Même au fond d’une cellule, le président de l’APCAM se croit, toujours, puissant. Mécontent de se retrouver, d’abord, en garde à vue au Pôle Economique et Financier, ensuite placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Bamako, sans que le président de la Rue publique soit intervenu pour qu’il soit libéré, il menace, désormais, de « parler », de divulguer des secrets qui, selon les réseaux sociaux, risquent d’être gênants pour le Chef de l’Etat, sa famille et d’autres personnalités.
Pour recueillir la réaction du président de la République, nous l’avons rencontré, le week-end dernier, à sa résidence de Sébénikoro. Entretien. Sans concession.

 

Mr le président, celui que vous appelez, affectueusement, « N’Fatogoma » (l’homonyme de mon père) menace de divulguer des secrets, si vous n’intervenez pas pour le faire libérer. Qu’en dites-vous ?

Ah bon ? Il veut parler ? Pour dire quoi, sur moi ou sur ma famille ?

Selon certains médias en ligne, il aurait dit qu’il commencerait par divulguer les « dessous » de votre victoire à la présidentielle de juillet 2018. Parce que selon lui, c’est votre challenger qui aurait gagné, et non vous, dans la zone CMDT…

Quel abject chantage ! Pour la présidentielle de juillet 2018, ma victoire a été confirmée par la Cour constitutionnelle, preuves à l’appui.
Pour le reste, Bakary Togola peut continuer à rêver. C’est moi qui ait nommé Me Malick Coulibaly au poste de ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Garde des « Sots », afin qu’il redonne à la justice malienne ses lettres de noblesse.
C’est, aussi, moi qui lui aie demandé d’enclencher la lutte contre la corruption et la délinquance financière.
Je ne vais pas, quand même, me dédire en intervenant pour faire libérer x ou y.
Mais si Bakary Togola pense que c’est en usant d’un chantage, aussi abject, contre-moi ou ma famille, que j’interviendrais pour le faire libérer, il se fout le doigt dans l’œil jusqu’au poignet.
Personne, au Mali ou ailleurs, ne croirait aux propos d’un homme aussi sulfureux que Bakary Togola, qui pensait pouvoir se garer des mouches, en assimilant le dénier public au champ de gombo de sa grand-mère.

Selon lui, Mr le président, c’est grâce à lui que les résultats du vote ont été manipulés, dans la zone CMDT, pour faire de vous le gagnant. Selon lui, le vrai gagnant n’est autre que Soumaïla Cissé, votre challenger de toujours.

Et il a fallu attendre qu’il se retrouve au fond d’une cellule, pour qu’il se rappelle cela ?
Vous savez, Le Mollah, je me suis, toujours, méfié de ce sombre personnage depuis que j’ai vu comment il a trahi ATT à qui il doit tout.
S’il veut parler, crier ou tempêter, libre à lui. Ce qui est sûr, cela ne change rien à sa situation actuelle. Il est, et restera en prison, tant que le juge le jugera nécessaire.

Selon nos informations, il aurait fait intervenir des leaders religieux, des personnalités politiques et de la société « servile », pardon civile, pour être libéré. Mais le juge est resté droit dans ses babouches.

Il ne peut en être autrement. Tous ceux qui sont mêlés – de près ou de loin – aux détournements de fonds publics en auront pour leur grade. Et cette lutte ira jusqu’à son terme.
Je félicite, au passage, le procureur, le juge et leurs collaborateurs pour ce travail, qui fait déjà la fierté de nos concitoyens.

Le procureur, le juge et leurs collaborateurs du Pôle Economique et Financier ont été applaudis par les Maliens, après qu’ils aient envoyé paître les personnalités venues intervenir en faveur de la libération de Bakary Togola…

Cela veut dire, aussi, que le peuple malien tout entier me soutient dans cette guerre contre la corruption et la délinquance financière.
Je savais que ni le juge, ni le procureur – qui est d’ailleurs un petit-fils à mon épouse – ne me décevraient pas.

Ah bon ? Vous les connaissiez avant leur nomination ?

Pas vraiment. Juste de réputation !

Il paraît que, dans la cellule de sa garde à vue, Bakary Togola exigeait du « Tô » à la sauce gombo, à la place des raisins et du jus de pomme qu’on lui servait.

C’est ce qu’on m’a rapporté. Le pauvre, il se prenait pour un fromage. Il a fallu qu’il soit placé sous mandat de dépôt, qu’il réalise, enfin, que rien n’est et ne sera comme avant.

Mais pourquoi avoir attendu votre second mandat pour enclencher la lutte contre la corruption et la délinquance financière ?

Je vais te répondre avec le sérieux de celui qui creuse la tombe de sa belle-mère : parce que c’est mon dernier mandat.

Et qui sont les prochains sur la liste du « petit Dogonon » de procureur, pardon du « petit-fils » de votre épouse ?

« Patience et longueur de temps font plus que force, ni que rage ».

Mr le président, vous nous citez-là Jean De La Fontaine…

Eh bien oui ! En clair, soyez patients, Maliens. Vous allez voir ce que vous allez voir !
Propos recueillis par Le Mollah Omar

Canard Déchaîne

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Même au fond d’une cellule, le président de l’APCAM se croit, toujours, puissant. Mécontent de se retrouver, d’abord, en garde à vue au Pôle Economique et Financier, ensuite placé sous mandat de dépôt à la prison centrale de Bamako, sans que le président de la Rue publique soit intervenu...