La situation actuelle au Mali est un paradoxe qu’on ne retrouve peut être que dans les jeunes démocraties, particulièrement en Afrique. Après avoir témoigné, à deux reprises, sa confiance au président IBK, le peuple (en partie) s’insurge pour réclamer le départ forcé des institutions issues des urnes. En effet la rue menace, dans le cadre de la désobéissance civile, de faire front pour démettre, “bon gré et mal gré”, le chef suprême et l’AN dont le président est très contesté.

La question de l’illégitimité de ces deux institutions intrigue. D’abord, le M5 n’est qu’une fraction du peuple. Et la Constitution attribue la souveraineté au peuple entier. On suppose également qu’une majorité silencieuse pourrait bien soutenir le régime le moment venu. Mais si on se fie  à l’ampleur du grondement  général, l’illégitimité du régime, accusé de tous côtés de mauvaise gouvernance, paraît  incontestable. Si la majorité  demeure silencieuse, c’est, peut-être, parce qu’elle ne peut défendre le bilan exécrable du régime. Donc finalement, ce régime, démocratiquement élu par la majorité des électeurs, n’a plus de soutien visible. Les partis de la majorité, tapis dans l’ombre, n’ont pas réussi à  mobiliser pour la défense du président.

Ensuite, le M5-RFP, fort du soutien du très respecté  Dicko, a réussi à  convaincre  le monde  entier  de l’illégitimité  de ces institutions jugées “mal élues”. En effet  à  son appel, le peuple, une foule innombrable,  répond pour réclamer le départ du régime d’IBK. Enfin, les tentatives d’apaisement, infructueuses parce que la main du président est restée tendue, montre que le Chef d’Etat  n’est plus capable de réconcilier les différentes fractions du peuple. Il ne peut donc plus rassembler les maliens autour des problématiques cruciales que sont le terrorisme, la délinquance financière, le désordre économique et social. Le divorce semble consommé entre les parties prenantes. On assiste impuissant  à un dialogue de sourds   entre opposition  et  majorité. La médiation, tentée  par la CEDEAO, s’est soldée  par un échec.

Tout  cela  conduit à conclure q’ IBK  et  son régime ne sont plus légitimes. Toutefois, comment déloger un régime illégitime mais démocratiquement élu?  C’est désormais la question existentielle qui préoccupe. Les juristes, constitutionnalistes, les politologues et la rue spéculent. Les solutions proposées sont soit anti- institutionnelles soit inacceptables pour les acteurs sociaux.

Pour la résolution de cette crise multidimensionnelle, on ne peut que compter sur les solutions endogènes. Donc les maliens vont devoir s’écouter et dépasser leurs altérités réciproques. Le président doit désamorcer la bombe en commençant  par  la dissolution de l’AN, par application de l’article 42 de la Constitution. On rappellera que la reconstitution de la Cour Constitutionnelle  est un préalable incontournable. Pièce maîtresse de la démocratie participative, elle veillera, en toute indépendance et impartialité, à la mise en œuvre  des mesures de  décrispation  conforme  au droit.

Les nouvelles élections législatives devront être organisées par la nouvelle équipe gouvernementale restreinte, qui n’a d’autre vocation que celle d’entériner les projets de sortie de crise. Elle sera l’interlocuteur privilégié pour le M5-RFP, désormais contraint au  pourparler. L’actuelle  équipe  ministérielle  devra être remplacée par un gouvernement d’union, une équipe restreinte de technocrates,  pour gérer la transition jusqu’en 2023. Le pays  a besoin  d’une  stabilité  et   surtout, il faut  se  défaire  des  considérations  partisanes.

Dr Moussa Dougouné

Source: Le Pélican
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La situation actuelle au Mali est un paradoxe qu’on ne retrouve peut être que dans les jeunes démocraties, particulièrement en Afrique. Après avoir témoigné, à deux reprises, sa confiance au président IBK, le peuple (en partie) s’insurge pour réclamer le départ forcé des institutions issues des urnes. En effet...