Son humour et ses locutions latines nous manqueront à jamais. Ibrahim Boubacar Kéïta, Boua, le vieux, est décédé ce dimanche 16 janvier en sa résidence de Sébénikoro des suites d’une longue maladie. Depuis sa chute le 18 août 2020 à la suite d’un coup d’Etat militaire, l’homme gardait le silence. Retour sur ces derniers mois.

 

« Qu’Allah aide et bénisse le Mali. Je n’éprouve aucune haine vis-à-vis de personne. Mon amour pour mon pays ne me le permet pas. Que Dieu nous sauve.» Voilà la phrase qui a ponctué la dernière sortie médiatique d’Ibrahim Boubacar Keïta (IBK), au soir du 18 août 2020, jour du coup d’État qui l’a renversé.

Depuis cette date, l’ancien président avait gardé le silence et avait disparu de la scène publique. Malade, il partageait sa vie entre un hôpital américain àAbou Dhabiet sa résidence de Sébénikoro, entouré de ses proches. Mais il prenait surtout du temps pour lui. Beaucoup de ses anciens compagnons, alliés politiques, ou simples amis, ne le voyaient plus.

« Un homme éteint »

Plusieurs témoignages concourent à dire qu’IBK avait perdu de sa superbe ces derniers temps. « Ce qui est frappant, c’est qu’il apparaissait comme éteint, avait perdu sa flamboyance et qui ne lisait plus. Et un IBK qui ne lit plus, cela était quelque chose de terrible ! Il avait également perdu son humour et s’était recroquevillé sur lui-même», rapporte notre source. « Il ne prenait plus convenablement ses médicaments, et ne s’alimentait plus comme il le fallait. Je crois qu’il était dépité, démoralisé et profondément affecté. Un ressort s’est cassé, ressort physiologique, moral et intellectuel », renchérit une autre source.

Quant à ses activités politiques, IBK les avait abandonnées. « Il ne s’intéressait plus à la vie du parti, le Rassemblement pour le Mali (RPM), qu’il avait créé en 2001 et qui l’avait porté au pouvoir en 2013. « Depuis le coup d’Etat il n’a pas donné un seul mot allant dans le sens d’un conseil, d’une instruction particulière ou d’une demande de rencontre avec le parti », explique Me Baber Gano, secrétaire général du RPM.Il poursuit qu’IBK étant en résidence surveillée dans la foulée du coup d’État et jusqu’en janvier 2021, les contacts politiques étaient difficiles.

Crise et déclic

Après une détention de plus de deux semaines par l’ex-CNSP (Comité national pour le Salut du peuple), Ibrahim Boubacar Kéïta avait été autorisé à quitter le Mali le 5 septembre 2020 pour recevoir des soins aux Émirats arabes unis après un court accident vasculaire cérébral (AVC). De retour à Bamako quelques semaines plus tard, la junte au pouvoir l’avait remis dans ses droits en lui octroyant les prérogatives d’ancien chef d’État. Cependant, l’état de santé d’IBK ne s’améliorait pas, nécessitant un suivi régulier dans la capitale émiratie. Il était rentré à Bamako de son dernier séjour en novembre 2021, sans que le mal qui le rongeait n’ait pu être circonscrit.

Selon ses proches, il avait réellement été peiné par les multiples contestations et trahisons qui se sont soldées par le coup d’Etat militaire. Les ennuis judiciaires de son fils Karim Keïta, exilé à Abidjan, et l’éloignement de ses petits enfants le rongeaient, tout comme la situation d’un Mali isolé et mis au banc des nations

Lors de sa « démission » au Camp Soundiata Kéïta de Kati, c’est d’une voix grave et solennelle qu’il avait reconnu avoir « essayé de redresser le pays du mieux de ses efforts pendant sept ans », insistant pour « qu’aucun sang ne soit versé pour son maintien aux affaires». « Il avait de vraies intentions pour le pays. Certaines ont été traduites en actions. Mais souvent les personnes envoyées ou commises pour ce faire ont trébuché avec le panier », justifie une source qui l’a côtoyé depuis les débuts du RPM jusqu’au décès de l’ancien chef de l’État.

Notre source poursuit avoir discuté il y’a encore peu avec IBK durant plus de 45 minutes et affirme avoir découvert un homme « mal à l’aise ». « C’était un homme qui a toujours porté le Mali dans son cœur. Et ses derniers jours ayant coïncidé avec les jours actuels du pays, cela ne pouvait pas le laisser indifférent. Lors de mon dernier entretien avec lui, durant près d’une heure, j’évitais moi-même certains sujets pour ne pas le mettre mal à l’aise. C’était vraiment difficile. »

Boubacar Diallo

Source :  Journal du Mali

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