Le colonel Goïta n’est pas bavard ; il est même quasiment invisible derrière son masque. Les rares fois où il prend la parole, quand il y est contraint, il le fait dans un style sans envolée, pour ne pas dire sans irradiation. Sa tenue de soldat antiterroriste qu’il n’a jusqu’ici jamais quittée aussi en rajoute au mystère de cet homme devenu, par la force des choses, le chef de l’Etat du Mali, en violation de toutes les procédures constitutionnelles. On attend toujours les théoriciens vaseux nous décrire et nous qualifier le régime politique dans lequel nous vivons, depuis la  » démission  » de IBK, le 18 Août.

 

La presse qui l’a découvert, tard, deux ou trois jours, après les évènements a été surprise de voir Assimi Goïta se présenter comme le véritable président du CNSP. Soit. Dans le fond des idées, ce Comité a, d’emblée, donner ses motivations et ses ambitions, au terme d’une longue nuit d’attente, sur les antennes de la télévision nationale. On en a retenu que l’ancien chef d’Etat a donné sa démission, congédié son gouvernement et dissout le Parlement. Pour le reste, le colonel Wagué, porte-parole de la junte n’a rien remis en cause des engagements du régime précédent. Il a même ajouté que la junte, au nom de laquelle il parle, va organiser une  » transition civile, dans un délai raisonnable.  »

La junte est toujours attendue sur ce chantier. On attend toujours des preuves de sa bonne foi tant le trouble et le non-dit sont devenus les éléments visibles d’une gestion chaotique de l’agenda. La CEDEAO, à tire d’aile, a sorti ses oukazes pour manifester son aversion contre tous les coups d’Etat. La junte s’empresse de répondre qu’il n’y a pas eu de coup d’Etat au Mali, à partir du moment où le Président a  » démissionné « .

La CEDEAO demande une transition la plus brève. La junte demande une durée de trois ans. L’information a fuité, à l’issue d’une réunion conduite par Good Luck, le bien nommé ancien président du Nigéria. La junte sort de sa boite pour démentir l’information et désigner à la vindicte le correspondant de presse à qui a informé le public. Soit, mais le même correspondant, pour sa crédibilité et son honneur, fait passer la bande originale sur les réseaux sociaux. Rien à dire, la junte qui parle au nom du peuple ne prend pas l’avis du peuple pour son futur. Le temps passe.

La junte ne parle plus de  » transition civile « , mais d’une transition conduite par les militaires. Elle organise des manifestations publiques pour cela. Il lui faut bien ce rattrapage car la même junte avait déclaré, urbi et orbi, qu’elle n’était intervenue dans l’arène politique que pour parachever le travail des hommes et des femmes qui ont pris la rue depuis des mois pour exiger le départ de IBK. Cela a été dit dans un meeting sur la bien pimpante place de l’Indépendance. Le Mouvement du 5 juin, Regroupement des Forces Patriotiques, était au firmament de sa gloire.

Apparemment, la langue de la junte a parlé plus vite que son cerveau. Elle doit se ressaisir. Elle annonce l’organisation d’une Concertation nationale sur la Transition. Le jour venu, l’énigmatique président du CNSP prend la parole. Le texte de son discours tient à peine sur deux pages. A l’audition, son discours n’a fait pas plus de cinq minutes ; mais un temps suffisant pour décrypter sa véritable pensée ainsi que l’action qu’il conduit au nom de ses camarades.

Dans le protocole des salutations, il s’adresse à tout le monde sauf les partis politiques, la société civile, les jeunes et les femmes qui ont battu le pavé, préparé le terrain de leur irruption sur la scène. Il a cité les membres du CNSP en premier. Il a continué avec le Secrétaire Général du Gouvernement, les anciens Premiers ministres, les Présidents des Institutions de la République, les Gouverneurs, le Maire du District de Bamako, le Maire de la Commune III du District de Bamako, le Chef d’Etat-major général des Armées, les Secrétaires généraux des Départements ministériels, les Chefs des Missions Diplomatiques et Organisations internationales et les Présidents des Auto rités intérimaires. Dans le fond, les Maliens ont retenu le sens que le Colonel Goita a donné à la Concertation nationale. Elle est  » l’expression des aspirations légitimes de notre Peuple pour une meilleure refondation de la Nation  » a déclaré l’homme fort du moment.  » Cette nécessité de refondation se justifie par la recherche d’une bonne gouvernance afin que les préoccupations des citoyens soient au centre de nos politiques publiques « , a-t-il ajouté.

» La présente concertation est donc l’occasion pour les forces vives de la Nation de discuter sur les préoccupations du moment et de l’avenir « , a-t-il conclu. Il a émis son souhait de voir les Maliens poser  » les jalons d’un Mali refondé sur le travail, l’efficience et la justice sociale, un Mali paisible, créatif et solidaire où il fait bon vivre.  »

Il ne parle ni de charte des partis, ni de constitution, mais de  » politiques publiques « , comme si ce sont les politiques publiques qui ont conduit le Mali dans l’impasse. Il parle de  » force vives de la nation « , sans les caractériser. Cette adresse publique du colonel Goita est, à ce jour, le seul document d’orientation politique de son Comité. Il y a bien sûr eu cet  » acte fondamental  » qui est aussi dans le registre d’une autre approximation. Pour l’instant, le débat ne doit pas se focaliser sur la personne, civile ou militaire, qui doit diriger la Transition. Les enjeux doivent être situés au niveau de la durée de cette transition, l’impossibilité de la prolonger, et enfin les taches qu’il faut avoir au programme. Autrement, il faut juste rappeler, à tous, qu’il n’y a pas de démocratie sans partis politiques, sans société civile. Et la politique a des droits que nul ne peut confisquer.

Modibo Sarré

Source : l’Indépendant

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Le colonel Goïta n’est pas bavard ; il est même quasiment invisible derrière son masque. Les rares fois où il prend la parole, quand il y est contraint, il le fait dans un style sans envolée, pour ne pas dire sans irradiation. Sa tenue de soldat antiterroriste qu’il n’a...