Alors que le gouvernement du Mali s’est engagé depuis 2006 à mettre en concession l’aéroport de Bamako Senou, le premier ministre malien Boubou Cissé essayé d’octroyer cette concession à une société étrangère proche des membres de sa famille en défavorisant l’État malien. Nord sud journal a obtenu des documents officiels permettant de retracer l’histoire de ce qui peut être le nouveau scandale financier au Mali.

 

C’est une sortie sur les réseaux sociaux d’un député malien qui a attiré l’attention. « Tentative de vente des Aéroports du Mali. À qui profite le crime ??? En tout cas pas au MALI qui va perdre sa souveraineté sur ce lieu sensible et stratégique. Et nous comprenons mieux maintenant les agissements du PDG nommé à dessein », a écrit Assane Sidibé, député Yelema en commune IV de Bamako, sur son compte Facebook, le 20 mai dernier.

Après enquête, Nord sud journal a obtenu en exclusivité des documents officiels tirés des archives de l’administration malienne sur cette mise en concession de l’aéroport du Mali pour une durée de 30 ans. Tout a commencé le 13 novembre 2006 quand le Mali a signé un accord de don de près de 92 milliards des francs CFA du gouvernement américain pour l’extension et la modernisation de l’aéroport de Bamako Sénou. L’un des points de cet accord est la mise en concession de l’aéroport de Bamako dans le cadre d’un partenariat public-privé (PPP).

L’appel d’offre international

Les travaux de l’aéroport ont démarré et le gouvernement malien lance l’appel d’offre international de la mise en concession de l’aéroport de Bamako Senou en 2011. Deux sociétés étrangères, la société SNC-Lavalin, une société canadienne, et SEGAP-EGIS Projects, une société française, en partenariat avec Mamadou Sinsy Coulibaly, l’actuel président du patronat malien, avaient été finalistes.

Finalement, c’est la société SNC-Lavalin, partenaire du régime de Kadhafi, un ami de l’ancien président ATT qui a remporté l’appel d’offre pour la gestion de l’aéroport de Bamako Senou pour une durée de 30 ans. Le 23 novembre 2011, par lettre N°2111/MET-DFM, le ministère malien des transports qui conduisait cette opération a informé SEGAP/EGIS Projects, qu’elle n’a pas été retenue et que c’est SNC-Lavalin qui a remporté l’appel d’offre.

En temps, la Libye de Kadhafi tombe dans la guerre, et SNC-Lavalin a fini par mourir avec le régime de Kadhafi en 2011. Ainsi SEGAP/EGIS Projects qui était classé deuxième revient à la charge et obtient l’analyse à nouveau de son offre. Entre temps, le Mali est lui aussi plongé dans le chao par le Coup d’Etat militaire de 2012 et l’occupation du nord par les groupes armés djihadistes.  L’affaire est suspendue, tout comme les travaux de l’aéroport de Bamako jusqu’à 2013, lorsqu’une lettre datée du 18 juillet de SEGAP/EGIS projects est parvenue au ministère des transports  demandant la suite réservé au processus.  Le ministère malien des transports a répondu qu’il est favorable à la reprise du processus du dossier, mais entretemps, le président IBK a été élu et une nouvelle administration s’est mise en place.

Quelques temps après, les travaux de aéroport Bamako Senou ont repris. Aujourd’hui, l’aéroport en question est fonctionnelle grâce à un financement de la Banque Islamique de Développement (BID), de l’OPEP, du Fonds Koweotien et du gouvernement malien. Ainsi 10 ans après le premier appel d’offre, la commission chargée du processus de la mise en concession de l’aéroport de Bamako Senou a alors demandé au ministère des transports de procéder à un nouvel appel d’offre prenant en compte la situation actualisée de l’aéroport.

Au parfum du gré à gré

Le dossier sur le point d’aboutir, et des dizaines des milliards sont en jeu. C’est en ce moment là que le premier ministre malien Boubou Cissé a choisi pour rentrer dans la danse. Pour un premier temps, Boubou Cissé déplace le dossier du ministère des transports pour le loger au ministère des finances qu’il dirige lui-même. Dans un second temps, au lieu de lancer un nouvel appel d’offre international comme préconisé par la commission pour la mise en concession de l’aeroport, Boubou Cissé, conseiller par son cousin Babou Sylla du cabinet Brisla va procéder par un autre grotesque montage. Le premier ministre, sachant que SNC-Lavalin n’existe plus a alors dit au lieu de lancer un nouvel appel d’offre, il fallait simplement demander aux deux sociétés finalistes d’actualiser leur offre. Incroyable mais vrai ! Et pour cause entre temps, le frère aîné de Boubou Cissé, Baba Cissé a rejoint la Team, SEGAP-EGIS-Mamadou Sinsy Coulibaly.

C’est ainsi qu’une demande a été envoyé aux deux sociétés d’actualiser leurs offres pour la gestion de l’aeroport de Bamako sur une période de 30 ans. Naturellement, SNC-Lavalin qui n’existe plus n’a pas repondu, contrairement à SEGAP-EGIS partenaire de Mamadou Sinsy Coulibaly et Baba Cissé. Ainsi l’affaire tourne au parfum du gré à gré, au détriment des intérêts du Mali qui allait obtenir un meilleur offre s’il avait mis des sociétés multinationales en compétition pour la mise en concession de l’aéroport de Bamako Senou.

Le 15 mai dernier, au patronat malien, le premier ministre malien a convié les parties prenantes à l’ouverture des plis de ce qui prétend être une nouvelle offre des sociétés en compétions pour la mise en concession de l’aéroport de Bamako Senou. Il s’agit en effet d’un gros montage pour faire gagner une société étrangère au détriment des intérêts du Mali. Les maliens vont-ils fermés les yeux sur cette nouvelle arnaque ?

Nordsud Journal

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Alors que le gouvernement du Mali s’est engagé depuis 2006 à mettre en concession l’aéroport de Bamako Senou, le premier ministre malien Boubou Cissé essayé d’octroyer cette concession à une société étrangère proche des membres de sa famille en défavorisant l’État malien. Nord sud journal a obtenu des documents...