La Force conjointe a-t-elle peur des terroristes ?

La Force du G5 Sahel a-t-elle peur des terroristes ? C’est la question que l’on peut se poser, suite à la décision d’installer provisoirement son Quartier général (QG)  dans la capitale malienne, après l’attaque qu’elle a subie en juin 2018 à Sévaré, dans le Centre du pays,  où elle était établie depuis son lancement en 2017. La question est d’autant plus pertinente que la décision d’ouvrir le siège de la Force antiterroriste dans le Centre du Mali, à mi-chemin entre la capitale Bamako et le Nord du pays où pullulent les groupes armés et autres groupes terroristes de tout acabit, semblait répondre à des besoins militaires stratégiques, pour être « au cœur de la lutte contre le terrorisme dans les cinq pays membres du G5 ». Mais plus d’un an et demi après son lancement, force est de constater que la Force conjointe qui passait pour être l’arme fatale contre les forces du mal, peine à montrer véritablement son efficacité sur le terrain.

 

L’objectif de casser du djihadiste semble encore au stade de vœu pieux pour le  G5 Sahel

 

Car, telle qu’elle a été présentée, les populations n’en attendaient rien moins qu’elle contribue à réduire considérablement la voilure des terroristes. Et dans le cas d’espèce, pour les Bamakois, sa place est sur le théâtre des opérations, au Nord du pays où sévissent les forces obscurantistes et non dans un quartier résidentiel de la capitale, comme si elle venait se cacher au milieu des civils pour s’en servir comme bouclier. Si ce n’est pas le monde à l’envers, cela y ressemble fort.  Car, pour le moment, l’objectif de casser du djihadiste semble encore au stade de vœu pieux pour le  G5 Sahel qui,  aux yeux des populations, montre une plus grande propension à la réunionite qu’à l’action sur le terrain. Et alors qu’elle était censée terroriser les terroristes, la Force conjointe semble elle-même  terrorisée au point d’opérer aujourd’hui un repli tactique sur Bamako.  En tout cas, c’est ce que l’on est tenté de  croire, avec cet emménagement dans la capitale malienne, loin du théâtre des opérations et des champs de combat, qui a de quoi laisser songeur. On croyait pourtant qu’en s’installant dans l’une des nombreuses zones qui échappent encore au contrôle des forces maliennes et étrangères, cela aurait pu gêner aux entournures les terroristes qui écument une bonne partie du territoire malien. En tout cas, on comprend pourquoi cette opération ne rencontre pas l’assentiment des populations de la capitale qui sont vent debout contre ce transfert du QG de la Force conjointe dans leur ville. Pour cela, ils ont décidé, le 22 mai dernier, d’observer un sit-in de 48 heures devant le nouveau siège de la force antiterroriste pour marquer leur désaccord. Comment ne pas comprendre la réaction des populations, quand on sait que jadis source de sécurité, le voisinage des postes des forces de sécurité est devenu une hantise pour les populations riveraines qui craignent aujourd’hui d’être des victimes collatérales en cas d’attaque ? Du reste, l’attaque contre le siège de ladite force à Sévaré, avait coûté la  vie à un civil et l’on se rappelle encore le traumatisme de l’attentat contre l’Etat-major général des armées burkinabè situé en plein centre de Ouagadougou, qui avait quelque peu créé la psychose au sein des populations.

En quittant Sévaré pour Bamako, on peut avoir le sentiment que la Force conjointe cherche à protéger d’abord sa propre tête

 

Mais il y a lieu de croire que dans cette affaire, le G5 Sahel a manqué de tact et pèche plus par manque de communication que par poltronnerie. Car, il n’est pas dit qu’en transférant son siège à Bamako, elle renonce à sa mission et laisse le champ libre aux terroristes. Cependant, le faire aujourd’hui, dans les conditions que l’on sait, surtout suite aux attaques terroristes qui ont frappé son siège à Sévaré, peut laisser entrevoir les difficultés qu’elle rencontre dans l’accomplissement de sa mission, si cela n’est pas perçu par les populations comme un manque de confiance en ses propres capacités opérationnelles. En outre, le problème du nerf de la guerre qui continue de se poser avec acuité et qui a visiblement brisé les ailes de l’albatros qu’elle semble être, n’a pas de quoi véritablement renforcer la confiance des populations en cette force.  C’est pourquoi  en quittant Sévaré pour Bamako, l’on peut avoir le sentiment que la Force conjointe cherche à protéger d’abord sa propre tête. En effet, on sait que les terroristes ne laissent pas de répit aux forces militaires, nationales ou internationales,  engagées sur le terrain contre eux, poussant parfois l’outrecuidance jusqu’à s’attaquer à leurs bases. En tout état de cause, il revient  au G5 Sahel de savoir rassurer les populations. Et la meilleure façon de le faire serait d’aller le plus vite possible au front pour porter l’estocade à l’ennemi. C’est dire si au-delà des populations, la question de son opérationnalisation se pose, aujourd’hui plus que jamais, comme un impératif vital.

« Le Pays.bf »

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