Dr Assadeck Ag Ahamady, professeur d’université vivant en France, a posé quelques questions à Habib Dembélé dit Guimba National, candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2018. Célèbre comédien, l’époux de Feue Fantani Touré, a été candidat à la magistrature suprême en 2002. La rédaction du journal « Le Challenger » a choisi trois des douze questions répondues par Habib Dembélé.

habib-dembele-guimba-humoriste-comedien

Vous vous présentez à l’élection présidentielle prochaine. En quoi cette candidature répond aux aspirations de changement de la population malienne ?

Habib DEMBELE : Les Maliens dans leur immensité, pas ceux qu’on voit à la télévision d’Etat remercier le Président de la République pour telle ou telle action, donnant l’impression que ce sont des raisons aux couleurs électoralistes (ils ne sont pas tous forcément ses amis, car le chemin de l’hypocrisie longe de tout temps celui de la sincérité), mais ceux-là qui ont faim, ceux-là qui ne peuvent pas se soigner, ou qui se soignent par tâtonnement, ceux-là dont les enfants sont défavorisés sur le plan des études, ces enfants dont les conditions sont prises en otage pour faire en sorte que le fils du cordonnier reste cordonnier, pour que le fils du petit laboureur reste laboureur de champs alimentaires, pour que le fils de l’apprenti conducteur reste conducteur ou au mieux chauffeur, pour que le petit commerçant soit petit boutiquier, ceux qui appréhendent la fin du mois pour le loyer, l’électricité, les remboursements des petites dettes contractées auprès des connaissances…pour que le fils du petit demeure tout-petit au mieux petit…tous ceux-là, qui après avoir pu manger aujourd’hui disent Dieu merci pour aujourd’hui, puisses-tu nous faciliter le « dum ka fa » de demain….

Ces Maliens semblent donc visiblement désespérés quant à l’avenir du pays commun, et à leur propre devenir, et ils tiennent pour responsables les politiques qui leur ont fait des promesses d’espérance. Visiblement, ceux-là, dont le vote réel est déterminant pour le résultat des élections, ont perdu espoir en ceux qui les ont fait rêver, ils veulent quelqu’un de nouveau, car comme le disent les connaisseurs, ” On ne peut avoir assez de ce qu’on n’a jamais goûté”. C’est vrai que je n’en suis pas à ma première expérience, mais ceux-là savent que je ne suis pas un vieux nouveau.

Quel est votre avis sur l’état du pays après les 5 ans d’IBK ?

Comme je le répète souvent, nous ne ferons campagne contre personne, nous feront une campagne pour le Mali qui est nôtre, « Mali ye an be de ta ye ». Nous allons essayer de faire une campagne civilisée. La plupart des responsables du Mali sont des frères et amis, nous ne souhaitons jamais déchirer ni une amitié, ni une fraternité, car chacune de ses valeurs a une âme, c’est cette grande âme qui fait battre le cœur du Mali qui nous appartient à tous. Son excellence Ibrahim Boubacar Keita, malgré tout l’effort qu’il a fourni avant et après son élection, effort consistant à mettre son amour du Mali en avant, l’attachement de son cœur au Mali, pendant l’exercice de son pouvoir, s’est retrouvé entouré de vautours, de personnes qui ont trahi l’objectif qu’il dit vouloir défendre, de personnes vivant indécemment à ses dépends et aux dépends du Mali, des personnes qui n’ont pas, par méchanceté ou par naïveté, aidé le Président de la République. On ne voit son ennemi le plus proche que quand il est trop tard, Et quand le bras a failli, l’on en punit la tête.

Et la démocratie des 26 dernières années ?

La démocratie, comme le dit Churchill, est le pire des systèmes de gouvernance qu’on ait inventé, mais pour l’instant, ajoute-t-il, on n’en a pas de mieux. Mais Tocqueville, encore lui, avait dit bien avant Churchill, que la démocratie est un fait providentiel. La démocratie chez nous est née dans la douleur, ceux qui en constituaient le garant, ont été les premiers à stopper sa croissance avec les pratiques que nous savons…. Et dans le même temps, pour que les populations soient informées, et parce que les dirigeants n’avaient pas de volonté politique poussée, ils se sont limités à leur filer la plus simple traduction : Bè jè fanga, très juste et pareil dans les autres langues de chez nous.

Guimba National ne parle pas les autres langues et il en a honte. Au-delà de cette traduction BE JE FANGA en bamanankan, et celles dans les autres langues, la plupart des concitoyens ne peuvent pas expliquer ce que c’est que la démocratie, des gens semi-lettrés comme Guimba ne peuvent pas aller un mètre de plus en profondeur sur des milliers de kilomètres en profondeur. Le peuple du Mali s’est aussitôt retrouvé inconsciemment dans la position de complice des responsables malins, oui c’est bien le mot – malin – le peuple s’est trouvé complice de la détérioration du pays. Les vautours pouvaient donc se pavaner en toute liberté au milieu des cadavres… Evidemment que cette ignorance inconsciente arrange ceux qui auront pris goût au pouvoir…. Voilà, à mon avis, comment la démocratie dont le Mali aurait du profiter depuis 26 ans est en passe de devenir le cauchemar du Mali.

 

Source:  Le Challenger

 –
MaliwebPolitiqueibrahim boubacar keita
Dr Assadeck Ag Ahamady, professeur d’université vivant en France, a posé quelques questions à Habib Dembélé dit Guimba National, candidat déclaré à l’élection présidentielle de 2018. Célèbre comédien, l’époux de Feue Fantani Touré, a été candidat à la magistrature suprême en 2002. La rédaction du journal « Le Challenger...