En reprenant à son compte le principe du dialogue politique inclusif, le Gouvernement s’assure de le placer dans un canevas qui le vide de l’essentiel de sa substance. Qu’est-ce qui fait alors trembler le Gouvernement ?

À César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu. En ce début d’année, dans la fièvre des concertations, les partis politiques ont rivalisé de propositions de sortie de crise.

Un dialogue inspiré

Le Parti Fare An Ka Wuli, véritable laboratoire d’idées, dans ce foisonnement, a alors préconisé ‘’d’œuvrer la tenue d’un dialogue national refondateur qui permettra aux Maliens de revisiter les institutions de la République et les pratiques démocratiques en cours, afin de proposer les réformes institutionnelles et de gouvernance indispensables, ainsi que les réponses endogènes adaptées’’.

Très méthodique, rigoureux dans sa démarche, le Parti que préside l’ancien Premier ministre Modibo SIDIBE a jugé nécessaire l’adoption d’un chronogramme de mise en œuvre des résolutions issues de ce dialogue national refondateur. En plaçant aussi haut la barre, il n’y a aucune place pour la fuite en avant.

En ce qui le concerne, ‘’l’URD a la très forte conviction que pour sortir de cette crise, notre pays a besoin d’un dialogue politique de haut niveau. Ce dialogue que notre parti réclame avec d’autres forces politiques et sociales doit aboutir à un accord permettant le consensus nécessaire sur les réformes institutionnelles et politiques pour une sortie de crise réussie. Cet accord politique déterminera les mécanismes de l’organisation d’un large débat national sincère, global, inclusif, interactif, dynamique et transparent avec l’ensemble des forces vives de la Nation’’.

La ligne rouge

Ainsi, le Gouvernement, en plus de n’avoir pas eu l’initiative du dialogue politique national (comme c’était le cas avec l’Accord politique de gouvernement), nonobstant la main longtemps tendue du Président IBK, devrait également en subir les modalités dictées par ceux qui sont à son origine dans sa forme actuelle. Pour lui, il n’est pas question de perdre la main. Alors, il recadre, fixe une ligne rouge comme cela apparaît dans le projet de TDR du dialogue politique inclusif : ‘’il faut cependant noter que le dialogue politique inclusif ne sera point une «conférence nationale souveraine », comme celle que le pays a organisée en1991. Elle ne sera pas non plus une porte ouverte à la mise en veilleuse des institutions actuelles et leur remplacement par un régime de transition. Le dialogue devra s’inscrire dans le strict respect de la Constitution et des lois de la République et être un atelier d’incubation d’idées nouvelles pour ramener la paix et la sécurité au Mali d’une part et rénover l’État d’autre part. Il s’agira d’un processus ascendant de partage de réflexions sur les défis existentiels de la Nation partant du niveau local et/ou régional au niveau national’’.

Pour le Gouvernement, fixer des garde-fous est une mesure qui en vaut la peine, sous peine de se brûler les ailes. En effet, le risque est grand de voir le dialogue politique se transformer en tribunal pour faire son procès. La référence expresse à la ‘’conférence nationale souveraine’’ est dictée par le fait que dans l’euphorie des démocraties naissantes, les conférences organisées un peu partout en Afrique ont mis sur le bûcher les anciens régimes.

Le Gouvernement semble bien inspiré de se méfier de tout ce qui peut conduire à une mise en veilleuse des institutions actuelles et leur remplacement par un régime de transition. Et pour cause, des propositions perfides, en tout cas ambiguës venant surtout de l’Opposition, ont foisonné. La dernière en date est mise en place d’une Assemblée Constituante (pour éviter une prorogation du mandat des députés) qui est en fait une institution collégiale détenant un pouvoir lui permettant de rédiger, d’adopter et de réviser une constitution. Or, rappellent des spécialistes, la mise en place d’une assemblée constituante dépend des circonstances.

Un mécanisme lunaire

Premièrement, lorsqu’un État nouveau naît, on met en place une assemblée constituante pour élaborer une nouvelle constitution ou encore à la suite d’un renversement de pouvoir par coup d’État militaire ou une insurrection populaire.

Deuxièmement, on peut mettre en place une assemblée constituante lorsque le pouvoir constituant intervient pour réviser une constitution.

Par ailleurs, l’idée d’une feuille de route avancée par des partis politiques ne semble pas du goût du Gouvernement visiblement réfractaire aux contraintes. Il trouve alors une parade par anticipation dans son projet de TDR : ‘’les idées nouvelles seront formulées en résolutions que le Président de la République s’engagera à assurer la mise en œuvre sous la surveillance d’un comité ad hoc désigné par la plénière du dialogue politique inclusif’’.

Il faut d’abord relever une aberration à ce niveau. Le Président de la République ne travaille sous la surveillance d’aucune structure.

Par contre, en vertu de l’article 54 de la Constitution : ‘’le Gouvernement est responsable devant l’Assemblée nationale dans les conditions et suivant les procédures prévues aux articles 78 et 79’’.

Quant à la responsabilité de la mise en œuvre des résolutions, cela paraît également lunaire, d’autant plus qu’il n’est pas le Chef de l’Exécutif.

Autant dire que ce dialogue politique inclusif qui focalise tous les espoirs est bien parti pour accoucher d’une souris, une grande farce qui grèvera encore un peu plus le budget national. Mais, il ne faut quand même pas attendre d’un gouvernement à la peine de se faire hara-kiri.

PAR BERTIN DAKOUO

Info Matin

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En reprenant à son compte le principe du dialogue politique inclusif, le Gouvernement s’assure de le placer dans un canevas qui le vide de l’essentiel de sa substance. Qu’est-ce qui fait alors trembler le Gouvernement ? À César ce qui est à César, à Dieu ce qui est à Dieu. En...