Le président du Haut conseil des Maliens de l’extérieur (Hcme), Habib Sylla, est un travailleur assidu qui, depuis des années, ne cesse de se battre pour la cause des Maliens établis à extérieur. Avec son savoir-faire, il a su moderniser et redynamiser le Hcme. Pour preuve, ce sont au moins quinze pays qui sont venus s’inspirer du Hcme. Irréprochable sur le double plan social et professionnel, le président Sylla était l’invité de la semaine de la télévision nationale (Ortm1). Dans un entretien à bâtons rompus, M. Sylla, connu pour son franc-parler, a expliqué notamment les travaux ô combien colossaux abattus par le Hcme ; l’apport précieux et inestimable qu’apportent les Maliens établis à l’extérieur à l’économie malienne ; la problématique des cartes Nina ; la représentation des Maliens de l’extérieur à l’Assemblée nationale ; la transition en cours…. Lisez plutôt !

 

Quel est le profil de l’immigré malien ? 

Habib Sylla : Je pense que c’est plus large. Aujourd’hui, toutes les ethnies maliennes se retrouvent à l’extérieur.  Donc, ce n’est plus la panacée d’une communauté. Toutes les provinces en tout cas sont représentées aujourd’hui. C’est le Malien en miniature qui est à l’extérieur.

Quand on parle de l’extérieur, c’est pratiquement toute la planète ? 

Oui, absolument ! C’est tous les cinq continents. Nous sommes partout.

On parle de 7 millions de Maliens de l’extérieur ; quels sont les chiffres réels ? 

Je pense que si on avait eu la chance d’avoir un recensement adéquat, on ferait le double de ces chiffres dont on parle depuis très longtemps. On a eu malheureusement à chaque fois des systèmes de recensement qui ne sont jamais aller au bout. Aujourd’hui, c’est le Ravec qui est le dernier système qu’on a mis en place. Ce qui nous cause d’ailleurs beaucoup de problèmes.

Vous parlez du double, ça fait à peu près dix millions ?

Pour moi, c’est à peu près la moitié du Mali qui est à l’extérieur. Quand nous prenons la RCI, on parle de 2 millions à 3 millions de Maliens ; le Ghana et le Niger font à peu près la même chose ; les cinq pays de l’Afrique centrale : le Cameroun, le Gabon, l’Angola, le Congo Brazzaville pour ne citer que ces pays-là, comptent 40 à 50 mille Maliens, sans compter l’Europe, l’Asie et l’Amérique. Ça veut dire qu’on va se contenter de ces chiffres justes pour travailler. Sinon, il faut que le Mali fasse l’effort pour qu’on puisse savoir le chiffre réel.

On parle de 600 milliards de franc CFA de contribution à l’économie ; qu’est-ce qu’il en est réellement ?

Là encore, je vais parler du double. Quand on donne ces chiffres, ce sont des chiffres officiels, d’accord ? Mais vous avez d’autres canaux par lesquels les Maliens font parvenir les sous pour leurs familles pour leurs épargnes. Donc, il faut aller vers les 800 milliards de FCFA de contribution à l’économie malienne.

Ces fonds sont-ils judicieusement utilisés ? 

Tout fonds qui arrive a son utilité. Mais ces fonds peuvent être utiles ailleurs, là où ils peuvent être mieux utilisé. Mais jusqu’à maintenant, ce fonds va vers le social. Ce qui me permet de poser le problème parce qu’il faut préparer le retour au pays. Je pense qu’il faut qu’on essaye maintenant de travailler le certificat de travail du HCME avec la participation de tous les Maliens pour sécuriser les compatriotes qui ont cet argent.  Au lieu que ça soit dépenser inutilement, ça va nous permettre de retourner dans une sérénité. Aussi, ça va permettre de participer encore mieux au développement. Si nous sommes tous unis, je pense que ça peut mieux nous aider. Nous sommes tous de l’extérieur. Mais si on n’aime pas le HCME, vous voyez toutes ces bonnes idées vont nous manquer d’une part et d’autres part aussi nous n’allons pas utiliser tous ces facteurs. C’est extrêmement important, parce que c’est ensemble que nous pouvons réaliser beaucoup de choses. On peut créer entre nous Maliens de l’Afrique centrale par exemple des structures qui contribueront à lutter contre le chômage en permettant aux chômeurs d’avoir de l’emploi.

Quand aujourd’hui des structures « relevant » émergent, considérez-vous cela comme un signe de vitalité démocratique ou tout simplement l’incapacité des Maliens de l’extérieur à assurer ? 

Je pense que sur ce point-là, je souhaite qu’on essaye de trouver une solution, parce que ça n’arrange personne que nous soyons dispersés. Le HCME a montré quelque chose d’extraordinaire. C’est pourquoi je ne suis pas le premier président. Mes deux prédécesseurs ont fait le même temps. Je suis à ma 9ème année,  mais s’il vous plait, je crois que depuis que j’ai pris fonction, nous avons eu au moins quinze pays qui sont venus s’inspirer de notre expérience. Parce qu’ils ont vu comment nous arrivons à nous regrouper pour faciliter notre gestion par les autorités des pays d’accueil et celles du pays d’origine. C’est une structure qui facilite la rencontre en tout cas de tout ce beau monde là avec la communauté. Nous sommes l’interlocuteur des autorités des pays d’accueil. Donc, ça c’est un avantage parce que nos ambassades et consulats n’ont pas suffisamment de personnel pour faire face à certains problèmes sociaux de nos compatriotes. Aucune ambassade ne me démentira lorsqu’il s’agit d’un problème d’un parent puisque c’est l’image du Mali aussi qui est terni dans certaines situations. Alors ils sont obligés de faire appel à nous pour prendre en charge ces genres de cas et c’est ce que nous faisons au quotidien. Alors, pour moi, c’est une très bonne contribution par rapport à la gestion  de nos compatriotes.

Vous semblez regretter cette désunion de votre structure, notamment vos relations avec les pouvoirs publics qu’on vous reproche de servir ?

Chacun est libre et c’est ce qui fait la beauté de la démocratie. Chacun est libre de dire de ce qu’il pense, mais ce que les gens oublient, c’est que le HCME ne peut pas être une association d’opposition. Nous nous regroupons dans la diversité. Chacun, sur le plan politique, a sa vision. Au moment des élections, chacun choisit son camp.

On vous reproche d’écarter le Hcme de de ses missions premières, que répondez-vous ? 

(Rires). Je dis qu’il faut savoir assumer. J’ai été élu par des bases ; je suis d’une base. Ce que les gens ne savent pas, c’est qu’on ne rentre pas au Hcme par infraction. Nous sommes organisés. Vous savez, le Hcme est sorti des entrailles de la conférence nationale. Nous sommes au départ même une institution, logiquement. Vous ne pouvez pas rentrer comme ça. Il faut que chaque président de base soit élu par les Maliens de cette base. Lorsque nous sommes arrivés, nous avons trouvé qu’il y a 25 pays où il y avait des doublons. Moi, c’est ce que j’ai hérité de mes prédécesseurs. Donc, mon premier combat était de faire tout avec mon équipe pour qu’il y ait unité, qu’on se retrouve. Nous avons réussi à le faire.

Parlons de la représentation des Maliens de l’extérieur à l’Assemblée nationale, la question est revenue ces derniers temps. 

Il y a des gens qui parlent mais qui ignorent que le problème de l’Assemblée nationale est un problème constitutionnel. Lorsque le HCME est né en 1991, automatiquement on voulait avoir des représentants à l’Assemblée nationale au-delà de nos représentants au Haut conseil des collectivités et au Haut conseil économique. Pour les deux, cas puisqu’il s’agit du Mali, le problème s’est posé. Pour le cas de l’Assemblée nationale, à l’époque les constitutions n’avaient pas évolué dans les pays de résidence. Ce n’était pas la mauvaise volonté du gouvernement. Déjà dans les deux autres institutions, nous sommes représentés. Alors, la situation a évolué dans l’ensemble des pays. Maintenant et certains pays en ont déjà leurs députés à l’extérieur. On a dit que c’est possible maintenant. Mais il se trouve que du côté du Mali, il faut qu’on la touche. Et tous les régimes précédant l’ont essayé sans succès. Et tant que ce problème n’est pas réglé pour essayer de nous insérer dans la constitution. Même la loi électorale, nous figurons.

Il y a une réforme constitutionnelle en cours, vous pensez que c’est possible de vous insérer ? 

Absolument ! Je ne doute même pas là-dessus. C’est vrai que j’avais souhaité qu’on y entre autrement, mais le destin a voulu qu’on passe par là et moi, je crois qu’il faut prendre acte.

Qu’en est-il de la représentation des Maliens de l’extérieur dans la transition ? 

Vous savez, pendant les concertations, nous avons été largement représentés. Nous nous sommes exprimés dans tous les cinq groupes. Mais, nous pensons que nous pouvons dire beaucoup de choses sans tapage. Parce que je pense que les autorités qui sont établies, ce sont des Maliens et chacun d’eux et de nous a des parents à l’extérieur ou chacun de nous a été un Malien de l’extérieur. Donc, ils peuvent gérer le problème comme ça se doit. Et je pense qu’en face nous avons des personnalités de bonne foi qui aussi n’ont aucune raison de ne pas respecter ce droit-là. Puisqu’il y a une loi électorale qui prévoit 60 mille Maliens par député. C’est aussi simple de pouvoir calculer le nombre de députés que nous pourrons avoir. A défaut, on peut nous donner un certain nombre. Je pense que nous méritons cela pour participer activement à ce secteur important de notre pays. Même au gouvernement on avait voulu avoir des représentants. Je ne vous le cache pas, on a même déposé des CV.

On n’est pas déçu mais on a pris acte parce que vu la situation du pays, il faut privilégier tout ce qui peut réunifier le Mali. Mais je ne cesserai de revendiquer dans la discipline pour essayer d’avoir ce que nous méritons d’avoir.

Et la problématique des cartes Nina des Maliens de l’extérieur ? 

Nous avons voulu expérimenter un système : le Ravec. Peut-être que c’est de là-bas qu’il y a le problème. Au départ, on a envoyé, là où nous avons des représentations diplomatiques ou consulaires, des machines. 2, 3 à 4 personnes pour venir s’asseoir dans ces pays ; ce nombre est insignifiant dans certains pays. Il fallait que les gens se déplacent dans des grands pays comme l’Angola, la France, les Etats-Unis pour venir à l’ambassade pour faire ce recensement-là. Ce n’était pas facile et vu l’engouement, les fonctionnaires qui étaient charger de faire ce recensement-là commettaient beaucoup d’erreurs sur les dates de naissance, tantôt les lieux de naissance, etc. Ces genres de fautes nous causaient beaucoup de problèmes. Les cartes Nina aujourd’hui, c’est un problème de correction pour beaucoup. Même là où l’Etat a voulu se rattraper en envoyant d’autres machines, nous avons constaté que quand ça vient à Bamako, ça ne retourne pas. Et comme c’est lié, pour obtenir un passeport et aussi nos documents pour se régulariser vis-à-vis des pays dans lesquels nous sommes établis, c’est un problème. Donc, là, nos compatriotes perdent beaucoup. Aussi, il faut dénoncer même le passeport malien. Nous sommes avec des ressortissants d’autres pays dont le passeport et les documents sont imprimés dans les ambassades et les consulats. A l’intérieur, ils partaient vers les populations et c’est nous qui allions vers ces recenseurs-là. Mais malgré cela, nous sommes punis. C’est pourquoi je dis que soit on dissocie la carte Nina et le passeport, soit on revoit le système. Il est arrivé dans certains domaines ou on a abandonné les systèmes qu’on croyait les meilleurs. Sécuriser nos documents est tout à fait normal, mais il faut vraiment essayer de faire en sorte que ça ne soit pas une punition pour la population.

Parlons des Maliens qui retournent au Mali volontairement ou involontairement. Ils bénéficient de quel accompagnement de votre part ? 

Il faut d’abord saluer le gouvernement, l’OIM et nos partenaires et les conseils de base. Vous savez, parler, c’est facile. Mais ces Maliens savent que même s’il y a de problème, c’est là encore que le Hcme est tenu. Mais les gens font de l’amalgame. Le Hcme n’a pas un budget conséquent pour faire face comme si c’était un gouvernement. C’est le volontariat ; des personnes qui ont envie avec leurs réputation et relations, avec les moyens qu’ils ont dans leur pays aident ceux qui en ont besoin. Ce n’est pas que le gouvernement malien leur donne quoi que ce soit, non. C’est volontaire. C’est pourquoi les autres pays nous apprécient par rapport à cela. Parce qu’il arrive dès fois où ils sont confrontés à des problèmes, mais nous les réglons. Donc, les problèmes on les a connus, surtout vers le côté de l’Afrique du nord. C’est le passage de nos compatriotes pour aller vers l’Europe. Vous savez, si tout le monte écoutait ça, je crois qu’on allait laisser ce passage-là, parce qu’on a plus de dégâts que de réussite. Et puis, l’Europe n’est plus ce qu’elle était. Le travail que les autres ne voulaient pas faire dans leur pays auparavant, ils le font aujourd’hui. Ceux qui reviennent, ils sont toujours reçus en présence d’au moins un représentant du Hcme. Et ils sont logés dans la Maison des Maliens de l’extérieur. Ils y font trois jours, on les contrôle puisqu’il y a le service sanitaire, et chacun regagne sa famille. Ils ont 56 mille francs pour arriver quand même dans leurs familles. Ça, il faut saluer le gouvernement malien. Le budget du HCME est de 40 millions par an. Le reste, c’est nous qui nous débrouillons. Les gens spéculent sur le montant.

La Rédaction 

SourceLe Démocrate

MaliwebCorruptionDiaspora & Immigration
Le président du Haut conseil des Maliens de l’extérieur (Hcme), Habib Sylla, est un travailleur assidu qui, depuis des années, ne cesse de se battre pour la cause des Maliens établis à extérieur. Avec son savoir-faire, il a su moderniser et redynamiser le Hcme. Pour preuve, ce sont au...