Faute d’intervention du président Alpha pour éteindre le feu que beaucoup de militants le soupçonnent d’attiser, l’Adéma recourt à la médiation in extremis des religieux dans la dernière ligne droite de la Conférence nationale : Amupi (Bamba) et Eglise catholique (Daniel Konaté)… Peine perdue : les dés étaient pipés ; le sort, jeté.

Dimanche 8 octobre 2000, 56 sections instrumentalisées sur les 78 que compte le parti (55 de l’intérieur et 23 de l’extérieur) basculent dans le camp de la rénovation et le Comité exécutif se réunit, en marge de la Conférence, pour décider de la tenue d’un congrès extraordinaire les 24, 25 et 26 novembre 2000.
Dans son discours d’ouverture, le président du parti, El Hadji Ibrahim Boubacar Keïta, rassurait déjà ses partisans : (…) aucune assise ne saurait nous effrayer. Un parti digne de ce nom est, effet, fidèle à ses mission et vocation, lorsqu’il se respecte, respecte ses militants en respectant sa propre légalité. C’est, camarades, tout le sens que nous donnons à notre présente rencontre. Conférence nationale, statutaire et ordinaire, malgré une dramatisation outrancière de son contexte qui a fait s’interroger plus d’un au-dedans comme au dehors du parti.
Pourquoi tant de fébrilité, tant d’agitation ? Pourquoi ce déploiement spectaculaire de moyens extraordinaires pour dévier le cours normal d’un agenda qui préserve la capacité de décision, de cohésion et d’unité du parti ? Chacun répondra, selon son inclinaison, à cet ensemble d’interrogations légitimes. Il reste qu’individuellement et collectivement, chacun de nous répondra demain devant l’histoire du parti et l’Histoire tout court (…)
C’est en dépassant les regrets, les nostalgies et les combats d’arrière-garde que nous construirons le véritable parti Adéma-Pasj.
Les peurs et les angoisses sont mauvaises conseillères. Et l’exigence de vérité n’a, sans doute, jamais été aussi forte. Les chantiers qui nous attendent nous appellent à la lucidité, à la clairvoyance et au courage.
Il revient de démontrer que la politique est bien au service de l’Homme, et que, grâce à la liberté, CHAQUE MILITANT EST ACTEUR DE SON PROPRE DESTIN… »
La première réunion du groupe a eu lieu chez Tréta. On y dénombre 38 députés, 13 membres du CE-ADEMA, plus de 100 délégués venus des sections de l’intérieur comme de l’extérieur.
La rupture est consommée entre les anciens camarades du PASJ et tous les ingrédients sont réunis pour la création d’un nouveau parti sous la houlette de IBK. Ce sera la deuxième grande scission au sein du PASJ après celle de 1994 qui a vu le départ d’anciens militants du PMRD pour créer le parti MIRIA autour de Mamadou Lamine TRAORE.

Lundi 9 octobre 2000 : le jour du départ
Le matin IBK informe sur sa démission du parti ADEMA qui fera l’effet d’une bombe politique au sein de la Ruche ADEMA, tout en laissant les « rénovateurs » sur leur faim puisqu’ils avaient la volonté « d’humilier » IBK si d’aventure, il avait accepté de prendre part au fameux congrès extraordinaire dont l’objectif inavoué était de l’éjecter du parti comme un « malpropre ».
La conférence nationale va poursuivre sur travaux dans une triomphante et arrogante atmosphère rénovatrice jusqu’à la suspension. Ce lundi 9 octobre, au Palais des congrès de Bamako, on annonce au peuple de l’Adéma, réuni pour sceller le sort d’un homme, que la reprise des travaux se fera avec un léger retard.
16h20, le président IBK entre dans la salle de la plénière. Pour ceux qui le connaissent, il avait l’air grave. Le secrétaire à l’organisation, Kafifa Abba Dicko, qui faisait office de maître de cérémonie, était sur le point d’annoncer la suite du programme lorsque lui fait signe qu’il veut prendre la parole. M. Dicko lui fait signe de la prendre. Et, IBK, dans un silence de cimetière, s’adresse au peuple de l’Adéma en ces termes :
“ Camarades,
Pendant 6 ans, j’ai eu l’honneur de porter votre étendard. Pendant 6 ans, vous m’avez tous entouré d’une chaude amitié et d’une franche camaraderie. Aujourd’hui, mon souci demeure le parti, le pays.
Le PARTI, porteur des plus grands espoirs de notre peuple, ne peut se réduire à ce qui, malheureusement, j’ai constaté avec tristesse, avec d’autres aujourd’hui. Le projet est clair. Certains l’ont dit : la conférence sera l’occasion de l’affirmation du désaveu du comité exécutif actuel et de son président. Je ne serai jamais un président accroché à un fauteuil. J’ai la plus haute considération pour mon pays et pour mon parti, au redressement duquel je crois avoir modestement contribué, avec vous tous. Pour moi, rien ne vaut le pays, rein ne vaut le parti. Mais quel parti désormais ?
Tout notre pays, tout notre peuple savent aujourd’hui que la tête de Ibrahim Boubacar Keita a été mise à prix, et savent d’où vient le coup. Ce combat ne vaut pas d’être mené. Je continuerai à servir avec foi et total dévouement notre peuple, où que je sois.
Je démissionne de toutes mes responsabilités au sein du parti ADEMA à compter de ce jour ; car je ne voudrais contribuer, en aucun cas, à tromper notre peuple. Le nouveau parti ADEMA qui se profile ne saurait être, en aucun cas, conforme à mon sens de l’éthique et de la morale politique.
Je remercie les militants de l’ADEMA pour confiance renouvelée au long de ces années. Je remercie le peuple malien pour son estime réaffirmée à chaque occasion, et l’assure que je lui serai toujours dévoué. ”

12 octobre 2000
Deux jours seulement après la démission de IBK au parti Rucher, les hommes politiques, qui lui ont porté sa voix, ont été exclus du bureau de l’Assemblée Nationale.

14 octobre 2000
Pour couper à la controverse et à la polémique sciemment entretenues autour de sa démission, le Camarade Ibrahim Boubacar Keïta écrit au Secrétaire Général du Comité II Hamdallaye de l’Adéma-Pasj la confirmation de son départ :
“ Monsieur le Secrétaire Général,
Je viens par la présente vous reconfirmer formellement ma démission de l’Adéma-Pasj, démission effective pour moi depuis le 8 Octobre à l’issue de la sixième Conférence Nationale du Parti.
Bamako, le 14 Juin 2001
Ibrahim Boubacar KEITA ”

Mercredi 25 Octobre 2000
Depuis sa démission fracassante de l’Adéma, le Camarade IBK fait l’objet de toutes sortes de rumeurs distillées et de spéculations entretenues pour les besoins de la cause. Des affabulations sur un hypothétique voyage ou une prétendue décision de ne plus faire de la politique, alors que depuis sa démission, il a rencontré plusieurs responsables, tout y est passé.
Afin de couper court aux supputations, le Collectif des Associations et clubs de soutien organise, deux semaines après sa démission, le 25 octobre 2000, une Assemblée générale à Sébénikoro pour donner l’information aux militants et aux sympathisants d’IBK.

Info Matin

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Faute d’intervention du président Alpha pour éteindre le feu que beaucoup de militants le soupçonnent d’attiser, l’Adéma recourt à la médiation in extremis des religieux dans la dernière ligne droite de la Conférence nationale : Amupi (Bamba) et Eglise catholique (Daniel Konaté)… Peine perdue : les dés étaient pipés...