Dans l’euphorie de la chute de Moussa Traoré et de son régime en mars 1991, la conférence nationale qui suivit cet événement opta pour le multipartisme intégral sans doute parce que le parti unique constitutionnel en avait fait baver aux opposants qui réclamaient sa fin.

La constitution de février 1992 qui sortit de ce cadre, entérina ce choix alors que même dans les pays occidentaux dans lesquels nous avons copié la démocratie, tout en n’interdisant pas aux partis politiques de se fonder, se font gouverner par seulement 2 ou 3 grands partis politiques.

On dit chez nous que le jeune berger récemment recruté fait sortir ses bêtes au crépuscule sans doute par excès de zèle. C’est ce qui arriva probablement aux manifestants de 1991 qui n’arrêtent pas de clamer encore qu’ils sont les tombeurs de Moussa Traoré et qui dès les premières heures du régime démocratique se mirent à croire et à voir midi à leurs portes. Des associations de lutte contre le parti unique constitutionnel UDPM se transformèrent instantanément en partis politiques de même que d’anciens partis politiques de la période de la lutte contre la colonisation.

La foire ayant été déclarée ouverte, des hommes d’affaires et de gros commerçants raisonnant en termes de chiffres d’affaires, ayant pignon sur rue au Dabanani se jetèrent dans cette danse immonde en finançant des partis politiques en leur nom ou à celui de leur clan. En moins de 2 ans, de 1992 à 1994, l’Administration territoriale qui ne faisait qu’enregistrer ces formations politiques fantaisistes rien que pour renflouer les caisses de l’Etat, se perdit dans le calcul du nombre des formations politiques. Des secrétaires de direction parlaient de 100 quand des chefs de service n’hésitaient pas à avancer le chiffre de 150 voire de 200.

Dans les pays de démocratie libérale comme la France ou l’Angleterre ou de démocratie populaire comme les anciens pays de l’Est du bloc soviétique, les partis politiques se fondaient sur des idéaux communs en vue de la conquête du pouvoir politique. Chez nous, les idées ne comptant pas, seul le volume du portefeuille l’emporte sur les convictions réelles des hommes politiques dont beaucoup confondent d’ailleurs économie politique et philosophie politique.

Toutefois, après 3 décennies de démocratie intégrale, on se rend compte maintenant que ni le nombre des partis politiques, ni l’organisation des élections à terme échu ne permettent à un pays, d’avancer sur la voie de la démocratie et du développement économique et social.

Le Mali, l’un des pays les plus pauvres du continent en compte plus de 150 d’où le désordre politique actuel occasionné plus par des bureaux politiques se prenant pour des partis politiques que pour de vraies formations politiques. En raison de la pauvreté grandissante qui gouverne le pays plus que par l’action des hommes politiques, le Mali ne peut raisonnablement se payer le luxe de plus de 4 partis politiques.

D’ailleurs, la plupart des partis politiques ne valant que par la personnalité de leur président et de son compte en banque, sont appelés à disparaître dans les décennies à venir. En entendant, Alexis de Tocqueville, théoricien de la démocratie, pleure de dégoût en constatant toutes ces magouilles politiques au nom de la démocratie parlementaire amenée par le pluralisme politique intégral.

 

Facoh Donki Diarra

(écrivain, Konibabougou)

Source: Aujourd’hui-Mali
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Dans l’euphorie de la chute de Moussa Traoré et de son régime en mars 1991, la conférence nationale qui suivit cet événement opta pour le multipartisme intégral sans doute parce que le parti unique constitutionnel en avait fait baver aux opposants qui réclamaient sa fin. La constitution de février 1992...