Une délégation de haut niveau de la Cedeao, composée de Faure Essozimna Gnassingbé, Nana Addo Dankwa Akufo-Addo et Adama Barrow est annoncée au Mali ce jeudi à Bamako, dans l’affaire des 46 militaires ivoiriens détenus au Mali. Cette mission doit être une nouvelle chance pour la résolution de cette crise à l’amiable.

La Cedeao, après avoir pris position en faveur de la Côte d’Ivoire dans l’affaire des 49 militaires, dépêchera une délégation de haut niveau. En effet, à l’issue de son sommet extraordinaire tenue aux États-Unis, la Cedeao a dénoncé ce qu’il a qualifié « d’incarcération » des 46 militaires ivoiriens détenus au Mali depuis juillet 2022. « La Conférence décide également de condamner, avec fermeté, l’incarcération continue des soldats ivoiriens ; dénonce le chantage exercé par les autorités maliennes dans cette affaire ; demande la libération sans condition des 46 soldats détenus au Mali ; décide de l’envoi incessamment d’une mission de haut niveau composée des chefs d’État du Ghana, du Sénégal et du Togo à l’effet de la libération des soldats ivoiriens », a indiqué la Cedeao.

A la suite de cette déclaration, la Cedeao a annoncé une mission de haut niveau au Mali le mardi dernier. Une décision à laquelle le Mali n’a pas donné une suite favorable. Dans une lettre adressée à la commission de la Cedeao, le Mali a indiqué qu’il ne pouvait pas recevoir cette délégation à la date annoncée. Elle a proposé la date du jeudi ou vendredi.

Avant ce sommet, le Mali avait mis en garde la Cedeao contre toute instrumentalisation de cette affaire des 46 militaires. Dans un communiqué, le Mali a mis « en garde contre toute instrumentalisation de la Cedeao par les autorités ivoiriennes pour se soustraire à leur responsabilité vis-à-vis du Mali ».

La délégation de la Cedeao annoncée sera reçue à Bamako ce jeudi. Mais avant son arrivée, le Mali, selon nos confrères de l’AFP, a posé ses conditions. « Nous allons les écouter. Nous avons dit depuis le début que tout ce que le Mali veut, c’est chercher les voies et moyens pour trouver un terrain d’attente entre le Mali et la Côte d’Ivoire. Mais si c’est pour imposer des décisions au Mali, cela ne passera pas », a laissé entendre Abdoulaye Diop dans une interview accordée à VOA. Le ministre des Affaires étrangères du Mali a déploré que la Cedeao ait été impliquée dans cette affaire sans consulter le Mali. Le Mali, comme l’a toujours dit, est ouvert au dialogue mais exige le respect de ses principes. «Quiconque veut apporter une solution sera le bienvenue… Mais les démarches entamées par la Cedeao ne constituent pas des solutions pour nous », a déclaré le ministre Diop.

La délégation de la Cedeao annoncée ce jeudi

Dans un communiqué, la commission de la Cedeao a annoncé l’arrivée de la délégation de haut niveau à Bamako ce jeudi. « Le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale (Direction du Protocole de la République) présente ses compliments aux missions diplomatiques et consulaires accréditées au Mali et a l’honneur de les informer de la Mission de haut niveau de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest le 29 septembre 2022 », a annoncé le communiqué qui a précisé que la délégation est composée de Faure Essozimna Gnassingbé, Président de la République togolaise ; de Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, Président de la République du Ghana ; de Adama Barrow, Président de la République de Gambie.

L’arrivée de la délégation est prévue le 29 septembre 2022 à partir de 10h 30 et le départ à 16h 00. «Le ministère des Affaires étrangères et de la Coopération internationale (la Direction du Protocole de la République) remercie les Missions diplomatiques et consulaires accréditées au Mali de leur aimable coopération et saisit cette occasion pour leur renouveler les assurances de sa haute considération », a-t-on précisé dans le communiqué.

Une chance pour une solution amiable

Les peuples maliens et ivoiriens sont engagés et se battent pour une solution à l’amiable de la crise née de l’arrestation des 49 militaires. Même si les premières négociations initiées par le président de la République du Togo ont échoué après des écarts de langage entre les autorités maliennes et ivoiriennes, il y a toujours espoir d’une solution africaine. La Cedeao a certainement mal agi en tranchant en faveur d’un pays, en faisant du Mali le bourreau en lieu et place de la victime, comme a dit le Premier ministre par intérim, mais elle ne doit pas échouer dans cette négociation. Au cours de cette mission, elle doit, si elle veut la résolution de cette crise, venir en médiateur et non donneur d’ordre. Elle doit respecter la souveraineté du Mali et le chemin des autorités maliennes. S’il faut reconnaitre les manquements dans le processus de déploiement de ces militaires par la Côte d’Ivoire, elle doit le faire.

Pour leur part, les autorités maliennes doivent aussi, pour l’intérêt des Maliens établis en Côte d’Ivoire, accepter de faire la concession comme le président Goïta l’a toujours promis. Toute l’Afrique, en tout cas ceux qui sont épris de justice, ont donné raison au Mali. Les autorités doivent, comme elles ont fait, libérer ces militaires au nom de la paix.

Quant à la Côte d’Ivoire, elle doit reconnaitre les manquements et changer de discours au nom de la paix.

B. Guindo

Source: LE PAYS