Empruntons au langage médical pour commencer : À poser un mauvais diagnostic, il est certain qu’on proposera un traitement inadéquat ! La crise multidimensionnelle dans laquelle nous sommes embourbés depuis sept ans maintenant offre une bonne illustration de ce constat. Nous nous focalisons trop souvent sur les conséquences et manifestations de la crise plutôt que sur ses causes et racines profondes. Quand on s’essaye à l’analyse, on se trompe de diagnostic et on se perd dans des viatiques et des évidences commodes.

Nous sommes ainsi devenus de fervents adeptes des théories du complot, souvent fomentées de l’extérieur avec des puissances étrangères à la manœuvre. Complots dont la motivation varie selon les orientations de ceux qui les « révèlent ». Comme jadis sous d’autres cieux. Comme souvent pour nous dédouaner de nos errements ou pour trouver des explications simples à des situations complexes.

L’histoire des collectivités humaines nous montre qu’il est généralement vain de stigmatiser et d’étiqueter d’autres pour expliquer ses malheurs. Car, même si l’intention impérialiste et manipulatrice était avérée, n’est manipulé que celui qui est manipulable ! La bonne attitude serait d’identifier en quoi on est manipulable pour ensuite s’atteler à corriger nos faiblesses supposées.

Il ne sert donc pas à grand-chose de pointer les autres du doigt. Il n’est pas non plus efficace de se focaliser sur les terroristes supposés ou réels car ces derniers ne font qu’exploiter nos failles. Ils existent parce que nous avons offert un cadre propice à leur apparition et à leur installation. Dans la même veine, il n’est pas constructif de monter les citoyens et les communautés les uns contre les autres, d’armer des milices pour se « défendre » et de tourner le regard quand elles utilisent ces armes pour attaquer, voler, piller et régler de vieux comptes. Le pompier devient le pire des pyromanes dans cette posture. Comme il l’est quand il donne un blanc-seing aux chasseurs traditionnels, les laisse établir des camps et règlementer la vie publique dans de nombreuses zones de Macina ou de  Djenné. Cela n’ouvrira que des brèches entre nous, élargissant encore plus le fossé entre maliens.

Nous nous éloignons ainsi des vraies causes et donc des solutions durables aux problèmes du Mali. Il devient impératif pour nous d’essayer l’exercice difficile d’adresser les causes profondes de nos malheurs, de situer nos responsabilités dans leur survenance pour espérer identifier quelques solutions pertinentes. En empruntant ce chemin de manière lucide, nous verrons rapidement que notre responsabilité  n’est pas négligeable dans nos souffrances actuelles. Nous devons accepter cela et voir comment nous pouvons agir sur nous-mêmes pour contribuer à la sortie de crise. En somme, s’il y a une guerre à mener vraiment au Mali, c’est d’abord et avant tout contre nous-mêmes et les maux que nous avons laissé nous gangrener au point de détruire notre pays.

Nous sommes ainsi responsables quand nous engageons notre pays dans les voies du séparatisme pour des convenances individualistes. Certains fauteurs de troubles au Nord, qui prennent en otage tout un pays pour leurs privilèges indus et leurs acolytes à Bamako, sont responsables des malheurs de notre pays. Ils sont de mauvaise foi, emploient tour à tour l’argument sécessionniste, les brimades supposées contre les minorités Tamasheqs ou encore la religion, alors qu’il n’en est rien !

Nous sommes responsables lorsque nous agissons en tant qu’administration, à notre seul profit et pour notre propre confort au lieu de ceux des usagers. Lorsque l’administration n’est pas sensible au sort de ceux qu’elle doit servir, ou, pire, les exploite au profit de ses responsables, le citoyen se replie sur lui-même et voue l’Etat aux gémonies. C’est ainsi que l’administration blesse chaque jour la société et fragilise son unité, au lieu de donner corps à notre vivre ensemble.

Nous sommes surtout responsables quand nous utilisons la force que nous représentons (Armée, services de sécurité, services d’ordre…) pour brimer ceux que nous devons protéger. Chaque fois que les militaires commettent des exactions contre des populations maliennes, chaque saisie arbitraire d’animaux par la gendarmerie à Youwarou ou de marchandises par les Douanes à Kouri, ravivent nos tensions internes, fermentent le sentiment d’injustice chez les Maliens et créent des occasions pour que plus de compatriotes aillent rejoindre les rangs des ennemis du pays.

Nous sommes encore plus responsables quand nous rendons des décisions de justice fallacieuses, motivées par la corruption et des intérêts personnels. Les conflits fonciers innombrables, très mal dénoués par des jugements donnant tort à ceux qui ont raison, ont généré des frustrations profondes dans de nombreux terroirs, entaillant ainsi profondément le tissu social. Certaines attitudes criminelles au Centre du Mali sont sans doute expliquées par cela.

Nous sommes évidemment responsables quand nous exerçons des mandats et responsabilités publics sous l’emprise de la quête d’avantages matériels. Lorsque nous sommes notoirement corrompus et que nous nous enrichissons sans cause, de manière ostentatoire, nous contribuons à éloigner nos compatriotes de la vertu, la citoyenneté et l’amour de la patrie. Quand nous sommes incompétents, nous ne disposons pas de programme pour agir efficacement et encore moins d’idées pour améliorer le sort des Maliens. Ne soyons pas étonnés de voir se généraliser des attitudes irresponsables et prédatrices parmi nos concitoyens. Quand le souci du résultat est absent, l’évaluation des responsables publics devient une vue de l’esprit, la sanction n’est jamais envisagée et les dépositaires du pouvoir s’éloignent de leurs mandats et de la vérité, les normes s’inversent et les valeurs disparaissent. On ne doit pas être surpris que la collectivité régresse car elle se vide de son sens, le leadership étant discrédité et dévalorisé, la loi de la jungle sera la règle.

Nous sommes aussi responsables lorsque nous abandonnons l’initiative de la réflexion et des propositions pour céder à la mode ambiante de la prévarication ou de la course vers les postes. Une collectivité est composée d’élites intellectuelles qui constituent l’avant-garde, s’impliquent dans la recherche des idées nouvelles, suscitent le débat et le foisonnement des idées et aident les décideurs à penser et à construire l’avenir. Toute panne de cette élite se ressent par le rabaissement de la qualité des politiques publiques et donc de leur efficacité.

Nous sommes ensuite responsables quand, en tant qu’opérateurs économiques, nous cédons à l’égoïsme et devenons inconscients de notre responsabilité de contribuer à bâtir une économie indépendante, compétitive, créatrice d’emplois qui portera notre pays et contribuera à nous faire conquérir, chaque jour,  de nouveaux horizons.

Nous sommes enfin responsables lorsque la société civile n’est plus vigoureuse, citoyenne, indépendante, exigeante vis-à-vis des décideurs pour les amener à emprunter, à chaque occasion, le chemin utile de la vertu.

Nous ne ferons pas l’économie de ces introspections pour identifier nos responsabilités dans ce qui nous arrive et trouver les voies et moyens pour engager les changements intimes qui nous permettront de remonter la pente. Il est dit dans la religion musulmane que le  Djihad véritable est celui qu’on mène contre soi-même, c’est le plus difficile. Il est temps que nous entamions notre vrai Djihad et que chaque malien devienne ainsi un djihadiste authentique !

Moussa MARA www.moussamara.com

Source: Le Pays

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Empruntons au langage médical pour commencer : À poser un mauvais diagnostic, il est certain qu’on proposera un traitement inadéquat ! La crise multidimensionnelle dans laquelle nous sommes embourbés depuis sept ans maintenant offre une bonne illustration de ce constat. Nous nous focalisons trop souvent sur les conséquences et...