Le Mali vit les pires moments de son existence. Mal gouvernance, situation sécuritaire chaotique, crise financière sans précédent, le pays connait actuellement des foyers allumés et ravivés à cause de la mauvaise gestion de celui-là même à qui les Maliens ont accordé leur suffrage à plus de 77%. La forte demande sociale, manifestée à travers une cascade de préavis de grèves et de grèves, est l’expression d’un malaise profond qui existe partout dans le pays. Au même moment, l’insécurité gagne du terrain. Une situation dramatique, chapotée par une mauvaise gouvernance endémique avec son lot de scandales financiers. Et face à cette triste réalité, le régime, faute de vision, n’a plus de remèdes aux maux du Mali.

ibrahim boubacar keita ibk chef etat mali

Le Mali va de plus en plus Mali. Une réalité patente. Aujourd’hui, les Maliens lambda sont déboussolés par la situation qui prévaut dans leur pays. « Personne ne sait où va le pays », se lamente un vieil homme, D. Tangara, nostalgique des années d’avant 2012. « Ce beau Mali qui faisait notre fierté en tout simplement en ruine, du fait du comportement de ses dirigeants », soutient-il.

Ce sentiment exprimé par Tangara est celui de la quasi-totalité des Maliens, spécifiquement des travailleurs qui multiplient les actions de désapprobation à l’adresse du pouvoir, et réclament l’amélioration de leurs conditions de vie et de travail. Justice, santé, éducation…tous ces secteurs, à travers leurs syndicats, connaissent des tensions. Et face au laxisme de l’Etat, la grève est semble-t-il devenue la seule arme des syndicalistes. Ainsi, depuis des mois, le pays vit au rythme des débrayages.

Ainsi, depuis le 9 mars dernier, les structures sanitaires (hôpitaux, centre de santé)  sont paralysés, suite  au mot d’ordre de grève illimitée du syndicat national de la santé, de l’action sociale et de la promotion de la famille (SNS-AS-PF) et celui de la fédération des syndicats de la santé et de l’action sociale (FESYSAM). Dans les hôpitaux, le mouvement  est fortement ressenti par les populations qui ne savent plus à quel  saint se vouer. Et les gouvernants, souciés de leur seul confort, font la sourde oreille face à des syndicalistes déterminés à mener leur action (la grève) jusqu’au bout.

Au même moment, des milliers de scolaires sont dans la rue ou à la maison à cause de la grève  de 9 jours (lundi 13 au jeudi 23 mars 2017) décrétée par six syndicats de l’enseignement  fondamentale et du secondaire : syndicat libre et démocratique de l’enseignement fondamental (Syldef), syndicat national de l’éducation de base (Syneb), syndicat national des enseignants de secondaire de l’Etat et des collectivités (Synesec), syndicat national des enseignants fonctionnaires des collectivités (Synefct), fédération nationale de l’éducation de la recherche et de la culture (Fenarec), et le Syndicat des professeurs de l’enseignement secondaire des collectivités (Sypesco).

Ces syndicats revendiquent l’adoption d’un statut autonome de l’enseignant ; l’harmonisation des salaires des enseignants maliens sur ceux de la sous-région ; l’augmentation de l’indemnité spéciale de responsabilité pour les enseignants des catégories A, B et C ; la régularisation de la situation administrative et financière des camarades sortants de l’EN Sup (nouvelle formule) au même titre que ceux de l’ENI et de l’IPR-IFRA ; et la conformité de la relecture de l’Arrêté 3282 du 11 août 2016 avec les recommandations de la lettre de protestation des différents syndicats. Ce bloc de syndicats menace, en outre, de retenir les notes si le procès-verbal de conciliation du 8 janvier 2017 n’est pas appliqué par le gouvernement.

L’enseignement supérieur n’est pas épargné. Le Snesup a aussi enclenché, le mardi 14 mars dernier, une grève de 72 heures. Cette grève dite « d’avertissement » intervient après une précédente (de 48h) observée la semaine dernière.

Le Snesup interpelle le gouvernement sur le non-respect de ses engagements ainsi que la recrudescence de la violence dans l’espace universitaire.

Il existe actuellement un véritable problème entre le gouvernement, qui prend des engagements à tout vent, et ses partenaires sociaux. Les engagements et les promesses sont, sans doute, le sport favori du régime en place qui avait aussi promis la fin de la crise au nord du Mali.

En effet, les Maliens ont découvert dans les premiers actes de « l’Homme de la situation » des signes évidents de rupture entre son discours électoraliste et la réalité. Au-delà de toutes les promesses irréalisables pendant la campagne électorale, IBK avait « juré » de « bâtir un nouvel Etat » avec une « méthode, des moyens et des outils ».

Au lieu de ça, le peuple découvre un régime corrompu avec des scandales à gogo, des voyages princiers à l’étranger, une armée affaiblie et moins équipée, une méthode de gouvernance qui met la famille et les affidés au centre de la gestion des affaires publiques, une insécurité grandissante et l’éloignement de tout espoir de paix.

L’insécurité avec ses morts

Aujourd’hui, le mandat d’Ibrahim Boubacar Kéïta s’annonce comme étant la période la plus sanglante de l’histoire du Mali. Depuis son arrivée à la tête du pays, en septembre 2013, les années se succèdent, plus meurtrières les unes que les autres. La nation n’en finit pas de compter ses morts après les drames du Radisson, de Nampala, du Byblos, de La Terrasse et bien d’autres actes isolés de meurtre et d’assassinat. Si le nord du Mali était la principale préoccupation de la situation sécuritaire, aujourd’hui le centre des soucis s’est déplacé vers le centre, la région de Mopti, à laquelle il faut associer celle de Ségou et Sikasso. En effet, l’année 2017 a déjà fait entre 100 et 200 victimes, civiles et militaires, selon certaines sources. De l’hécatombe de l’attentat à la voiture piégée du MOC de Gao le 18 janvier, à l’attaque de la foire de Fafa le 13 mars, les Maliens perdent la vie à un rythme infernal.

En 2013 et 2014, des centaines de Maliens ont perdu la vie à cause de la grave situation sécuritaire qui sévit dans le pays depuis 2012. L’année 2015 a connu de grands attentats terroristes à l’image de la Terrasse (6 morts) et du Radisson Blu (22 morts) à Bamako et du Byblos (13 morts) à Sévaré-Mopti. 2016 a vécu avec son lot d’attentats à la roquette, de pose de mines, d’attaques armées, d’embuscades, d’assassinats ciblés, d’exécutions sommaires etc.

Déjà en 2017, il y a eu plus de 200 morts en l’espace de deux mois et demi.

Où est la « tolérance zéro » ?

Aussi,  le président de la République n’a posé aucun grand chantier et/ou d’acte de développement en trois ans. La faute ? Sans conteste, à sa mauvaise gouvernance, corollaire d’une gestion criblée de scandales financiers qui paralysent le fonctionnement de l’Administration, asphyxient l’économie et ternissent l’image du Mali. De l’avion présidentiel aux 1000 tracteurs, en passant par le contrat d’armement et les engrais frelatés, tous les scandales dégagent une forte odeur de corruption et de détournements de grande envergure. Or, dans son projet « Le Mali d’abord », le candidat IBK avait promis la « Tolérance zéro » en matière de corruption et de vol de deniers publics.

La généralisation de la corruption a pour effet de freiner le développement global du Mali. Conséquence : le peuple malien est dans un état de dénuement généralisé. Plus que jamais, le quotidien et le devenir des Maliens sont compromis. Le mode de gestion des affaires publiques a instauré un marasme économique et une crise financière sans précédent. Parce que les ressources financières qui auraient dû être injectées dans le développement du pays et la gestion du quotidien des Maliens ont été allouées à des fins de privilèges présidentiels.

De 2013 à nos jours, le président et son gouvernement ont essuyé de sévères critiques relatives à la mauvaise gestion des ressources publiques. L’opposition politique, des associations et même le Fonds monétaire international (FMI) ont mis le doigt sur plusieurs scandales de surfacturation et de corruption. Ces scandales largement connus n’ont, jusqu’ici, fait l’objet d’aucune sanction.

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