Depuis quelques mois, la polémique fait rage autour de la prorogation de la durée de la Transition. Aujourd’hui encore davantage ; d’autant plus que l’ONU est prise en flagrante faute technique, à travers le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations-Unies en Afrique de l’Ouest et au Sahel qui indique que c’est aux Guinéens de décider de la durée de la transition qui sera accompagnée par son organisation et ses partenaires de l’Union africaine (UA) et de la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). Ainsi, dans un pays, au Mali, on exige et on obtient de la junte une durée de la Transition (18 mois) ; de l’autre, en Guinée, la liberté du peuple prend le pas sur les sacro-saints principes démocratiques. Les souverainistes maliens à fleur de peau ne peuvent tolérer une telle valse perçue comme une gifle en pleine figure. Naturellement, ils changent de braquet et se braquent contre la CEDEAO, le père Fouettard sous-régional, et par ricochet contre l’UA et l’ONU.

Mais une note de presse du Premier ministre, faisant suite à la visite de l’Envoyé Spécial et Médiateur de la CEDEAO, S.E.M Goodluck Jonathan, du 5 au 7 septembre 2021, s’inscrit dans le cadre du suivi de la situation au Mali, conformément aux recommandations des Chefs d’État et de Gouvernement, installe la polémique sur un autre plan. Il y est dit que le gouvernement du Mali a expliqué à l’Envoyé spécial et Médiateur de la CEDEAO, S.E.M. Goodluck Jonathan, la nécessité d’organiser, tout d’abord, les Assises Nationales de la Refondation, avant de se mettre d’accord, à l’issue d’un large consensus national, sur un chronogramme précis et détaillé devant conduire aux élections générales dans les plus brefs délais.
Ainsi, après le ministre de l’administration territoriale qui soutient qu’il « ne faudrait pas voir ce calendrier comme étant une loi. Un calendrier, c’est des estimations, des prévisions » ; le ministre des Affaires étrangères qui déclare « si on n’a pas les capacités nécessaires pour sécuriser le pays, il va absolument être difficile de tenir ces délais »; c’est au Premier ministre de dire en filigrane que la prorogation de la durée de la Transition relève du bon vouloir des Assises nationales de la refondation (ANR), il y a lieu de dresser les cheveux sur les crânes des membres des Partis et Regroupements des partis politiques du Cadre d’échange pour une Transition réussie au Mali. Dans leur mémorandum, ils n’ont pas transigé sur le respect des délais fixés pour le terme de la Transition. Très suspicieux à l’égard des ANR, ils décident tout simplement de son boycott.
Paradoxalement, la classe politique ne devrait plus guère se faire d’illusions sur le respect de la durée de la transition.
Elle sait comme tout observateur qu’il y a des écueils majeurs qui sont autant d’arguments imparables pour Choguel MAIGA.
Il y a la révision et l’audition des listes électorales annoncées au mois de juillet qui sont renvoyées aux calendes grecques. Dans ce cas de figure, le décret convoquant le corps électoral attendu, le 15 septembre plus exactement, n’est pas possible à respecter.
À cela s’ajoute le défi sécuritaire. Organiser cinq élections dans un pays où le pouvoir ne contrôle plus les deux tiers du territoire relève de l’incantation.
À l’aune de ces éléments d’appréciation, le Premier ministre n’aura aucune peine à faire avaliser par les ANR un nouveau chronogramme électoral taillé sur mesure.
Mais, le talon d’Achille sera l’absence du vernis de la légitimité politique, en raison du boycott du Cadre d’échange des Partis et Regroupements des partis politiques pour une Transition réussie au Mali. Parce que, ce serait quand même une aberration de prendre des décisions politiques qui engagent l’avenir du pays sans les politiques, dont la vocation est la conquête et l’exercice du pouvoir. C’est la brèche dans laquelle s’engouffreront tous les rétifs à la prorogation de la durée de la Transition. Ce qui impose au Gouvernement d’introduire une clause de revoyure dans l’organisation des Assises qui représentent un enjeu stratégique. Ce, d’autant plus qu’à ce stade, le décor reflète un poker entre Choguel et le Cadre : qui fera plier l’autre ? En s’y installant, on prend le pari d’un cercle vicieux, d’une société d’individus atomisés, comme les particules élémentaires. Ce qui n’est nullement édificateur pour le pays.

PAR BERTIN DAKOUO

Source : Info-Matin

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Depuis quelques mois, la polémique fait rage autour de la prorogation de la durée de la Transition. Aujourd’hui encore davantage ; d’autant plus que l’ONU est prise en flagrante faute technique, à travers le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations-Unies en Afrique de l’Ouest et au Sahel qui...