Comme annoncé depuis une dizaine de jours, la rencontre entre le Président IBK et le Chef de file de l’Opposition et challenger à la présidentielle de 2018 a donc eu lieu ce mardi en début de soirée. Entrant officiellement dans le cadre de la relance du dialogue politique en vue de donner un coup d’accélérateur aux réformes politiques et institutionnelles en chantier, si elle a été favorablement accueillie par une bonne partie de l’opinion, la rencontre entre les deux frères dont l’adversité a atteint des sommets après la victoire du Président IBK, n’a pas manqué de susciter spéculations et supputations.

Globalement tous les Maliens, y compris les états-majors politiques, saluent cette initiative du Président IBK d’appeler son frère dans la pure tradition malienne pour discuter des problèmes de la famille en famille. Beaucoup, voire tous espèrent un apaisement du climat politique au lendemain de cette rencontre historique. Mais à quelle condition et à quel prix ?

Rencontrant sa Majorité le 16 février dernier, le Président IBK a laissé entendre que pour lui « rien n’est au-dessus du Mali, aucun sacrifice, aucun ego, de quel ego ? » Avant d’ajouter : «la grandeur s’accompagne toujours d’humilité, de grande humilité ». Pour ce qui est précisément de l’honorable Soumaila CISSE, il dira : « ce n’est pas un grand sacrifice d’appeler un jeune frère et de souhaiter (le rencontrer). Je le ferais les jours à venir, dans le prolongement de ce que vous avez entrepris ».

Comment le jeune frère qui s’est radicalisé (politiquement s’entend) au contact des jusqu’au-boutistes a-t-il accueilli cette disposition d’esprit et cette invite de son ainé au dialogue ? Une reconnaissance de fait de son grand frère comme président élu en août et proclamé comme tel par la Cour constitutionnelle ?

Une réponse nuancée

Si la rencontre de ce mardi constitue une réponse nuancée pour les sceptiques, faut-il rappeler que lors de la présentation de ses vœux, le 14 janvier dernier, au Palais de la Culture, le Chef de file de l’Opposition qui refusait jusqu’ici de reconnaître sa défaite à la présidentielle avait pris l’engagement d’inscrire désormais ses décisions et ses actions «uniquement dans l’intérêt du Mali, dans le sens de l’avenir de notre pays et du bien-être de nos concitoyens ». Il avait estimé qu’aujourd’hui plus que jamais, « notre pays a besoin de larges concertations entre toutes les forces vives de la Nation (…), un dialogue politique et républicain.

Un véritable dialogue national inclusif autour des maux dont souffre notre pays ».

Si, sur le contentieux électoral notamment « la reconnaissance de la légitimité des institutions » que le Parti et les alliés de Soumi tiennent à solder formellement par un accord politique (même si dans les faits, ils l’ont déjà acté), sur les enjeux et l’impératif de convergence pour relever les défis, les deux hommes d’Etat, en bons patriotes, s’accordent, quid de la démarche ?

De sa hauteur de Chef de l’Etat, le Président IBK se veut rassembleur et inclusif. Lors de la rencontre précitée avec sa Majorité, à propos de Soumaïla CISSE, n’a-t-il pas confié : « je ne considère aucun de mes frères comme un ennemi. Aucun ! Nous pouvons avoir des divergences sur la même manière de conduire les affaires, sur la Vision à terme, mais s’il est vrai que nous avons le même amour de ce pays, nous ne pouvons que nous retrouver en un point de convergence pour le bonheur du Mali et des Maliens » ?

Quant à l’Opposant, il avait fixé comme seules conditions que d’’une part, l’offre de dialogue politique proposée soit « sincère, global, inclusif, interactif, dynamique et transparent ! », d’autre part, qu’il y ait «un dialogue aux contours bien définis sous l’égide de médiateurs avertis et objectifs » et enfin que « en plus de l’écoute, de l’exigence d’honnêteté et de respect mutuel, le dialogue doit être direct, franc, loyal et basé sur la bonne foi ».

A travers le dialogue entamée ce mardi, « la main tendue (d’IBK a-t-elle été) ouverte, généreuse et visible» comme l’attendait Soumi ?

Le règlement de comptes

Sous ces auspices, on se demande légitimement, jusqu’où sont-ils allés ou pouvaient-ils aller les deux hommes, malgré leur amour ardent pour ce pays ? Avant même la rencontre, certains envoyant la pierre dans le jardin des partisans de Soumi qui ont accusé des candidats à la présidentielle, notamment Kalifa Sanogo, d’avoir monnayé leur reconnaissance de l’élection contre des prébendes, en raillant que Soumi est aussi parti se vendre.

Au-delà de ce règlement de comptes entre militants, il fuse des chapelles politiques des scenarios à la rocambole. Il se murmure que le Président de l’URD aurait posé comme condition à la décrispation, le limogeage de l’actuel Premier ministre tel qu’exigent les religieux. Il se raconte aussi que la Majorité ne verrait pas d’un mauvais œil l’affaiblissement de ce tout puissant Premier ministre qui n’a de considération que pour les siens.

Aussi, inquiets de ce rapprochement, les partisans de Boubèye penseraient-ils qu’il se fait au détriment de leur Champion qui aurait été éconduit plusieurs fois par le Chef de file de l’Opposition qui a toujours clamé qu’il ne discutera qu’avec IBK ? Aussi, les adversaires du Premier ministre agiteraient-ils un plausible deal entre le locataire de Koulouba et le Chef de file de l’Opposition pour affaiblir et à terme se débarrasser de Boubèye que IBK vient pourtant d’adouber en lui renouvelant sa confiance lors de sa visite en Allemagne.

Des relations alambiquées

En attendant une saine lecture des conclusions de la raconte, on peut noter que les rapports entre Boubèye et Soumi ne sont pas au beau fixe depuis l’élection présidentielle. Mais, fait-il du départ de Boubèye une condition de la décrispation du climat politique ? Beaucoup le souhaiteraient dans la perspective de la mise en place d’un gouvernement dit de large ouverture nationale. La Majorité présidentielle, notamment le RPM de Bokary TRETA serait-elle de connivence avec l’Opposition contre Boubèye ? Pure spéculation de réseaux sociaux, répond-t-on au sein de la Majorité qui, dit-on, reste unie et cohérente dans son soutien au Président IBK et à son Premier ministre.

Pour ce que nous pensons, avec cette rencontre, pour parler comme Boubèye lui-même, les lignes peuvent bouger, les lignes doivent bouger et les lignes bougeront. Mais, certainement pas au prix de combinaison, de deal politicien et de compromission inavouable. Parce que les deux hommes, en dépit de leurs adversité, ont ceci en commun au-delà de leur patriotisme : leur fierté et leur intransigeance sur les principes. Soumi est trop fier pour faire des postes ministériels une condition, IBK trop orgueilleux pour plier aux oukases comme il le dirait lui-même.

Dans ces conditions, on voit difficilement ces deux hommes se réconcilier du jour au lendemain, parvenir à un deal pour sacrifier Boubèye et mettre en place un gouvernement d’union nationale dans laquelle l’Opposition aurait la part belle.

La convergence de vue

Cette rencontre est-elle le prélude à un remaniement que les réseaux sociaux ont réchauffé toute la journée d’hier ? Dans cette hypothèse, l’Opposition y sera-t-elle ? Elle a toujours dit que son combat n’est pas une question de place. Quid de Boubèye ? Est-il ‘’sacrifiable’’ comme ses adversaires le laissent entendre ?

Cinq mois après les élections, l’équipe mise en place par SBM est à pied d’œuvre, mais les défis interpellent et les attentes deviennent pressantes. Face à la situation, si toutes les forces politiques et sociales conviennent publiquement qu’il faut un apaisement, à travers un dialogue politique et social, toutes conviennent également sous cape qu’il urge d’élargir les bases politiques et sociales du Gouvernement. En clair, la question d’un remaniement dont le Président IBK reste seul maître du timing n’est plus un sujet qui fâche entre lui et son PM et entre le Gouvernement et l’opinion. Toutefois, sauf erreur d’analyse de notre part, rien n’indique que le Président IBK soit disposé à céder au chantage.

Affaire à suivre.

PAR BERTIN DAKOUO

Info Matin

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