La grisaille qui recouvre actuellement notre pays n’est pas que de saison. Elle habite aussi l’âme, le cœur, l’esprit et le corps des Maliens. Qui scrutent les cieux à la quête de signes favorables, de mansuétude et de miséricorde.

Après un Ramadan caniculaire, au cours duquel la foi a souvent vacillé, au point de faire envisager par nombre de  »jeûneurs’‘ un report à un autre mois (ce qui n’est pas possible, sauf dans certains cas bien spécifiés, qui n’incluent pas les facteurs climatiques), l’espoir d’une sorte d’absolution est fortement ancré dans les cœurs, en récompense d’un mois de mai de pénitence, qui vit les Maliens, à l’unisson et dans une rare symbiose, multiplier les séances d’invocations pour tirer le pays du maelström maléfique qui l’aspire depuis quelques années.

En dépit des bénédictions des marabouts et leaders religieux (qui, au passage, se sont refait une belle santé financière, grâce à la prodigalité du Prince du jour), des familles fondatrices de Bamako et des nombreux sacrifices faits à travers tout le pays, ou à cause de tout cela, le Mali gamberge dans un véritable cambouis politico-socio- économique.

Dire aujourd’hui que notre pays vit un cauchemar est un réel euphémisme. Et les chantres du Patriotisme ne nous porteront pas grief de cela. D’autant que l’exorcisme supposé et escompté de leurs naïves invocations du Grand Mali ne s’est pas davantage révélé opérationnel.

Les victimes expiatoires de Koulogon, dans le cercle de Bankass, le 1er janvier dernier,  d’Ogossagou, dans le même cercle, le 23 mars dernier et de Sobame Da, lundi 10 juin dernier, pour ne citer que ces cas, vivaient toutes le rêve du Maliba et en attendaient protection, assistance et bonheur. Les slogans électoraux de l’actuel président de la République y sont pour beaucoup.

A cause des défaillances d’un système sécuritaire, dont IBK et son ex-Premier ministre, SBM, nous avaient pourtant annoncé la montée en puissance, à coups de milliers de soldats et de milliards de francs CFA, à cause de l’incompétence avérée de ministres et de chefs militaires, en raison du manque de professionnalisme de soldats (peut-être formés à la va-vite), payant eux-mêmes régulièrement le prix fort d’une naïveté tactique (méconnaissance du terrain, sens de l’orientation, de la localisation et de l’anticipation très limité) et d’une absence de vigilance suicidaire, le Mali est aujourd’hui le terrain d’entrainement de prédilection des terroristes. Et celui de leurs exploits guerriers.

Après l’Afghanistan, l’Iran et la Syrie, le pays de Sounjata Kéïta, de Babemba, Tiéba, Samory, Askia Mohamed, Firhoun (héros de référence des Maliens) occupe désormais une place de choix parmi les sanctuaires du Terrorisme. A ce titre, il est tous les jours au centre des analyses visant à comprendre le fonctionnement du jihadisme et à le combattre.

Par l’échec global de son dispositif de sécuritaire et à cause de la facilité avec laquelle les terroristes effectuent leurs incursions et perpétuent le massacre des populations innocentes, notre pays sert d’alibi à toutes les théories oiseuses de faux spécialistes. Il est, surtout, le pays que tout le monde se permet de morigéner, de vilipender et de mépriser.

IBK, qui alterne larmes, menaces et fausses sorties internationales (pour s’aérer l’esprit, sans doute), tente maladroitement de donner le change d’une reprise en mains de la situation, à travers quelques limogeages-dont le dernier est celui du gouverneur de Mopti.

Mais la profondeur et l’acuité du mal sont telles aujourd’hui que les moyens nécessités pour leur résorption sont largement au dessus des maigres ressources disponibles pour le Mali, qui en est réduit à multiplier des  »mesurettes’‘ pour faire face à certains impératifs.

En réalité, le véritable problème auquel est confronté notre pays, c’est celui de la perte de crédibilité auprès de nos partenaires.

La multiplication des massacres des populations, dans les conditions d’une aisance révoltante, a progressivement fait évoluer le discours des observateurs et partenaires de la langue de bois à une condamnation plus ou moins ferme des carences du gouvernement mises à nu par cette  »nouvelle guerre ».

Si, au début, la compassion des pays amis et autres institutions internationales s’exprimait à travers des allégations du genre :  » le Mali est confronté à une guerre asymétrique face à laquelle il est désarmé par le manque d’expérience et de moyens. La communauté internationale doit l’aider » ;  » il faut bloquer et anéantir le jihadisme au Mali avant qu’il se répande dans tout l’Ouest africain et plus loin  » le langage extérieur est, actuellement, que  » il faut situer les responsabilités et sanctionner » ; « il faut un sursaut national  » et  » la banalisation de la mort est en train de s’installer au Mali« .

Récemment, l’on a pu entendre Jean -Yves Le Drian, le chef de la diplomatie française, jeter, quelque peu excédé, que  « les autorités des pays du Sahel ne doivent pas rester dans une zone de confort où penser que Barkhane (les forces françaises) est derrière eux » et d’ajouter:  » c’est une tentation, mais progressivement, il faut dire que la sécurité des Africains sera assurée par les Africains. L’objectif n’est pas queBarkhane reste là pour une éternité.  Il est du devoir des chefs d’Etat concernés de contenir la menace « .

Les Burkinabés, plus réalistes que nous les Maliens, avaient pressenti ce que Jean -Yves Le Drian a fini par lâcher.

Par la voix de son ministre de la Défense, Moumina Sherrif Sy, le gouvernement Burkinabé a exprimé, sans ambages son opinion, soutenant que « l’Opération du G5 Sahel, initiée par la France pour créer une force africaine anti-terroriste, a largement échoué. Je pense personnellement que le G5 Sahel ne réussira pas, parce que nous ne pouvons croire aux Européens en ce qui concerne la garantie de notre sécurité. Les promesses européennes n’ont pas été tenues et le G5 Sahel ne peut pas réussir dans sa mission «

Ce constat a ainsi amené le ministre Burkinabé à envisager une solidarité africaine en matière de défense et à estimer que l’armée sud-africaine pourrait et devrait aider son pays en lui fournissant une aide logistique, matérielle et militaire dans le cadre de la mise en place de sa stratégie anti-terroriste.

Une solidarité africaine, qui pourrait se faire attendre davantage que l’aide européenne, n’est certes pas la solution idéale pour nous sortir du guêpier terroriste. Elle est surtout la suggestion que l’on devrait davantage compter sur nous-mêmes pour mener une bataille qui engage notre propre survie.

«Le gouvernement de mission»auquel l’on reproche déjà sa taille pléthorique, saura-t-il trouver la formule de la bonne gouvernance administrative et militaire pour regagner la confiance des Maliens, auxquels il est justement demandé un sursaut national ? En cette période de nécessaire recentrage des priorités, IBK saura-t-il donner le bon exemple, en renonçant à ses petits caprices et ses penchants pour le spectacle ?

Allons-nous continuer de nous détruire de l’intérieur et favoriser l’invasion terroriste, qui vise maintenant Bamako?

Des réponses responsables à ces questions essentielles pourraient dépendre la survie du Grand Mali, qui est sans doute confronté à l’épreuve existentielle  la plus symbolique de son histoire.

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Source: l’Indépendant

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La grisaille qui recouvre actuellement notre pays n’est pas que de saison. Elle habite aussi l’âme, le cœur, l’esprit et le corps des Maliens. Qui scrutent les cieux à la quête de signes favorables, de mansuétude et de miséricorde. Après un Ramadan caniculaire, au cours duquel la foi a souvent...