C’est parti depuis le 8 mars dernier, pour la campagne pour les élections législatives du 29 mars 2020. Les candidats sont en ce moment au four et au moulin pour prêcher la bonne parole. La Cour Constitutionnelle avait enregistré  560 listes de candidature, elle avait validé 545 listes et invalidée 15 listes. Ce qui fait un total de 1 447  candidats en compétition dont 1021 hommes candidats, soit 70,56%, 462 femmes soit 29,44%.

Ce qui interpelle pour ces législatives, le premier est celui des  jeunes (presque) qui se sont lancés dans l’aventure législative avec leurs propres moyens. Le second est celui de femmes expérimentées qui se sont lancées dans la course à l’hémicycle, mais qui n’ont pas réussi à mobiliser assez de sympathisants autour d’elles pour mener à bien leur ambition.

« Fuite des cerveaux politisés »

En observant ces deux profils et l’âge moyen des candidats retenus (60 ans et plus et ceux dont l’âge varie entre 30 et 40 ans), il transparaît un fait : celui de la confiscation du leadership politique par des hommes maliens d’âge mûr. Faut-il s’en étonner dans un pays où la moyenne d’âge des députés siégeant à l’Assemblée nationale est de 55 ans, quand celle de la population est de 19 ans ?

Conscients de l’impossibilité d’émerger dans des partis politiques où la démocratie interne est en panne, les jeunes préfèrent ainsi arriver à la politique par des voies de contournement telles que le monde des affaires. Quant aux femmes, lassées d’être des faire-valoir, elles s’émancipent, mais souvent sur le tard.

Pour comprendre leur échec, il faut d’abord s’intéresser à l’organisation insidieusement discriminatoire des partis politiques maliens. En effet, ceux-ci comptent toujours un mouvement des jeunes et un de femmes. Cette subdivision astucieuse crée tout d’abord une antichambre à l’entrée dans la politique nationale. En effet, au sein des partis politiques, tout jeune de moins de 25 ans doit obligatoirement militer au sein du mouvement des jeunes. Ensuite, elle agit comme un entonnoir et pousse les jeunes, tout comme les femmes au sein de leur mouvement, à se lancer dans une compétition féroce pour contrôler ledit mouvement.

Cette compétition nécessite de se faire remarquer par les instances centrales du parti et requiert des moyens logistiques et des militants dévoués qui sont souvent fournis par les responsables nationaux. Ainsi, jeunes et femmes sont avant tout perçus dans les partis politiques maliens comme des troupes à travers lesquelles les responsables politiques nationaux, souvent des mâles, se livrent des luttes d’influence. De plus, lors des investitures sur les listes électorales ou lors de l’établissement du bureau politique du parti, le mouvement des jeunes et celui des femmes disposent d’un quota qui garantit la présence de leur responsable et parfois de son adjoint(e). Par ailleurs, dès qu’un jeune ou une femme veut se prononcer sur un champ politique autre que celui qui lui a été assigné, c’est bien souvent le rappel à l’ordre, la mise à l’écart, voire la sanction.

Hormis cette malformation congénitale des partis maliens, d’autres facteurs peuvent expliquer l’absence de leaders politiques jeunes ou femmes au niveau national et particulièrement dans la liste finale de candidats à la présidentielle ou aux législatives. Parmi eux figurent en bonne position le désintérêt des jeunes élites intellectuelles critiques, hommes et femmes confondus, pour la politique partisane, mais aussi la « fuite des cerveaux politisés » vers l’espace de la société civile. Un espace certes militant, mais relativement confortable. Les partis politiques manquent donc de bras et d’esprits de qualité.

Pauvreté du discours

Outre le refus de s’engager dans la politique partisane, ce qui laisse un boulevard aux jeunes courtisans et courtisanes, le manque de leadership politique jeune et féminin s’ancre également sur un substrat culturel patriarcal intimant sans cesse aux jeunes de ne pas contredire leurs aînés, y compris quand ceux-ci ont tort, ni de prendre de risques sur le plan professionnel. Quant aux femmes, charge à elles de sacrifier leurs ambitions professionnelles et politiques si l’équilibre familial risque d’en pâtir. Telle est l’atmosphère sociale pesante dans laquelle toute aspiration de jeunes ou de femmes est étouffée par l’ordre patriarcal d’essence traditionnelle et religieuse. Enfin, l’absence d’un discours politique fort et élaboré prenant en charge les préoccupations des jeunes et des femmes explique le fait qu’ils n’ont pas réellement soutenu les candidats qui ont été recalés. Les premiers responsables de cette pauvreté du discours sont bien entendu les candidats et candidates eux-mêmes, qui n’ont pas su trouver les thèmes politiques susceptibles de réveiller l’enthousiasme.

Aspirants candidats mais finalement cantonnés au rôle de spectateurs, jeunes et femmes se contenteront de porter des tee-shirts et d’animer les meetings politiques dans les semaines à venir. Un air de déjà-vu.

Assi DE DIAPE / Le Point

Source: Le Point du Mali

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C’est parti depuis le 8 mars dernier, pour la campagne pour les élections législatives du 29 mars 2020. Les candidats sont en ce moment au four et au moulin pour prêcher la bonne parole. La Cour Constitutionnelle avait enregistré  560 listes de candidature, elle avait validé 545 listes et...