Le nouveau bilan officiel après l’attaque terroriste contre le camp de Dioura, dans le centre du pays, fait état de 23 militaires tués. Pour le chef de la force de l’ONU au Mali (MINUSMA), cette opération porte la marque d’Ansar Dine et de son chef Iyad Ag Ghali. Mohamed Saleh Annadif était ce 19 mars, l’invité Afrique de RFI.

RFI : Cette attaque très meurtrière du camp militaire de Dioura, est-ce un coup dur pour l’armée malienne et pour toutes les forces qui l’accompagnent ?

Mohamed Saleh Annadif : Oui, c’est un coup dur. Mais au-delà, il faut quand même dire que l’ennemi qui a attaqué a subi quand même beaucoup de coups durs. Et on s’attendait plus ou moins au fait qu’il allait quand même réagir.

Y a-t-il eu un manque de vigilance, un défaut de protection de ce camp militaire ?

Oui, ça, c’est parmi les choses que nous avons toujours déplorées. Il y a un manque de participation et j’ai toujours dit que, quelles que soient les capacités de riposte ou de réaction ou de défense, nous avons besoin de la collaboration des populations. On aurait pu anticiper, une telle opération ne s’est pas préparée en un seul jour. Une telle opération n’a pas été déclenchée à partir de Dioura. C’est sûr que les assaillants sont venus d’ailleurs.

Est-ce que le prédicateur peul, Amadou Koufa, que l’on a dit mort pendant quelques semaines et qui apparemment est toujours vivant, peut être impliqué dans cette attaque ?

Jusque-là, rien ne me prouve qu’il est encore vivant. L’expérience nous a prouvé que le terrorisme est comme le cancer : quand il entre dans un corps, il faut beaucoup de temps, il faut beaucoup de patience pour pouvoir l’extirper. Amadou Koufa, sa présence au niveau du centre [du Mali], effectivement a radicalisé beaucoup de jeunes. Pour le moment, je ne sais pas s’il est mort ou pas. Mais dans tous les cas, nous sentons les dégâts de ce qu’il a préparé dans cette région de Mopti.

Peut-il s’agir de représailles après la mort de 14 Peuls dans ce camp militaire de Dioura ? C’était il y a un an [en avril 2018, « 14 suspects terroristes » arrêtés à Dioura et remis à des militaires maliens avaient été tués « suite à une présumée tentative d’évasion », selon l’armée].

Je ne pense pas que ça soit communautaire, c’est plutôt une action terroriste menée par Ansar Dine et le GSIM [Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans] qui en avait déjà revendiquées. Je ne pense pas que ça soit lié à un problème ethnique ou tribal ou communautaire.

Est-ce que vous confirmez parmi les assaillants la présence de Ba Ag Moussa, ce qui voudrait dire que des Touaregs y ont participé ?

Je ne sais pas si Ag est là-dedans, mais en tout cas, c’est Ansar Dine. Et qui dit Ansar Dine dit Iyad.

Donc au-dessus de tout cela, il y a Iyad Ag Ghali…

C’est certain. Et c’est pour cela que je dis que, comme l’un des bras droits d’Iyad a été neutralisé ces derniers temps par Barkhane [opération de l’armée française contre les groupes armés salafistes djihadistes dans le Sahel et Sahara], et comme avant lui, d’autres ont connu le même sort, je suis absolument certain que c’est plutôt une réaction par rapport à toutes ces pertes successives. Ils ont enregistré énormément de pertes ces derniers temps.

Est-ce que cette région de Dioura et de Ténenkou n’est pas une des régions où l’Etat est le moins présent ?

En effet, nous l’avons également dit. Et les terroristes, c’est aussi ça. C’est leur mode opératoire. Ils ne pullulent que là où il y a un manque de l’Etat, là où il y a absence de l’Etat. Malheureusement dans cette région, effectivement l’Etat n’est pas totalement présent. Et ils en ont profité pour essayer de se substituer à l’Etat. Quelquefois, ils se permettent des services sociaux de base ; quelquefois, ils essaient de remplacer l’Etat. Et ils ont malheureusement endoctriné beaucoup de jeunes dans cette manœuvre.

Le président Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) a lancé avec l’aide du Premier ministre, Soumeylou Boubèye Maïga, un plan de sécurisation, le Plan intégré de défense des régions du centre (PSIRC). Est-ce que l’attaque de Dioura n’en montre pas les limites ?

Le plan, d’abord nous l’avons salué. Il a été lancé à peu près il y a un an. Ce n’est pas facile de le mettre rapidement en marche. Au départ, il ne prenait en compte que l’aspect sécuritaire. Depuis un certain temps, on l’a renforcé avec d’autres dimensions, le développement, la reconstruction. Et aujourd’hui, toutes les Nations unies : les agences des Nations unies, la MINUSMA, d’autres partenaires, EUTM [mission de formation de l’Union européenne au Mali] et Eucap Sahel [Mission civile de l’Union européenne] l’appuient. Je crois que ce plan peut être une solution en prenant en compte la dimension population, ce que nous sommes en train de faire.

Sévaré en juin 2018, Aguelhok en janvier 2019, Dioura ce mois-ci… Les attaques semblent se multiplier. N’est-ce pas un constat d’échec ?

Le combat est une guerre, une guerre asymétrique engagée par les terroristes que j’appelle les « ennemis de la paix ». C’est en cela qu’un sursaut, un consensus national des Maliens est nécessaire. C’est pour cela que les signataires de l’accord, et je leur lance un appel, que ça soit la CMA [Coordination des mouvements de l’Azawad], que ça soit la plateforme, ils ont tous intérêt à mutualiser ce qu’ils ont comme forces pour constituer ensemble ces unités de lutte antiterroriste qui sont prévues dans l’accord, qui vont être constituées d’une bonne partie, également des éléments du Nord, d’une bonne partie des anciens Fama [Forces armées maliennes]. Et je crois que ça peut être une solution pour pouvoir contrecarrer ces terroristes…

RFI

 

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