Un an après l’envoi de renforts militaires au Mali, le bilan de l’opération « Barkhane » semble mitigé. La France envisage désormais de réduire les effectifs de son opération. Pourquoi ? Quelles sont les missions de l’opération ? Les explications de CQFD.

Le 13 janvier 2019, Emmanuel Macron réunissait à Pau ses alliés du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) pour leur demander un soutien plus ferme à l’opération « Barkhane », quelques semaines après le décès de 13 soldats français dans une collision meurtrière entre deux hélicoptères.
Le même jour, le président annonçait le déploiement de 600 hommes supplémentaires. Objectif affiché : concentrer les actions dans la zone dite des trois frontières (Niger, Mali, Burkina Faso) pour vaincre notamment l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS), une organisation militaire et terroriste d’idéologie salafiste.
Un an plus tard, et alors que plusieurs militaires français ont perdu la vie au cours du mois de décembre au Mali, la France envisage de réduire les effectifs de sa force Barkhane au Sahel. Pourquoi ? Cette opération a-t-elle rempli sa mission ? Quel était son rôle lors de sa création ? Les explications de CQFD.
1. Qu’est-ce que l’opération « Barkhane » ?
L’opération Barkhane est une opération militaire menée au Sahel et au Sahara par l’Armée française, en partenariat avec les armées des principaux pays de la bande sahélo-saharienne, à savoir la Mauritanie, le Mali, le Burkina Faso, le Niger et le Tchad.
L’opération « Barkhane » a été lancée le 1er août 2014. Elle remplace l’opération « Serval », lancée le 11 janvier 2013. Actuellement, et suite au sommet de Pau, 5.100 soldats sont mobilisés par la France.
2. Quels sont ses objectifs ?
En 2012, le nord du Mali se retrouve contrôlé par une rébellion touareg. Cette dernière est vite évincée par des islamistes associés à Al-Qaïda au Maghreb islamique. Ils prennent alors le contrôle de trois régions du nord du pays, Kidal, Gao et Tombouctou et y imposent la charia.
Cette attaque plonge le pays dans l’instabilité. Une crise politique s’installe et le président Amadou Toumani Touré est renversé par des militaires. Un président de transition, Dioncounda Traoré, est nommé. Il appelle la France à intervenir pour enrayer la progression des djihadistes.
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C’est à ce moment que l’opération « Serval » voit le jour. Une mission lui est assignée : empêcher les djihadistes d’atteindre la capitale Bamako, ramener la sécurité dans le Nord du Mali et permettre à l’Etat malien de revenir et de reprendre le contrôle de ses territoires perdus. Cette intervention militaire a permis, en quelques mois, de stopper l’offensive djihadiste qui menaçait Bamako.
Le caractère transfrontalier de la menace requiert d’agir dans une zone vaste comme l’Europe. C’est pour appuyer les forces armées des pays partenaires de la bande sahélo-saharienne, renforcer la coordination des moyens militaires internationaux et empêcher la reconstitution de zones refuges terroriste dans la région que l’opération « Barkhane » lui succède en 2014.
3. Quelle est la situation actuelle ?
Aujourd’hui, deux grandes entités sont présentes au Mali. A l’est du pays, dans la région des « trois frontières », une première entité obéit à l’Etat islamique. Elle s’est appelée l’Etat islamique au Grand Sahara (EIGS). C’est contre cette entité que les opérations armées se concentrent depuis le sommet de Pau. Sur le plan militaire, les récentes opérations ont porté leurs fruits, analyse Elie Tenenbaum, spécialiste des questions de défense et du Sahel à l’Ifri, dans les colonnes du « Figaro ». Alors que l’EIGS était capable, encore en 2019, de mener des opérations de grandes envergures il est désormais affaibli.
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Mais en parallèle, la deuxième entité présente au Mali, le Groupe de soutien à l’Islam et aux musulmans (GSIM, Jnim en arabe), groupe djihadiste affilié à Al-Qaïda, est montée en puissance. Le groupe, placé sous l’autorité de Iyad Ag Ghali, un charismatique chef touareg présent au Mali depuis le début des années quatre-vingt-dix, « a gagné en influence et en maîtrise territoriale ces derniers mois.
Il est beaucoup plus combattant, plus structuré », affirme à l’AFP un haut gradé français sous couvert de l’anonymat. « C’est à ce jour l’ennemi le plus dangereux pour la Force Barkhane, pour les forces internationales et pour le Mali », convenait en novembre devant l’Assemblée nationale le général Marc Conruyt, commandant de la force Barkhane. Pour beaucoup, la paix au Mali ne se fera pas sans son accord, ou son éradication.
4. Quel avenir pour l’opération ?
La capacité des groupes djihadistes ne faiblit guère. En parallèle, une certaine lassitude se fait ressentir de la part de la France, qui semble s’enliser dans la situation. Paris admet ne plus s’opposer à des négociations entre les Etats sahéliens et certains éléments djihadistes.
La ministre des Armées a ainsi rappelé mardi à l’Assemblée nationale que les djihadistes ne sont pas des groupes homogènes et qu’il faut distinguer ceux qui voudraient déposer les armes et discuter dans le cadre du processus des Accords d’Alger et les groupes armés terroristes affiliés à des branches internationales qui jouent simplement la déstabilisation du Sahel. Elle exclut pour l’heure ainsi toute discussion possible avec Ag Ghaly.
La France assure cependant qu’elle poursuivra ses opérations antidjihadistes dans la région. Mais elle réduira « très probablement » ses effectifs sur place. « Un renfort, par définition, c’est temporaire », justifie la ministre. Le pays compte notamment sur la montée en puissance des armées locales et des partenaires européens, priés de partager le fardeau de la lutte antiterroriste au sud de l’espace communautaire.
5. Qu’en pensent les Français ?
Après neuf années de conflit, l’implication de la France au Mali est de moins en moins soutenue par la population française. En février 2013, ils étaient 73 % à s’y dirent favorables. Aujourd’hui, la moitié des Français désapprouveraient l’intervention française sur place, selon un sondage publié lundi soir par le magazine Le Point et réalisé par l’institut Ifop. Une première depuis le début de l’opération antidjihadistes. Dans le détail, 32 % ne sont « plutôt pas » favorables à l’intervention française, tandis que 19 % n’y sont « pas du tout » favorables.
Tifenn Clinkemaillie

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