Le Médiateur de la CEDEAO, l’ancien Président du Nigéria, Goodluck Jonathan, pour sa 3e mission dans notre pays pour suivre et faire participer les parties prenantes à la mise en œuvre des décisions et de la Feuille de route approuvées par l’Autorité des chefs d’État et de gouvernement de la CEDEAO après leur Sommet virtuel extraordinaire tenu le 27 juillet 2020, ne fait pas carton plein. Quelles sont alors les connus et les inconnus de cette crise qui devient de plus en plus inextricable ?

 

Pour l’atteinte des objectifs de sa mission, l’ancien Président nigérian avait trois rencontres déterminantes dans son agenda indépendamment de celles tenues avec les chancelleries. La première avec l’Imam Mahmoud DICKO, chez lui, le mardi 11 août, après le meeting organisé par le M5-RFP qui s’est prolongé en sit-in jusqu’à la démission du Président IBK et de son régime.
La deuxième rencontre a conduit l’Emissaire de la CEDEAO à Nioro du Sahel, le mercredi 12 août 2020, pour rencontrer Mohamed Ould Cheicknè HAIDARA dit Bouyé, autorité morale des Hamallistes et conseiller de l’Imam Mahmoud DICKO, lui-même autorité morale du M5-RFP.
De retour dans la capitale, pour la troisième rencontre, Goodluck Jonathan était face aux responsables du M5-RFP. A l’occasion, le Médiateur de la CEDEAO a exprimé le souhait d’une rencontre, hier mardi, entre le Président IBK et ses interlocuteurs sous ses auspices. A ce propos, le Président du Comité stratégique du M5-RFP, Dr Choguel Kokalla MAIGA, déclare à sa sortie d’entretien : « Il (Ndlr : le Médiateur de la CEDEAO) a souhaité que cette rencontre entre le M5 RFP et le président de la république Ibrahim Boubacar Keïta puisse se tenir dès demain avant son retour. Nous lui avons indiqué que nous allons nous référer au comité stratégique du M5 RFP, qui est convoqué en urgence ce soir même. Nous lui donnerons la suite dans la nuit ».
La réponse est tombée comme promis ; mais le souhait du Médiateur n’a pas été exaucé : le M5-RFP ne rencontrera pas le Président de la République qu’il appelle, depuis l’entrée en vigueur de la campagne de désobéissance civile, le 10 juillet 2020, Monsieur Ibrahim Boubacar KEITA. Cette réponse en réalité cache mal le dilemme dans lequel se trouve le Mouvement de contestation.
D’une part, il est ouvert au dialogue et son chef spirituel et morale, Mahmoud DICKO, a prôné cette voie, pas plus que le mardi 11 août au cours du meeting géant qui a été organisé à la Place de l’Indépendance.
D’autre part, en allant rencontrer IBK à Koulouba ou n’importe où ailleurs, cela reviendrait à le reconnaître comme Président de la République. Ce qu’ils ont banni de leur vocabulaire depuis ce 10 juillet, nonobstant quelques lapsus linguae et calami.
Faut-il alors croire que l’on est dans l’impasse et céder à la fatalité ? Avant toute chose, serait indispensable de faire le point de la situation.
Dans la catégorie de ce qui est connu, on peut ranger l’exigence de la démission du Président de la République et de son régime sur laquelle le M5-RFP¨ reste constant, en tout cas dans certaines de ses composantes.
Par rapport à cette exigence, la réponse de la CEDEAO est également on ne peut plus claire : ‘’la Mission rappelle également l’importance et la nécessité du respect des Institutions de la République notamment les voies constitutionnelles pour l’accession au pouvoir et ce, conformément au Protocole sur la démocratie et la bonne gouvernance de la CEDEAO. Aucune forme de changement non constitutionnel d’accession au pouvoir ne sera acceptée par la CEDEAO’’.
Il est également connu que le Président de la République s’est mis sur le réculoir relativement à la Cour constitutionnelle dont il a abrégé le mandat des membres et nommé de nouveaux qui ont prêté serment devant l’Assemblée nationale le 10 de ce mois.
Il est connu que le mémorandum du M5-RFP est caduc comme l’a affirmé le Président du Comité stratégique, le Dr Choguel Kokalla MAIGA.
Cependant il y a une inconnue qui découle de ce paragraphe la Déclaration N°0003-CS/M5-RFP sur le Communiqué de la Mission de Médiation de la CEDEAO : ‘’en ramenant ainsi le règlement de la crise malienne à des questions purement électorales et à l’entrée du M5-RFP dans un gouvernement dit « d’union nationale », la Médiation de la CEDEAO méconnaît gravement les objectifs de refondation de l’Etat du Mali nourris par les Maliennes et les Maliens à travers ce vaste mouvement populaire’’.
Subsidiairement à cette exigence, ni les acteurs ni les mécanismes de la refondation ne sont clairement lisibles.
Ensuite, il y a ce paragraphe de la déclaration ci-dessus référencée qui gagnerait à être élucidé : ‘’par ailleurs, les arrangements institutionnels proposés par la Mission de la CEDEAO constituent un modèle typique de violations de la Constitution du Mali, alors que le M5-RFP, lors des différents échanges, s’est inscrit dans le respect des dispositions constitutionnelles du Mali, des protocoles et engagements communautaires’’. Parce que dans le Mémorandum on pouvait lire : ‘’cependant, le M5-RFP, conscient de ses lourdes responsabilités en ces moments critiques, prenant en compte les nombreuses sollicitations dont celles de l’Imam Mahmoud Dicko, et en signe d’esprit d’ouverture au dialogue, exige la mise en place de cette Transition dans les conditions ci-après :
1- La dissolution immédiate de l’Assemblée nationale ;
2- 2- La mise en place d’un organe législatif de transition ;
3-Le renouvellement intégral des membres de la Cour constitutionnelle (…) ’’ qui sont autant de violations de la Constitution.

In fine, une des équations, sinon la principale équation de la crise que traverse le pays porte sur sa perception et son appréhension divergentes par les uns et les autres. Cela rend indispensable une compréhension commune et partagée et concepts et des situations auxquelles il faut faire face.

PAR BERTIN DAKOUO

Source : INFO-MATIN

MaliwebPolitique
Le Médiateur de la CEDEAO, l’ancien Président du Nigéria, Goodluck Jonathan, pour sa 3e mission dans notre pays pour suivre et faire participer les parties prenantes à la mise en œuvre des décisions et de la Feuille de route approuvées par l’Autorité des chefs d’État et de gouvernement de...