Les élections législatives du 29 mars 2020 donnent une belle occasion de ce que le Malien attend des députés et de ce que les députés croient être leur mission. Et en regardant les affiches dans les rues et les interventions télévisées des candidats, on se rend compte qu’il y a erreur sur la marchandise.

Les populations croient devoir voter pour le député afin qu’il vienne résoudre leurs problèmes quotidiens en termes de nourriture et de développement. Et les candidats à la députation savent que s’ils ne revêtent pas le manteau du futur bâtisseur de la contrée, ils n’auront pas une voix dans l’urne. L’analphabétisme et l’illettrisme ambiants achèvent de transformer les législatives en un vaste marché de dupes.

Ainsi, de nombreux candidats promettent aux électeurs qu’une fois élus, ils mettront fin à la pollution environnementale et réduiront la faim et la pauvreté. D’autres jurent, la main sur le cœur, que leur élection entraînera une forte diminution du chômage des jeunes. Bien entendu, en milieu rural, il est question que les futurs députés apportent l’adduction d’eau dans les villages, de la bonne herbe aux bœufs de labour et des engrais de meilleure qualité pour des récoltes de rêve. Enfin, certains candidats annoncent leur détermination à mettre fin à la crise scolaire une fois qu’ils auront mis le pied à l’hémicycle.

Bâtir des ponts et chaussées

Personne, dans les foules de meetings, ne conteste les promesses des candidats. Car rares sont les Maliens qui savent à quoi sert vraiment un député. Les rares qui le savent n’ont pas intérêt à édifier les électeurs, étant souvent eux-mêmes en mission des candidats.

Tout cela arrive parce que dans un pays à majorité analphabète, nul n’a lu, dans les contrées rurales (les plus peuplées) un traître mot de la Constitution, ni ne doute que le député soit incapable de bâtir des ponts et chaussées. Après tout, ne donne-t-il pas le prix de condiments aux plus démunis et ne voit-il pas le président de la République dans la capitale ? Son véhicule, généralement un imposant 4X4, ne porte-t-il pas un fanion aux couleurs de la nation ?

Vote des lois et contrôle de l’action gouvernementale

Peut-être qu’un jour, le Mali mettra en place une Constitution en bamanakan. Mais pour l’instant, ce serait perdre son temps que de vouloir expliquer aux populations ce que signifie le vote des lois et le contrôle de l’action gouvernementale, principales tâches constitutionnelles du député. D’abord, parce qu’elles distinguent difficilement un ministre d’un simple agent de l’État. Ensuite, parce que ministres, députés, maires, chefs de partis, élus et candidats forment aux yeux des populations un seul et même corps : celui des politiciens (« politikimogow » en bamanakan).

L’autre volet du marché de dupes réside dans le fait que chaque élection est vue par les populations comme un moyen d’assurer le prix de popote plutôt que comme une contribution à la démocratie. Elles n’ont aucune confiance dans les « politikimogow ».

Cette tendance vient de ce que les candidats, une fois élus, ne remettent plus le pied dans leur circonscription pour y expliquer le sens d’une quelconque loi ou d’une quelconque politique. De ce fait, la stratégie des électeurs consiste à soutirer au candidat ce qu’ils peuvent avant que le scrutin ne se tienne. Car après le scrutin, ils se retrouvent le bec dans l’eau, avec pour seule compagnie des promesses mirobolantes non tenues.

Source: benbere

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Les élections législatives du 29 mars 2020 donnent une belle occasion de ce que le Malien attend des députés et de ce que les députés croient être leur mission. Et en regardant les affiches dans les rues et les interventions télévisées des candidats, on se rend compte qu’il y...