Le Cadre de concertation nationale a tenu sa première rencontre le jeudi 31 janvier 2019. Par sa composition (cinq ministres, 18 présidents de partis politiques et deux chefs de file des mouvements signataires de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale), il traduit la volonté du régime de n’exclure personne de l’indispensable débat sur les réformes institutionnelles et politiques à venir. Le défi, ce n’est pas seulement le temps, mais aussi la vraie motivation des uns et des autres pour faire avancer le débat ou retarder  le consensus.

 

Formaliser un cadre règlementaire pour un dialogue politique inclusif ! Tel était l’ordre du jour de la première rencontre des membres du Cadre de concertation nationale. En effet, cette session inaugurale était une prise de contact avec les formations politiques et des organisations de la société civile ainsi que les mouvements signataires de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale issu du processus d’Alger.

«Nous formaliserons ce cadre règlementaire. Notre option se justifie pour discuter des réformes politiques et institutionnelles», a déclaré Mohamed Ag Erlaf, ministre de l’Administration territoriale et de la Décentralisation, en plantant le décor de la rencontre. «Au cours du processus, deux formations seront mises en place. Il s’agit d’abord avec les partis politiques et ensuite les experts. La formation politique donnera des directives à la formation des experts et validera les propositions de celle-ci», a-t-il précisé.

Et Ag Erlaf d’ajouter, «toutes les décisions qui seront validées, sont appelées des éléments probants de la participation de la classe politique dans l’organisation des réformes. Nous devrons chercher à être dans le temps, dans le processus. Les documents de base sont perfectibles et ont besoin d’être améliorés».

Par cette initiative, le président Ibrahim Boubacar Kéita et son gouvernement concrétisent leur volonté de réunir les propositions, les éléments indispensables à une collaboration autour des réformes imposées par près de trois décennies de pratique démocratique.

Les acteurs adhèrent au principe

«Cela est important pour la vie politique de notre pays», reconnaît Bocary Tréta, président du Rassemblement pour le Mali (RPM) et de la coalition Ensemble pour le Mali (EPM) a retenu beaucoup d’humilité surtout la présence remarquable des principaux acteurs. Pour lui, cette démarche «témoigne de l’engagement des fils du Mali à se mettre ensemble pour trouver des solutions idoines aux nombreux problèmes qui nous assaillent».

Il a mis l’accent sur la nécessité qu’il y avait de rénover ce cadre de dialogue. «Le gouvernement a pris conscience d’améliorer ce cadre et son fonctionnement…Aucune question n’est exclue. Il s’agit du Mali…», a conclu Dr Tréta.

«Puisque ce dialogue politique va porter sur la situation du pays et donner des orientations qui aboutiront à un accord politique, nous sommes venus avec nos observations. Le cadre est la bienvenue parce que nous l’avons toujours réclamé», a pour sa part reconnu Pr. Salikou Sanogo, représentant du chef de file de l’opposition, tout en insistant sur les garanties.

«Nous pensons que la situation actuelle du pays caractérisée par la crise sécuritaire et politique demande à ce qu’un dialogue inclusif soit instauré pour discuter de la situation du pays et donner des orientations devant aboutir à un accord politique. Mais, ce qui est important, ce sont les garanties parce que tous les aspects ne sont pas encore pris en compte par ce cadre», a-t-il indiqué.

Mais, a souligné Pr. Sanogo, «le préalable pour nous, c’est avant tout de nous retrouver autour de la table, dans un dialogue politique de haut niveau qui va nous permettre d’avoir un accord politique. Cet accord politique auquel prendront part toutes les forces vives du pays, mais en particulier les partis politiques, nous permettra de dégager les points essentiels de l’heure actuelle qu’il faut aborder pour aller vers la solution de la crise multiforme que nous traversons depuis 2012».

Prenant la parole, au nom des groupes signataires de l’Accord pour la paix et la réconciliation, Sidi Brahim Ould Sidatt a souligné qu’il est «évident que nous avons signé un Accord depuis 2015 qui tarde à se mettre en œuvre… Les principes de sa mise en œuvre reposent sur des réformes politiques, institutionnelles très importantes d’où la révision de la Constitution».

Et de poursuivre, «ces réformes ne peuvent se faire sans une concertation, une discussion à un haut niveau et avec tous les Maliens confondus». Et pour lui,  il faut améliorer cette initiative afin que les Maliens puissent trouver les résultats escomptés avec les réformes institutionnelles visant à créer une «nation plurielle» et résoudre définitivement la crise que nous vivons aujourd’hui. Le représentant de la société civile, Hamane Touré, à l’instar des autres intervenants, s’est aussi réjoui de la création du CCN.

Un cadre opportun à protéger des ingérences extérieures

Et puisque tout le monde est d’accord sur le principe, il faut maintenant résolument aller au dialogue sans perdre de temps. Et à notre avis, en dehors du temps, c’est surtout l’attitude des uns et des autres dans ce cadre qui est le défi. En effet, c’est une instance de «dialogue sans tabous» qui est ainsi offert à tous ceux qui voulaient réellement que les Maliens se parlent pour résoudre la crise qui plombe ce pays depuis sept longues et douloureuses années.

Le préalable pour toutes les composantes, c’est de consulter leurs bases et de remonter les préoccupations réelles sans aucune intention de manipulation ou de chantage. Ensuite, il faut oublier maintenant les préjugés, les frustrations et les contentieux électoraux, les rancœurs et les rancunes pour mettre le cœur à l’ouvrage avec une sincère volonté de ne pas contribuer à enliser le dialogue pour d’avantage embourber ce pays qui ne s’est jamais autant mal porté que ces dernières années.

Le dialogue suppose trois choses essentielles que sont la franchise, la sincérité et l’esprit de concession. On ne vient pas à un dialogue en se cramponnant à des positions, réalistes fussent-elles. Sans aller à la compromission, aucun compromis n’est de trop si l’intérêt de la nation est en jeu.

Le respect de ces principes va déterminer l’efficacité de ce Cadre de concertation nationale. Un espace qui nous offre une opportunité de discuter sans tabous des défis réels à relever entre nous, sans ingérence extérieure aucune. Du moins, il est du devoir de chaque composante qu’il en soit ainsi.

Nul n’a le droit de «quitter le tam-tam pour aller battre son ventre», dit l’adage. Et l’histoire retiendra que, en plus de tendre la main à toutes les composantes de la classe politique, le président IBK a concrétisé sa volonté d’union sacrée face aux défis de l’heure par un cadre de dialogue national !

Hamady Tamba

Source: Le Wagadu

MaliwebPolitiqueMohamed Ag ERLAF
Le Cadre de concertation nationale a tenu sa première rencontre le jeudi 31 janvier 2019. Par sa composition (cinq ministres, 18 présidents de partis politiques et deux chefs de file des mouvements signataires de l’accord pour la paix et la réconciliation nationale), il traduit la volonté du régime de...