Fermeture des écoles en cette veille des examens, mobilisation à coups de centaines de millions CFA des populations, frustration des chefs de village et de leurs conseillers payés au lance-pierre, dilapidation des fonds publics, violences contre les journalistes…


 La visite de 72 heures du Chef de l’Etat dans la « capitale des Balanzans » n’a pas tenu toutes ses promesses.

Censée lui servir de tribune pour annoncer sa candidature à la présidentielle du 29 juillet prochain et, du même coup, lui donner une sérieuse avance sur ses adversaires, la visite de 72 heures d’IBK, à Ségou, n’a pas comblé les attentes.

Trop de boucan pour si peu

En dépit de l’inauguration de l’échangeur, de la tenue des travaux du conseil supérieur de l’agriculture, du lancement de la campagne agricole 2018-2019, de l’inauguration du siège de la chambre de commerce et d’industrie du Mali et de la distribution de matériels agricoles…. La visite présidentielle a fini en eau de boudin.
Selon des témoignages recueillis sur place, près de 600 millions CFA auraient été distribués pour mobiliser les populations.
Président de la fédération des sections RPM de Ségou, Soumana Mory Coulibaly aurait, à lui tout seul, reçu 100 millions CFA de la présidence de la République. Afin de rendre l’accueil du Chef de l’Etat mémorable dans son fief.
Hélas ! Cette ébauche d’argent n’aurait pas eu l’effet escompté. Du moins, après la colère et l’indignation manifestées par les chefs de villages et leurs conseillers. Estimés à 2500, les chefs de village auraient perçu, chacun, pour avoir quitté leurs familles et leurs occupations, la modique somme de 20.000 CFA. Les conseillers, 10.000 CFA.
Recrutées pour grossir les rangs, les notabilités et autres personnes influentes auraient perçu, chacun, entre 2.000 et 10.000 CFA.
S’estimant payés en monnaie de singe, nombreux étaient les chefs de village et leurs conseillers, qui regrettent d’avoir fait le déplacement. « Nous avons abandonné nos familles et nos occupations, trois jours durant, pour 20.000 ou 10.000 CFA », déplorent-ils.
Du côté des enseignants et de certains parents d’élèves, la déception se lit sur tous les visages. « Les élèves ont été mobilisés, durant 72 heures et les écoles fermées en cette veille des examens », disent-ils. Avant de s’interroger, amers : « Comment peut-on espérer voir les élèves avec des niveaux acceptables, quand ce sont nos gouvernants, au plus haut niveau, qui sacrifient l’avenir de l’école malienne sur l’autel de leurs intérêts politiques ? ».

Colère des chefs de village et de leurs conseillers

Autre source de mécontentement et non des moindres des populations de Ségou : la présence, en grand nombre, des agents de renseignement dans la ville. Objectif : étouffer dans l’œil toute contestation susceptible de ternir l’accueil du Chef de l’Etat.

Conjurer le triste souvenir des visites de Sikasso et de Kayes

Cette ébauche d’argent et de déploiement des services  de sécurité à Ségou avait pour but de conjurer le triste souvenir de la visite d’IBK à Sikasso et à Kayes où, les populations avaient boycotté l’accueil. Pour les populations en colère, le président de la République n’aurait pas tenu ses promesses électorales vis à vis d’elles.
Plus grave, sur une vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux, des élèves de Kayes scandaient, au passage du Chef de l’Etat : « IBK AN TI FE ! ». Traduction : IBK, on ne veut plus de vous !
Malgré les moyens humains et financiers déployés à Ségou, la visite d’IBK à Ségou aura laissé un goût amer dans la gorge des populations.

Journaliste malmené par la Garde présidentielle

A la colère et à l’indignation des uns s’ajoute l’amertume des journalistes. Dont l’un des leurs a été brutalisé par la garde présidentielle. Dans une vidéo, postée sur facebook, Douba Dembelé, correspondant de Radio Klédu, déclare : « Ils ont touché à ma dignité, dans ma ville et devant tout le monde. Mon travail pour la visite d’IBK s’arrête là. Je viens d’être frappé, trimballé, mon téléphone enlevé, mon argent aussi par les gardes d’IBK. Je décide ainsi de suspendre toutes mes activités de communication et d’information autour de cette visite ».
Aussi, lors de sa rencontre avec les chefs de village de la région, le chef de l’Etat a fondu en larmes. Mais, ajoutent les témoins sur place, celles-ci n’ont ému personne au sein de l’auditoire.
Un mauvais présage. Surtout, à trois petits mois de l’élection présidentielle.

Oumar Babi 

Canard Dechainé

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Fermeture des écoles en cette veille des examens, mobilisation à coups de centaines de millions CFA des populations, frustration des chefs de village et de leurs conseillers payés au lance-pierre, dilapidation des fonds publics, violences contre les journalistes…  La visite de 72 heures du Chef de l’Etat dans la «...