La lutte contre la corruption au Mali est le plus grand défi à cause de son ampleur et de la complexité des complicités. A la question « qui profite de la corruption ?» la réponse est de toute évidence ou presque.

Autour des gros poissons et des fonctionnaires indélicats qui abusent du denier public, gravite une constellation de complices parfois naïfs, pour servir de rempart à la forteresse de la corruption. Il va du commerçant sans lequel la surfacturation est impossible jusqu’aux opportunistes et courtisans. En s’attaquant à la corruption, c’est ce beau monde constitué en véritable armée déterminé à entraver toute action judiciaire qui se met en branle. L’arrestation d’éminentes personnalités et la série d’interpellation en cours ont révélés à l’opinion publique toute la complexité de la lutte contre la corruption. L’apparition de l’association ou club des amis et l’offensive sur les réseaux sociaux et les radios privées ne sont qu’un aperçu de la détermination de ceux qui rament à contre-courant de la dynamique enclenchée contre les fossoyeurs de l’économie nationale.
Pour soustraire les personnalités soupçonnées de corruption ou d’indélicatesse, l’armée des présumés vampires ne manque pas d’imagination et d’ingéniosité pour semer la confusion et le doute. Le ministre de la justice et le procureur du pôle économique et financier de Bamako sont aujourd’hui, les cibles privilégiées pour saper le moral de la population et renforcer le doute des sceptiques qui ont perdu confiance en la justice depuis fort longtemps. C’est ainsi l’arrestation des présumés acteurs présentés comme victimes constitue le bouc émissaire idéal pour les vrais fossoyeurs qui continuent de profiter des biens mal acquis en toute sérénité. Le maire du District Adama Sangaré serait lui, victime d’un règlement de compte politique.
Oubliant qu’il vit dans un Etat de droit, l’armée des vampires, dans son désarroi et sa panique, réclame l’arrêt pur et simple des actions judiciaires en cours au motif que leurs bienfaiteurs sont innocents des faits qui leur sont reprochés ou au nom de l’impunité dont bénéficient à leurs yeux les vrais coupables. Sans preuve ni argument valable, l’armée des vampires mène un combat acharné contre la justice du pays en comptant sur la naïveté et l’émotion de la population.
Au regard de l’avalanche des rumeurs et autres délations dont le but est de jeter le discrédit sur les acteurs impliqués dans la lutte contre la corruption et le détournement de denier public, la population doit choisir en toute lucidité son camp en se posant les bonnes questions. Pourquoi, après plus de 50 ans de souveraineté, le Mali ne parvient toujours pas à répondre à hauteur de souhait aux attentes des Maliens ? La misère et la dégradation de l’état du pays sont loin d’être une fatalité.
Figurant parmi les plus grands producteurs d’or et de coton et regorgeant de multiples potentialités en eau, énergie et ressources fauniques, le Mali a tous les atouts pour assurer le plein épanouissement à tous et à chacun. Cependant, malgré ces atouts, le pays végète dans la misère et le recul de l’Etat est devenu un mode de vie. Tandis que le pays s’enfonce dans la misère, quelques privilégiés s’enrichissent en détournant le denier public à des fins personnelles. Aujourd’hui, au regard de l’ampleur de la fraude, du détournement de fonds public et autres indélicatesses révélées par les dossiers du Bureau du Vérificateur Général et des investigations du pôle économique et financier, on peut dire sans risque de se tromper que la mauvaise gouvernance et la liberté des responsables face aux biens publics sont les bourreaux de notre nation. Le déclenchement de la lutte contre la corruption et le détournement de deniers publics est une nouvelle chance pour le pays que chaque citoyen soucieux de l’avenir doit soutenir.
Bouba Sankaré

Source : Le forum

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