Malgré l’investiture de son candidat, le 14 avril dernier, l’Adéma/PASJ peine toujours à mettre fin à l’impasse en son sein. Si la désignation de Dramane Dembélé a pu mettre fin aux tractations engendrées par les primaires, de nombreuses équations restent jusque-là sans réponse dont le retour des cadres indécis. Comme l’auteur Amadou Hampaté Bah, on peut parler de l’étrange destin de l’Adéma/PASJ qui est gagné par le syndrome de la division à chaque élection présidentielle depuis 2002.

DRAMANE DEMBELE CANDIDAT ADEMAEn décidant de mobiliser les cadres autour de sa candidature, Dramane Dembélé pensait prévenir une catastrophe. Sa démarche semble avoir montré toutes ses limites. A preuve : un mois plus tard, la campagne du candidat désigné n’a engrangé aucun résultat tangible.

Les fleurs jetées par Dramane Dembélé aux deux anciennes têtes de proue du parti, Alpha Oumar Konaré et Dioncounda Traoré, et à ses concurrents malheureux aux dernières primaires ne semblent pas produire les effets escomptés. Le 24 avril dernier, un cacique du CE a claqué bruyamment la porte des instances de la Ruche.

Soumeylou Boubèye Maïga, puisque c’est de lui qu’il s’agit, qui n’avait pas totalement affirmé sa démission de l’Adéma, semble avoir finalement tourné le dos à « l’essaim d’abeilles ». Selon des sources, SBM, à la tête d’une importante colonie serait en train de peaufiner les documents de création de son propre parti.

Une décision qui prouve que le divorce de l’ancien 5e vice-président d’avec l’Adéma est consommé. Les raisons avancées par l’ancien DG de la SE pour notifier sa démission risquent d’être développées dans ses prochaines sorties sous la bannière de sa nouvelle formation.

Ceux qui pensent que le départ de SBM est de bon augure pour l’Adéma risquent d’être surpris, car l’homme pourrait (avec son nouveau parti) continuer à évoluer dans l’Internationale socialiste. L’Adéma et son candidat seront contraints de le côtoyer en son sein.

La campagne du candidat de l’Adéma ne semble convaincre les caciques comme Adama Sangaré, Adama Noumpounou Diarra, Me Kassoum Tapo, Oumou Traoré…

Il y a un an, Adama Sangaré, était au cœur des suspicions dans l’Adéma pour ses accointances avec le camp Modibo Sidibé. Le maire du district de Bamako a même failli être appelé à clarifier sa position par les Ruchers. Mais le coup d’Etat est venu mettre les choses en veilleuse. Avec la redistribution des cartes lors des primaires, Adama Sangaré n’a pas posé d’actes pour démentir les intentions de départ qu’on lui prête.

Ce militant de la section Adéma de la Commune III et d’autres camarades se voient, dit-on, dans l’obligation de soutenir un frère du même quartier en la personne de Modibo Sidibé, candidat des Fare.

 

Malice politique et guerre sourde

Un tel raisonnement pourrait conduire Abdel Kader Sidibé, un des 18 prétendants malheureux des primaires, à rejoindre le camp Modibo Sidibé. Ce qui ne sera pas pour autant surprenant, car le maire de la Commune III est tenté par un départ depuis son bras de fer avec le candidat du parti au poste de président de l’Association des municipalités du Mali, Boubacar Bah dit Bill.

Adama N. Diarra, membre influent de la section de Sikasso, autre candidat malheureux aux primaires, est -dit-on- découragé comme son camarade Me Kassoum Tapo qui a publiquement exprimé son indignation à la 2e conférence nationale de l’Adéma le 14 avril dernier.

Oumou Traoré, une militante engagée du parti n’est plus elle aussi en vue. Est-elle aussi gagnée par le découragement comme d’autres cadres du parti qui requièrent l’anonymat dès qu’il s’agit d’évoquer le candidat désigné ? Dans un témoignage publié dans la presse en faveur de Dramane Dembélé, de nombreux aînés du candidat préfèrent utiliser un masque. Que cache un tel comportement ? En tout cas, il y a anguille sous roche.

Pour des analystes politiques, cette façon de faire procède de la malice politique. « On fait semblant de soutenir le candidat le jour, mais de faire autre chose la nuit », peut-on croire.

Les partisans d’une telle pratique peuvent savourer la victoire, car l’ancienne machine électorale est déjà sonnée par l’adoption de la nouvelle carte électorale Nina. C’est vrai que le parti sait où se trouvent les électeurs, mais il aura du mal à trouver preneurs fictifs pour des cartes d’électeur personnalisées, biométriques.

Le candidat risque d’être le seul principal bailleur à la campagne présidentielle pour avoir fait croire qu’il en a les moyens. Le découplage de la présidentielle des législatives pourrait bien profiter aux acteurs du double-jeu qui peuvent espérer la pluie et le beau temps.

Les candidats potentiels aux législatives peuvent épargner leurs ressources financières pour les campagnes à des élections de proximité et quasi individuelles.

Le slogan de campagne du candidat de l’Adéma risque de se retourner contre le parti. On se demande comment un candidat visé par la justice pour des malversations portant sur plusieurs milliards de F CFA peut incarner le  »changement » ? Du côté de la Ruche, on botte en touche en estimant que ce dossier a été classé sans suite. Erreur !

Et c’est bien cela l’étrange destin de l’Adéma/PASJ

Markatié Daou