sous le nom du Mouvement National pour la Libération de l’Azawad (MNLA). Une rébellion qui a précipité la chute de l’ex-Président Amadou Toumani Touré (ATT) à travers un coup d’État en mars 2012 et ainsi fait chuter toute le Nord du pays dans les mains de groupes rebelles et djihadistes.  Ces derniers ont fini par chasser les rebelles au Nord et resté les seuls maîtres jusqu’à l’intervention française en janvier 2013 pour les déloger. Ainsi, l’opération « Barkhane » a permis non seulement à l’État malien de récupérer le septentrion, mais également de pouvoir organiser des élections présidentielles en juillet et aout 2013 qui ont amené Ibrahim Boubacar Kaita (IBK) à la tête du pays.

Afin d’apporter l’assistance à la République du Mali, la Communauté Economique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) a créé la Mission Internationale pour le Soutien au Mali (MISMA) le 17 janvier 2013, soit cinq jour après le lancement de l’opération serval, grâce à la résolution 2085 du Conseil de Sécurité des Nations Unies (CSNU) du 20 décembre 2012. Cette résolution autorise la CEDEAO à déployer une  « Mission Internationale de Soutien au Mali pour une période initiale d’une année[1] ».
Le 25 avril 2013, c’est-à-dire trois mois après le lancement de l’opération serval, le CSNU a voté la résolution 2100. Cette dernière a permis de remplacer la MISMA par la MINUSMA (Mission multidimensionnelle intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali).
En juin 2015, et après huit mois de négociation en Alger, l’accord pour la paix et la réconciliation a été signé par le gouvernement du Mali et les groupes armés pro gouvernement. En Juin 2015, les groupes armés rebelles ont apposé leur signature sur le document mettant fin ainsi au rêve des rebelles, en l’occurrence l’indépendance du Nord du pays « Azawad [2]».

Mais depuis la signature de cet accord, l’insécurité s’est considérablement dégradée, d’où la question de savoir pourquoi une telle dégradation malgré la signature de l’accord pour la paix et la présence des milliers des militaires (nationaux et étrangers) sensés mettre fin à cette insécurité ?

1-    La lenteur de la mise en œuvre de l’accord de paix

Après cinq ronds de négociations, un accord de paix est finalement trouvé à Alger le 1ermars 2015 et signé le 15 mai 2015 à Bamako. Le problème en est que cet accord a été signé uniquement par le gouvernement et les groupes armés pro Bamako (la Plateforme). Les groupes rebelles connus sous l’acronyme de la CMA (Coordination des Mouvements de l’Azawad) ont demandé un délai pour consulter leurs populations à qui ils ont promis beaucoup de choses, donc ils ne peuvent pas les décevoir au risque d’être discrédités. Il a fallu la pression de la communauté internationale afin qu’ils posent leur signature sur le document.

Que contient cet accord ?

Les principaux points de l’accord sont, entre autre :

– Création dans chaque  région du Nord d’une Assemblée régionale élue au suffrage universel direct et dotées de pouvoirs « importants ».

– Promesse d’une « plus grande représentation des populations du Nord au sein des           institutions nationales » et de  la réintégration des combattants des mouvements du Nord dans l’armée malienne, y compris à des postes de commandement.

– Les compétences régaliennes restent sous le contrôle de l’État (donc pas d’autonomie).

– Il sera procédé à la création d’une police placée sous l’autorité des collectivités territoriales. – Redéploiement progressif au Nord des forces armées et de sécurités reconstituées du Mali (alors que les accords passés prévoyaient plutôt une démilitarisation des régions du Nord).

– 30%  des recettes budgétaires de l’État seront transférées aux collectivités territoriales sur l’ensemble du territoire malien avec  « une attention particulière pour les régions du Nord ».

– La gestion des ressources naturelles, notamment minière, fera l’objet de  consultation entre l’État et la région.

– Création d’une Commission d’enquête internationale chargée de faire la lumière sur les crimes commis pendant le conflit. Mais les auteurs de crimes graves ne pourront pas   être amnistiés.

Comme le souhaitait Bamako, le texte ne parle ni  d’autonomie ni de fédéralisme et insiste sur l’unité et l’intégrité territoriale du Mali, ainsi que sur le caractère républicain et laïc de l’État.

– L’Accord cite néanmoins l’ « Azawad » comme une  « réalité humaine », répondant ainsi à une revendication des rebelles (mais pas d’existence légale de l’Azawad)[3].

L’interprétation de l’Accord laisse une importante marge de manœuvre qui peut ouvrir ou non la porte vers une  autonomie « déguisée ».

Une conférence d’entente nationale a eu lieu du 27 mars au 02 avril 2017 à Bamako. Le but étant de traiter tous les maux du pays et ressortir, par la fin, une « charte d’entente nationale » pour la paix et la réconciliation nationale. Près d’un an après ladite conférence d’entente nationale, la « charte d’entente nationale » n’est toujours pas finalisée.

Des affrontements entre les groupes armés :

L’un des facteurs ralentissant la mise en œuvre de l’accord pour la  paix est sans nul doute les multiples affrontements entre les groupes armés (pro et anti Bamako). Des affrontements qui prennent une forme communautaire entre deux fractions touarègues : les Imghads et les Ifoghas. Ainsi, le 27 avril 2015, les milices pro-gouvernementales GATIA (Groupe autodéfense touareg Imghad) ont chassé les rebelles de la CMA qui occupaient la ville de Menaka. Ce geste « héroïque » a été acclamé par la population de la ville, la MINUSMA a essayé de jouer la carte de la négociation afin d’apaiser la tension en demandant au GATIA de quitter la ville. Des manifestations à Menaka et à Bamako ont eu lieu afin de soutenir la milice pro gouvernementale. Cela a renforcé leur position en ces termes de leur porte-parole, Me Harouna Toureh : « On a rencontré les populations, on a rencontré les notables, des hommes politiques. Ils nous ont tous demandé          de rester parce  qu’ils estiment que ni la Minusma, ni l’armée malienne en l’état actuel ne  peuvent apporter la sécurité[4]». Il a fallu la pression du gouvernement malien et de la médiation internationale pour que le GATIA se retire de la ville au profit de l’armée malienne.
Ainsi, de 2015 à 2018, nous avons recensé pas moins de huit combats entre les deux mouvements avec des lourdes pertes des deux côtés. L’un des derniers affrontements a eu lié au mois de novembre 2017, à Takalo, 40 km Sud Kidal (fief des ex-rebelles), entre le GATIA et la CMA. Deux fractions touaregues ennemies de longue date.

Problématique liée à l’installation des autorités intérimaires :

L’accord de paix a prévu une période intérimaire allant de 18 à 24 mois dans laquelle des mesures exceptionnelles seront prises telles que l’installation des « autorités intérimaires » chargées d’administrer les régions où l’Etat est absent[5]. Mais l’installation de ces autorités dites « intérimaires » n’est pas du goût de tout le monde, en particulier la société civile et quelques milices armées. Le calendrier de l’installation devrait commencer par la région de Kidal, mais le blocage est venu de la CMA qui a fait volte-face à la dernière minute. Le désistement étant dû à la nomination d’un nouveau gouverneur pour la région de Kidal par le gouvernement malien. Le choix dudit gouverneur n’était pas partagé par les locataires de la région qui ont immédiatement suspendu leur participation aux travaux relatifs à l’application de l’accord de paix. Ainsi, ils ont pris en otage l’ensemble du processus de paix. Il a fallu des tractations entre le président de la République et la CMA afin d’aboutir à un accord satisfaisant toutes les parties.

Autre blocage lié à l’installation des autorités intérimaires étant la société civile de Gao qui, à travers des associations de jeunes de la société civile locale, a organisé une marche le 12 juillet 2012 contre l’installation desdites autorités. Au final, trois jeunes (au moins) ont été tués par l’armée malienne. Ce qui a freiné le processus de paix et a plongé le pays dans une crise sociale profonde. Le gouvernement malien, pour éteindre le feu, a promis une enquête rapide, la prise en charge des blessés et une aide aux familles des disparus. De même, il a dépêché une forte délégation, à sa tête le chef du gouvernèrent, afin de trouver un terrain d’entente avec les jeunes. Ainsi, une déclaration finale a été publiée dans laquelle le gouvernement s’engage à répondre, dans les pus perfs délais, les sollicitations des jeunes. Mais aucun desdits engagements n’ont été respectés par le gouvernement.

Un troisième blocage est dû à la CMFPR 2 (Coordination des mouvements et Front patriotique de résistance) qui a pris en otage l’Assemblée et le palais de justice de Gao le 27 février 2017[6]. Il a fallu la médiation des notables et leaders religieux afin qu’ils acceptent de les libérer et de permette,  ainsi, l’installation des autorités intérimaires.
En soutien avec la CMFPR 2 de Gao, la branche de celle-ci à Tombouctou a pris en otage, à son tour, le Conseil régional de la ville. Ils ont même eu le soutien d’une partie de la CMFPR 1 (pro Bamako). Ils ont dénoncé leur rejet dans l’application de l’accord de paix et ont demandé leur inclusion dans le processus. Des tractations des plusieurs jours ont permis de dénouer la situation.
Autant des facteurs qui ont ralenti le processus de paix et de réconciliation nationale.

Le MOC : toujours pas opérationnel dans les autres régions

L’accord pour la paix et la réconciliation issu du processus d’Alger avait proposé la mise en place d’un « Mécanisme Opérationnel de Coordination [7]». Le but étant de conduire des patrouilles mixtes dans chacune des cinq régions du Nord. Ladite patrouille mixte sera composée de 600 hommes venus des rangs de l’armée malienne et des groupes signataires à parité égale (200 hommes pour chacune des trois parties signataires de l’accord de paix).

Il a été prévu entre les parties signataires de commencer par la région de Gao. Mais le 28 décembre 2016, les mouvements armés dissidents de la CMA (CMFPR 2, CPA et MSA) ont encerclé le camp du MOC pour protester contre leur exclusion par la CMA de Kidal. En effet, cette dernière avait choisi tous ses combattants, qui devraient joindre le MOC de Gao, dans la région de Kidal en délaissant leurs alliés de Gao et de Ménaka. Une fois arrivée aux portes de Gao, ils ont été empêché d’entrer par leurs dissidents qui réclamaient leurs parts de gâteau. La CMA de Kidal a fini par céder à leur exigence en leur octroyant un quota.

Autre fait, le plus douloureux, lié au MOC est l’attaque Kamikaze du camp de MOC de Gao survenue le 18 janvier 2017. Ladite attaque, qui a fait plus de 70 morts et plus de 100 blessés, a été revendiquée par le groupe terroriste « Al Mourabitoune ». Ce qui a mis au poids mort le démarrage des patrouilles mixtes à Gao, mais également la création des MOC dans les autres régions.
Il faut ajouter à cela, plusieurs attaques et enlèvements des véhicules du MOC de Gao par les éléments des groupes armés dont certains faisaient partie du MOC. Cela n’a pas seulement décrédibilisé le MOC, mais également, il a implanté le doute dans l’installation des MOC dans les autres régions.

2-    La monté en puissance des groupes terroristes

Après la perte du Nord du Mali et leur dislocation à la suite de l’intervention française en janvier 2013, les groupes terroristes se sont réorganisés, certes qu’ils sont profondément démunis, mais ils ont une forte capacité de nuisance.

Ainsi, et afin d’unir leurs forces, le malien Iyyad Ag Ghaly, leader du groupe Ansar Dine, avait annoncé dans une vidéo daté du 2 mars 2017 de la fusion de son mouvement avec trois autres. Il s’agit d’Al-Mourabitoune de Mokhtar Belmokhtar et « l’Emirat du Sahara », Al-Qaïda au Maghreb islamique (AQMI) opérant dans le nord du Mali, et Amadou Koufa, le chef peul des « Katibas du Macina » connus sous le nom du FLM (Front de Libération du Macina). Le «Jamaat Nosrat El-Islam Oual Mouslimine » GSIM (Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans) est né et prêté allégeance à Ayman al-Zawahiri, l’émir d’al-Qaïda ; à Abdelmalek Droukdel, l’émir d’AQMI ; et à Haibatullah Akhundzada, l’émir des talibans[8].
Le GSIM ne s’est pas contenté uniquement de cela, il a également noué des liens avec un nouveau groupe terroriste, il s’agit de l’Etat islamique dans le Grand Sahara dirigé par Abou Adnan Walid Sahraoui et composé de beaucoup d’étrangers dont certains proviennent de la Syrie[9]. Ce groupe concentre ses opérations entre la frontière malienne et nigérienne, tandis que le GSIM opère dans le nord et le centre du Mali. Le but de tous ces groupes terroristes étant de nuire à la coalition anti-terroriste composée des forces du G5-Sahel et appuyée par celles de Barkhane.

Ainsi, dans Nord, les frontières de l’Est et de l’Ouest du pays ainsi que le Centre sont pris en sandwich par ces nébuleuses qui s’en prennent soit à tout ce qui est représentation de l’autorité malienne, soit aux forces étrangères opérant sur le territoire malienne, notamment la MINUSMA et la force de Barkhane. Toutes ces forces, certes qu’ils obtiennent des résultats, n’arrivent pas pour autant empêcher la propagation des foyers de violences au Mali et, plus largement, dans la bande sahélo-saharienne. Mines, embuscades, attaques kamikazes, tire de mortiers, l’amplitude de ces attaques ne faiblit pas. La contagion d’insécurité se propage du Nord au Sud du pays dans un mouvement qui semble irrésistible. Ce phénomène a commencé, il y a deux ans par l’effondrement de la sécurité dans le Centre du pays. La loi, l’ordre et ce qui restait de l’appareil de l’Etat malien dans cette région fortement peuplée se sont retirés. En outre, des points cardinaux que chacun de ces groupes terroristes sévit sur le territoire malien, la géographie du pays leur offre elle-même des atouts. Les paysages frontaliers dominés par des forêts servent de lieux de refuge aux combattants djihadistes ; ce qui complique considérablement la tâche à leurs traqueurs.

Ainsi, et selon le site d’expertisme malien « malilink.net », les attaques terroristes ont fait des milliers des victimes. « De Janvier 2014 à Novembre 2017, 2800 personnes ont été victimes de la violence qui secoue le pays. Et depuis 2014, les autorités perdent progressivement le contrôle de la situation. L’administration est presque absente au Nord et au Centre du pays[10] ». Ces attaques terroristes ont fait plus de 700 morts et 540 blessés en 2017. Depuis janvier 2018, il y a eu plus de 40 morts, le centre du pays était le plus touché[11].  Cela confirme l’utilité de leur stratégie d’alliance qui ne cesse de leur donner des résultats satisfaisants et installer, ainsi, le doute dans l’opinion nationale et internationale en ce qui concerne la stratégie de la « coalition anti-terroriste » dans le Sahel (Barkhane-G5-Sahel).

3-    Les FAMa, une armée mal structurée

En 2013, lors de l’intervention française de Serval, le Sénat français a publié un rapport d’information dans lequel il décrit l’état de l’armée malien en ces termes :

« État des forces armées maliennes au moment du déclenchement de la crise

L’armée de Terre

Elle était forte de 7 000 hommes avant la crise, mais était composée d’une forte proportion de cadres et de soldats originaires du sud (90 %), limitant de fait la capacité à combattre dans le Nord.

Elle disposait de 35 BRDM2 (blindés de reconnaissance à roues), 18 BTR60PB (blindés de transport de troupes), 14 chars T55 (en majorité indisponibles), 18  BM21 (lance-roquettes multiples sur camion), 8 canons tractés de 122 mm (non utilisables car sans maintenance et sans véhicule tracteur), 60 canons-mitrailleurs bitubes 23 mm sur camionnettes, 92 mortiers (120 mm, 80 mm et 60 mm), 192 pick- up avec mitrailleuses de 14,5 et 140 véhicules transport de troupes (camions russes et chinois).

L’armée de l’Air

Elle présentait un effectif total de 1 000 hommes avant le déclenchement de la crise. Elle disposait de quatre hélicoptères d’attaque MI24, de trois avions de chasse MIG 21 (inadaptés à l’environnement et sans réelle efficacité opérationnelle), de deux avions légers de reconnaissance Marchetti FS 260, armés de deux mitrailleuses 7.62 mm (cédés par Kadhafi en 2010), de onze avions légers de reconnaissance TETRAS, d’un avion léger CESSNA 185 (convoyage de matériel léger, évacuation sanitaire – EVASAN – transport de deux à quatre personnes) et d’un avion polyvalent de transport BT67 remis en œuvre par la coopération avec les États-Unis (transport de troupes, convoyage de munitions, EVASAN, aérolargage de colis).

La Garde nationale (GNM)

Elle présentait un effectif d’environ 3 500 hommes avant la crise, dont 2  000 hommes dans les régions du Sud.

La particularité du recrutement des unités du Nord (Tombouctou, Gao, Kidal), à forte dominante régionale, s’est traduite par des unités constituées de 60 à 80 % de cadres et de soldats de recrutement local (touareg ou arabe). De plus, une partie de ce personnel (surtout l’encadrement) provenait de l’intégration des ex-insurgés touaregs de 1993.

Les unités GNM implantées dans le Sud (Kayes, Kati, Sikasso, Ségou et Sévaré) étaient constituées majoritairement de soldats non touaregs et avaient pour mission d’assurer des missions de sûreté et de protection civile (protection des édifices publics, banques, autorités) en complément des forces de sécurité.[12]».

Cet effectif, d’environ 11 500 hommes, n’a pas empêché le pays de sombrer en 2012 devant les groupes rebelles et narco trafiques, pourtant ils étaient en infériorité numérique mais plus armés et plus formés que ceux du Mali.

En mars 2013, l’EUTM (Mission de formation de l’Union européenne au Mali) a recensé quelques graves dysfonctionnements parmi lesquels on peut citer, entre autre :

  1. Un pouvoir politique coupé de son armée par crainte et désintérêt :
    • Absence de Livre Blanc et de Loi de programmation militaire, crainte permanente du coup d’état

=> Implication nécessaire au niveau politico-militaire.

  1. Une omniprésence de la culture de l’immédiat :
    • Pas de projection dans l’avenir se traduisant par une absence d’entretien
    • Pas de planification des besoins en réponse à une insuffisance de budget

=> Changement de mentalité impératif

  1. Une armée peu formée, mal entraînée, pas gérée, sous équipée et insuffisamment encadrée :
    • Absence d’école d’application
    • Absence de contrôle de la préparation opérationnelle
    • Absence de plan de carrière et de DRH
    • Équipement obsolète, souvent le résultat de dons, dans un état de décrépitude avancé
    • Absence de permanence de structures (sections) interdisant toute cohésion et donc toute aptitude au combat

=> Prise en compte du problème sous tous ses aspects sera complexe

  1. Des structures de commandement peu pertinentes:
    • Superposition de structures organiques d’armée (région militaire) en charge de la préparation opérationnelle et de structures opérationnelles (Zone de défense) en charge du contrôle du territoire aboutissant à une inefficacité patente ;
    • Centres de commandement interarmes et interarmées peu aboutis et se limitant à une capacité à faire des points de situation

=> Évolution envisageable à court et moyen terme

  1. Des officiers réalistes et ayant soif de changement :
    • Constat partagé par tous»[13]

Les maliens étaient non seulement surpris par cet audit, mais également de l’état lamentable de leur armée.
Ainsi, et pour mettre à niveau cette armée, l’EUTM a formé entre 2013 et 2015 six (6) bataillons (GTIA – Groupement tactique inter-armes) de 700 hommes chacun. Le pire en est que la formation de ces bataillons n’a pas amené une grande transformation dans la stratégie militaire malienne. L’armée est toujours en incapacité de sécuriser le Nord du pays, l’Etat est toujours obligé de s’appuyer sur les forces étrangères de Barkhane et de la MINUSMA ou sur ses milices armées à caractère ethnique, en l’occurrence le GATIA (Groupe Autodéfense Touareg Imghad) afin de faire face à l’offensive des groupes terroristes.

En 2015, et afin de répondre aux exigences de la réalité du terrain, le gouvernement malien a fait voter une « loi d’orientation et de programmation militaire » qui a pour but de réformer en profondeur les forces armées et de sécurité, et de les doter en ressources humaines suffisantes en nombre et qualité. Le budget de cette loi s’élève à plus de 1 230 milliards de FCFA sur 5 ans. De même, l’effectif des forces armées et de sécurités devrait atteindre les 20 000 hommes d’ici 2020[14]. La question qu’on se pose étant de savoir si cet effectif permettrait de sécuriser l’ensemble du pays ? La réponse à cette question dépende de plusieurs facteurs dont : la formation, l’équipement, la maîtrise des zones d’insécurité, de la politique gouvernementale, etc.

Aujourd’hui, les forces armées et de sécurité comprennent 22 150 hommes (15 150 tout corps confondu et 7000 policiers), la force Barkhane 1000 hommes et la MINUSMA avec 11 690 militaires. Au total, nous avons 32 290 militaires sur le sol malien, malgré cela la situation sécuritaire se dégrade de plus en plus. Le Nord et le Centre du pays sont les zones les plus touchées. Pourquoi alors cette insécurité grandissante ? La réponse se trouve dans le préambule de la LOPM qui rappelle que :

« La faible présence de l’État dans les trois régions du nord et les retours  d’expérience des différentes opérations ont révélé des dysfonctionnements de l’outil de défense. De plus l’effectif de nos Forces Armées est insuffisant pour couvrir les besoins du pays et assurer toutes les missions, notamment celles relatives à la Défense Nationale. Notre armée est dans un état de sous-équipement aigu.[15] ». La MINUSMA en sa qualité de force de maintien de paix, n’a pas vocation à lutter contre le terrorisme, encore moins de s’attaquer aux groupes armés locaux. La force Barkhane quant à elle est, certes, une force anti-terroriste, mais ne peut toute seule lutter contre les groupes djihadistes qui sévissent dans le Sahel.
Mais une collaboration avec les forces internationales et celles des Etats voisins touchés par le fléau de djihadisme, pourrait permettre au Mali de récupérer les zones non contrôlées par l’administration et mettre fin, par conséquent, à l’insécurité croissante.

4-     Le G5-Sahel : une mutualisation des forces pour lutter contre le terrorisme

Le sahel est un faste territoire de l’Afrique subsaharien regroupant 11 pays du Sénégal jusqu’en Somali. Ainsi, le G5 Sahel regroupe 5 des 11 pays du Sahara, il s’agit du : Burkina Faso, le Mali, la Mauritanie, le Niger et le Tchad. Ces 5 pays ont décidé de créer le 16 février 2014 à Nouakchott, en Mauritanie, une organisation sous régionale qui lutte contre le terrorisme.

Pourquoi ces 5 pays uniquement ? Car ils sont le cœur du Sahara et les plus menacés par le phénomène djihadisme. Ils ont également des caractéristiques similaires sur tous les plans (géographique, culturel, environnemental, etc.). La spécificité du Sahel même est basée sur des vastes territoires désertiques et sous peuplés. Ce qui est également commun aux 5 pays membres du G5 Sahel, ce sont également des pays se situant dans une zone stratégique et dont les sous-sols sont très riches.

Le G5 Sahel a pour objet :

  • Garantir des conditions de développement et de sécurité dans l’espace des pays membres ;
  • Offrir un cadre stratégique d’intervention permettant d’améliorer les conditions de vie des populations ;
  • Allier le développement et la sécurité, soutenus par la démocratie et la bonne gouvernance dans un cadre de coopération régionale et internationale mutuellement bénéfique ;
  • Promouvoir un développement régional inclusif et durable.

Le G5 Sahel contribue à la mise en œuvre des actions de sécurité et de développement dans les Etats membres grâce notamment :

  • Au renforcement de la paix et la sécurité dans l’espace du G 5 Sahel ;
  • Au développement des infrastructures de transport, d’hydraulique, d’énergie et de télécommunications ;
  • A la création des conditions d’une meilleure gouvernance dans les pays membres ;
  • Au renforcement des capacités de résilience des populations en garantissant durablement la sécurité alimentaire, le développement humain et le pastoralisme[16].

L’un des principes approches (participative, proactive et complémentaire)  est  « le faire-faire », basé essentiellement sur les Comités Nationaux de Coordination des Actions du G 5 Sahel. Cette approche signifie que : le G5S conçoit les projets mais c’est à chaque Etats membres de les exécuter dans une dynamique régionale.

La particularité de cette convention est la création d’un Comité de Défense et de Sécurité qui est l’organe qui regroupe les Chefs d’Etat- major général des armées  et les responsables dument mandatés pour les questions de sécurité par les Etats membres.

La stratégie de lutte contre le terrorisme du G5S est basée sur deux piliers essentiels : la sécurité et le développement, indispensables dans cet immense espace sahélien. La valeur ajoutée du G5S complète les autres organisations régionales sans empiéter sur leurs champs d’expertises.

Du point de vue militaire, le G5-S c’est 5000 militaires partagés entre les 5 pays membres, qui sont appuyés par près de 4000 hommes de la force française de Barkhane. La MINUSMA (Mission Multidimensionnelle Intégrée des Nations Unies pour la Stabilisation au Mali), via la résolution 2391 du Conseil de Sécurité des Nations, apportera un appui à la force conjointe du G5-S. Cet appui prévoirait des évacuations sanitaires ainsi que l’accès aux articles consommables essentiels (carburant, eau et rations), l’utilisation d’engins de levage et de terrassement et de matériel de génie de l’ONU, et d’unités de génie en uniforme de la MINUSMA pour aider à préparer les bases opérationnelles de la Force conjointe au Mali[17].

Du point de vue financière, le budget de cette force est estimé à 423 millions d’euros. Les gros contributeurs sont l’Union Européenne avec 50 millions d’euros, l’Arabie Saoudite avec 80 millions de dollar, le Qatar avec 30 millions de dollar, les Etats Unis avec 60 millions de dollar et la France avec 8 millions d’euros. Ainsi, chaque Etat membres du G5-S contribue à hauteur de 5 millions d’euros.
Lors de la dernière conférence de donateurs du G5-S tenue le 23 février 2018 à Bruxelles, avec 250 millions déjà mobilisés par la force du G5-S, le but étant d’atteindre les 300 millions d’euros. La somme escomptée a même dépassé les 300 millions d’euros recherchés[18].
Mais le problème n’est pas la recherche du budget mais sa gestion efficace, surtout sa pérennité. Car ce combat contre le terrorisme va coûter à la force conjointe plus d’une centaine de millions chaque année, et personne ne peut prédire le temps que cela prendra d’où l’importance de la pérennisation de son financement.

Le quartier général de la force est basé au centre du Mali dans la ville de « Sévaré » dans la région de Mopti. La force est divisée en 7 bataillons repartis en 3 « fuseaux » opérationnels : le Centre, l’Est et l’Ouest. Le commandant en chef de la force est le Général Didier Dacko, ex chef d’état-major général des armées du Mali. Ce dernier pays étant le principal théâtre opérationnel des groupes djihadistes, est le noyau déstabilisateur de toute la zone.

Mais cette force peine à s’affirmer sur le terrain malgré deux opérations effectuées. La première étant l’opération « Hawbi[19] » qui s’est déroulée entre le 27 octobre et le 11 novembre 2017 dans la zone des trois frontières (Mali, Niger et Burkina Faso). Elle avait pour but de tester les différents contingents des pays membres. Mais elle s’est soldée par un résultat mitigé. En effet, l’opération a été réalisée par les trois pays seulement (Mali avec 200 soldats, Niger 200 et Burkina Faso 350) appuyés par 180 militaires de la force Barkhane. De même, et d’après le commandant de la force, le général malien Didier Dacko « Beaucoup de difficultés sont apparues, des difficultés de  coordination, et des moyens de communication à parfaire encore, et des délais de mise en place à parfaire encore pour que les prochaines opérations soient mieux conduites[20]. ». En plus de cela, il y a eu beaucoup de difficulté de communication entre le PC et les hommes sur le terrain. La plupart des communications se sont effectuées via les téléphones mobiles classiques, ce qui est dangereux pour une telle mission d’envergure.

Néanmoins, cette première opération a permis d’occuper le terrain, de rassurer les populations et d’envoyer un signal fort aux différents groupes djihadistes qui sévissent dans la zone, ainsi qu’à tous les malfrats qui profitent de la situation pour mettre d’huile dans le feu.

Le 15 janvier 2018, la force conjointe a mené sa deuxième opération « Pagnili[21] » dans la zone des deux frontières entre le Mali et le Burkina Faso. Celle-ci s’est soldée par un résultat positif malgré l’absence des forces des autres Etats membres. Selon le Général Didier Dacko, commandant de la force conjointe, l’opération a atteint ses objectifs et «sans ambages, qu’avec l’opération Pagnali, la force conjointe des pays du G5 Sahel s’affirme comme une force sahélienne qui connait le terrain, ayant une capacité d’adaptation et une bonne coordination avec les armées nationales[22] ». Cette opération a permis de corriger les erreurs de l’opération « Hawbi », de rassurer les populations locales et de confirmer leur présence et leur intention de récupérer le contrôle d’une zone sous commandement des groupes terroristes.

En tout état de cause, cette force est loin d’atteindre sa capacité maximale nécessaire pour faire face aux grands défis sécuritaires et aux attentes des populations civiles. L’effectif de 5000 hommes (1000 par pays) n’est toujours pas atteint, et la logistique nécessaire, malgré la promesse des donateurs, n’est toujours pas livrée à la force conjointe déjà sur le terrain. Ce qui les empêche de mener des opérations de grandes envergures afin d’éradiquer la menace terroriste.

5-    Le rôle ambigu de la France et de l’Algérie dans la crise malienne

La France et l’Algérie constituent les deux grands acteurs (extérieurs) impliqués dans la crise malienne. En effet, lors de l’intervention française en 2013 pour stopper l’avancé des groupes djihadistes vers le sud Mali, l’armée malienne avait accompagné les forces françaises de l’opération serval dans la libération des régions de Tombouctou et de Gao. Mais une fois arrivées aux portes de Kidal, les FAMa ont été interdites d’y pénétrer. Les forces françaises ont préféré l’accompagnement des groupes rebelles pour la suite de l’aventure à celui des forces maliennes. Ce modus operandi, qui relève de la Réalpolitique française, n’a pas passé au goût du gouvernement malien qui l’a vécu comme une humiliation, voir une trahison.

Le plus troublant dans cette histoire est sans nul doute un accord « tacite » entre la France et l’Algérie sur la gestion de la crise malienne. En effet, depuis la mise en orbite de la force conjointe du G5 Sahel, les groupes terroristes se sont fusionnés en créant le (GSIM). Mais là où le bât blesse le plus et qui semble conforter ces groupes terroristes dans leurs actions, « c’est que les autorités algériennes s’accommodent à livrer une partie de leur territoire comme base arrière à Iyad Ag Ghaly et ses acolytes [23]». Autant dire que c’est cette couverture, que l’Algérie offre aux groupes terroristes, qui complique la lutte anti-terroriste que mène le G5 Sahel.
Ainsi, l’Algérie est considérée comme l’acteur principal bénéficiaire de la crise au Mali et dans le Sahel, et cela, pour deux raisons principales :

  • Tous les leaders djihadistes qui sont dans le sahel et le Sahara sont algériens (excepté Iyad Ag Ali chef d’Ansar dine qui est malien) et ont tous leurs bases dans le nord du Mali. Donc une fois qu’ils ont des refuges au Nord du Mali, ils ne viendront pas déstabiliser l’Algérie. Ainsi, la déstabilisation du Nord du Mali est un gage de sécurité pour l’Algérie.
  • Tout le Nord du Mali (70% du territoire du Mali avec 5 régions) est approvisionné (près de 60%) par l’Algérie. Ainsi, nous trouvons une variété de produits de première nécessité (aliments, carburant, etc.) mais également des électroménagers, des   décorations de maisons, des véhicules, etc. Ce qui est un aubain pour le commerce extérieur du l’Algérie. Le paradoxe dans cela en est qu’elle est le chef de fil de la médiation internationale garant de l’accord de paix du Mali. Toutes les routes reliant l’Algérie au Mali sont contrôlées par les mouvements armés et les groupes djihadistes. Afin de pouvoir transporter les marchandises vers le nord du Mali, les transporteurs algériens pays versent les frais routiers directement auxdits groupes armés. Ainsi, la pérennisation de la crise malienne assurera l’excédent de la balance commerciale de l’Algérie.

Enfin, il semble y avoir un accord « tacite » entre l’Algérie et la France dans la gestion de la crise malienne en ce qui concerne le partage des dividendes. En effet, et selon Seidik Abba (chroniqueur chez Le Monde Afrique) « […] à Paris on s’en tient toujours à la promesse de 2014 de l’Algérie, interlocuteur incontournable pour gagner la plus petite guerre au Sahel, de s’occuper du « cas Iyad ». Avec cette posture, Paris évite de froisser Alger, qui lui avait accordé d’énormes facilités aux premiers jours de « Serval », dont l’approvisionnement en carburant et en produits d’intendance (eau, nourriture…) des forces françaises basées sur la frontière algéro-malienne.[24] ».

 

À moins de deux mois des élections présidentielles, personne ne sait sur quel pied l’État malien marche. Le Nord et le Centre[25] du pays sont en proie à l’insécurité grandissante et tous les feux sont en alerte « rouge » pour prédire l’impossible tenue des élections dans ces localités. Les FAMa sont sur trois fronts : la lutte contre le terrorisme avec la force conjointe du G5-Sahel, la sécurité des populations et la défense du territoire national ainsi que la lutte contre les conflits intercommunautaires. Cette armée est en reconstruction et, malgré l’augmentation du budget de la défense et de la sécurité jusqu’à 2,3 % de son PIB[26], elle n’a ni la capacité humaine ni la capacité technologique lui permettant de faire face à tous les problèmes d’insécurité. Ce qui est synonyme d’incapacité à sécuriser tout le territoire national.
La force française de Barkhane dont le rôle primordial est la lutte contre le terrorisme, malgré sa capacité technique à y faire face, malgré ses 5 ans d’expériences sur le terrain, n’a pas réussi ni de l’endiguer ni d’empêcher leur fusion et leur monté en puissance.
Aujourd’hui, avec cette nouvelle coalition, le GSIM est devenu encore plus fort. Dans certaines localités du Nord et du Centre du Mali, ce sont eux qui dictent la loi à travers leurs cellules dormantes ainsi que leurs moyens de pression et/ou de nuisance sur les populations civiles.
Enfin, la MINUSMA qui a pour rôle principale la stabilisation du Mali, n’a pas pour mandat de lutter contre le terrorisme. Ce qui met exergue les failles qui minent dudit mandat, car la principale menace qui engrange le pays est sans nul doute celle des terroristes. Ainsi, croire à la consolidation d’une paix fragilisée par le phénomène terroriste, c’est de se bercer d’illusions.

La crise sécuritaire au Mali est protéiforme, il existe une foultitude d’acteurs qui sont concernés. Sa gestion efficace implique la coordination de tous ces acteurs autour d’un même objectif. Malheureusement certains ont été exclus (CEDEAO par exemple) au profil des d’autres acteurs créés de toute pièce (le G5-Sahel). Malgré cela, chacun prêche dans le désert et veut feindre de croire qu’il y aurait une solution magique autre que la mutualisation des tous.

Jabir Touré

Doctorant en Science politique à l’Université Jean Moulin – Lyon 3
Lyon – France

SourceTamoudre

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De l’intervention française de la force Barkhane à la création de la MISMA pour la sécurisation des zones libérées et l’organisation des élections présidentielles, de la transformation de la MISMA en MINUSMA jusqu’à la création du G5-Sahel, au total plus de 22 000 militaires sur le territoire malien afin...